La différence : Etrange culture des militaires quand ils sont putschistes

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Etrange culture des militaires quand ils sont putschistes (car tous ne le sont pas, et tous ne l’étaient pas en 1978, ainsi les colonels martyrs Mohamed Ould Abdel Kader et Ahmed Salem Ould Sidi, les lieutenants Niang Issa dit Salah et Mohamed Doudou Seck, fusillés pour avoir voulu rétablir la légitimité) …

Leurs deux outils, le parti dominant et l’élection mensongère, seraient en fait la transposition de ce qui eut cours pendant la période fondatrice, et qui aurait donc la légitimité (toujours elle) du président Moktar Ould Daddah.

Le général Mohamed Ould Abdel Aziz s’est d’ailleurs présenté en 2009 comme son continuateur ou sa réincarnation, réclame-photo à l’appui, photo d’ailleurs volée à celui qui l’avait prise à Maghta Lahjar, alors qu’il accompagnait le Président en tournée de prise de contact au printemps de 1974.

Ce qui n’empêche pas le même général de dater la gabegie de l’indépendance, donc de Moktar Ould Daddah : le fondateur moins honnête que le colonisateur ! Et surtout que lui.

Les militaires feraient même mieux et de l’authentique.

Le pluralisme des partis a été établi en 1991, l’élection présidentielle est pluraliste et à deux tours (sauf que jamais un second tour n’a été « nécessaire »).Ils ne les ont pas établis spontanément. Il a fallu un changement d’ambiance – passager – dans la « françafrique » à l’initiative de François Mitterrand, alors président de la République française et inspiré par l’Abbé Pierre, figure emblématique dans l’ancienne métropole, lui-même mis au fait par Alpha Condé, quand celui-ci était opposant (donc différent de ce qu’il est devenu au pouvoir…).

Le discours de La Baule en 1990, la démocratie, le conditionnement politique des coopérations, inscrit ensuite dans la charte eurafricaine de Cotonou en 2000. Et pour le colonel Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, très critique de la parole mitterrandienne, il fallu aussi la chute et le procès du général Moussa Traoré, le voisin malien, facilitateur de la conciliation avec Dakar à la suite du drame de Mai 1989.

De 1978 – vrai putsch, sinon trahison en temps de guerre de celui dont les chefs successifs du comité militaire avaient été d’abord dans le même ordre chronologique ses aides-de-camp – à la « démocratie de façade » (l’expression est de Me Brahim Ould Ebety, défenseur depuis trente ans de l’Etat de droit et donc des droits de l’homme), les militaires avaient singé le Parti du Peuple mauritanien dans certains de ses fonctionnements : leur comité comme l’ancien bureau politique national, le comité permanent et un officier supérieur chargé de cette permanence. Cela fut d’ailleurs exactement reproduit en 2005-2007.

Un seul homme aux commandes

Chacun – profitant ou réprouvant – sait ce qui est aujourd’hui vécu, de même nature et de même pratique que depuis 1991, aux seules parenthèses de la transition de 2005 et des quinze mois d’exercice du pouvoir par le seul président élu démocratiquement, à deux tours, et sous contrôle international, moyennant un an de préparation des listes électorales aux circuits de transmission des résultats dépouillés, Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

En revanche, tout le monde, et surtout les jeunes générations – entretenues dans l’amnésie pour que – surtout – le passé ne donne pas des idées pour le futur, ne sait pas ou ne sait plus ce que furent et ce que signifiaient les élections et le Parti unique de l’Etat, avec Moktar Ould Daddah et ses co-équipiers.

Le Parti unique a été voulu et instauré par toutes les tendances et tous les mouvements politiques (à l’exception de l’Association de la Jeunesse mauritanienne, se voulant d’une autre nature) des deux grandes étapes fondatrices : l’énoncé au congrès d’Aleg de la vocation mauritanienne à l’indépendance, cela avant le retour du général de Gaulle au pouvoir en France, cette indépendance deux ans et demi après, 1958 et 1960.

L’unité politique nécessitait l’expression d’un unique parti. Ceux qui d’ailleurs s’étaient fondés après le Parti du Regroupement mauritanien, s’appuyaient explicitement sur des références étrangères, la Nahda pro-marocaine, l’Union nationale mauritanienne pro-malienne (au sens de la Fédération rêvée en 1957 et réduite à l’union Sénégal-Soudan en 1959).

Moktar Ould Daddah, personnellement et contre l’avis du parti dont il était issu (Union Progressiste de Mauritanie puis P.R.M.), concevait l’unité comme un consensus et pour lui ce consensus appelait le partage du pouvoir gouvernemental.

Quoiqu’éliminée des élections à l’Assemblée territoriale en 1957, l’Entente mauritanienne, soutien d’Horma Ould Babana le premier député du Territoire à l’Assemblée métropolitaine, reçut donc deux ministères dans le premier gouvernement résultant de la Loi-cadre (début du processus d’autonomie des « colonies » françaises en Afrique subsaharienne).

Et trois mois avant le Congrès de l’Unité, au lendemain de son élection présidentielle, Moktar Ould Daddah avait formé un gouvernement comprenant des membres de tous les partis d’alors. C’est une table ronde des partis politiques qui de Mai à Octobre 1960 a préparé ce congrès, choisi le candidat (unique).

