La division de la Mauritanie en deux Etats : Nord et Sud

RIM-Divisee
Le titre de ce texte aurait pu s’intituler « la division de la Mauritanie en deux Etats (Nord et Sud) subdivisés en plusieurs autres Etats’’. D’ailleurs, ce titre lui est plus approprié.

En lisant le titre, certains pourraient penser à la Corée – du Nord et du Sud – ou se dire que je m’y crois, d’autres pourraient penser que c’est un lapsus, d’autres encore (ceux qui en rêvent) pourraient ne rien penser de tout cela et, au contraire, s’en réjouir et d’autre aussi (comme moi) pourraient rejeter cette idée, ne pas adhérer à cette philosophie.

Ainsi, il m’arrive d’entendre dire que l’on doit diviser la Mauritanie en Deux Etats : Nord et Sud. La Mauritanie du Nord serait celle Maure. Celle-ci serait frontalière avec les pays maghrébins (nord africain) donc arabes (comme le Maroc et l’Algérie). La Mauritanie du Sud, quant à elle, serait celle négro-mauritanienne ou africaine. Celle-ci serait frontalière avec les pays de l’Afrique de l’Ouest donc de l’Afrique Occidentale Française.

Je disais qu’