La différence est criante avec aujourd’hui. Les dialoguistes, les participationnistes n’ont pas pour autant été gratifiés du moindre partage dans l’exercice du pouvoir et même dans la préparation du processus électoral. Miraculé d’ « une balle amie », il y a un an, le général Mohamed Ould Abdel Aziz a assuré qu’un gouvernement d’union nationale était inutile.

Les états-généraux de fin 2008-début 2009 et ceux de 2011 n’ont abouti à aucun engagement de démocratisation et de mue du pouvoir. Le seul moment – après 1978 – qui ait eu quelque parenté avec les congrès du Parti du Peuple, a été les journées de concertation d’Octobre 2005 admirablement et oecuméniquement organisées par Habib Ould Hemet. Les P.R.D.S. et U.P.R. n’ont de fonction que de remplir les blancs aux élections. Ce sont des listes à usage interne pour le seul homme fort du moment. Celui-ci préside, gouverne, décide : seul.

Un consensus permanent

Les élections. Sans doute, le monopole en était attribué au Parti unique de l’Etat, la Constitution avait même été révisée en ce sens en Janvier 1965. C’était franchise. Mais c’était aussi logique, car c’était l’invitation permanente à rejoindre le Parti du Peuple pour participer à la vie politique, laquelle n’était pas et ne pouvait pas être une scène, mais fondamentalement et quotidiennement la participation à la construction nationale.

Les nouvelles générations et même les opposants Kadihines ne s’y trompèrent pas, à partir des séminaires de 1969. La légitimité du pouvoir ne provenait ni de la force – à preuve, la facilité avec laquelle le putsch a réussi, tout simplement parce que Moktar Ould Daddah se convainquait que ses tombeurs seraient aussi patriotes que lui !

Et n’abandonneraient rien, et à François Mitterrand lui proposant, en aparté à l’Elysée en Juillet 1981, de « faciliter » son retour au pouvoir, on était après la tentative des officiers mauritaniens déjà cités pour l’honneur, le Président répliqua qu’il ne rentrerait jamais au pays encadré par les baïonnettes françaises – ni non plus des élections.

Le consensus était permanent ou au moins il était recherché en permanence, l’ouverture politique et celle de la composition du gouvernement et du B.P.N. étaient permanentes. Les élections étaient une légalisation périodique, un rite de communion populaire – pas une échéance ni une période de brigue et de rixes. La démocratie était concrète, pas dans les urnes. Le pouvoir était exercé en forme délibérative.

Les réunions du Bureau politique national et du Conseil des ministres étaient interminables, Moktar Ould Daddah, de très robuste santé à l’époque et d’une inépuisable patience (j’ai été témoin de ces réunions de cadres dans l’intérieur du pays sous tentes ou dans des baraquements, les premières plus confortables que les secondes), ne donnait jamais son avis le premier et souvent se ralliait aux points de vue d’autres, pourvu qu’ils soient majoritaires.

On ne votait pas pourtant : ce qui ne mettait personne en difficulté, lui compris. Les militaires dans leurs dix-huit premiers mois furent contraints à délibérer entre eux, mais inexorablement les choses (et les questions dont celle du Sahara) se dénouaient par coup de force à l’intérieur du comité. Moktar Ould Daddah fut mis explicitement en minorité en Octobre 1963, mais sa légitimité était déjà telle que même ses adversaires (il s’agissait des membres du B.PN.

également députés qui défendaient des décisions du Congrès récent du Parti comme l’autonomie financière de l’Assemblée nationale) s’en remirent à lui – non moins explicitement – pour dénouer la crise. Et ce fut le Congrès de Kaédi, réunion de cadres, encartés ou pas dans le Parti, et auxquels tout le monde voulait participer… qui fonda le régime mauritanien pour quinze ans.

Consensus, fonctionnement délibératif des organes de gouvernement, légitimité pour services rendus et non selon les urnes bourrées, élections consacrant l’état du pays antérieurement acquis et œuvre de tous, la Mauritanie ne va pouvoir continuer, résister aux extrêmes, appliquer ses législations en respect des droits de l’homme, en éradication de l’esclavage, en incorruptibilité des décideurs, que selon ce modèle. Le travail de transposition et d’actualisation n’est pas aisé, il ne peut se faire qu’à beaucoup, sinon à tous.

Moktar Ould Daddah avait commencé de l’entreprendre, malgré la guerre, quand il fut renversé. Sensible à ce qui s’échangeait en conseil des ministres et au B.P.N., en Congrès de la Jeunesse du Parti, à ce qu’il ressentait lui-même qui projetait de ne pas se représenter en 1981.

Une pluralité de candidatures mais au sein du Parti restant, pour cette nouvelle période institutionnelle, le seul cadre légal. Ensuite, par l’exercice des mandats parlementaires, des courants, mais la hantise restait l’unité nationale nonobstant sociologie et ethnologie. Différence depuis…

La démocratie mauritanienne, l’Etat de droit mauritanien ont existé. Ils peuvent de nouveau exister. La répétitivité des dictatures militaires, défroquées ou pas, n’est pas créative d’unité ni d’efficacité. Là aussi, là surtout est la différence. Quant aux compétitions de personnes et aux supputations sur la manière dont l’état de choses actuel changera, elles sont vaines.

Elle est tarabiscotée, mais c’est celle du traducteur français Masson.

Tout en maintenant l’option en note Mohamed El Moktar de fin de document, disons alors : Est-ce que Nous ne vous avons pas accordé une longue vie pour que celui qui réfléchit, ait tout le temps de réfléchir vraiment ?

BFF

Source : Le Calame

 

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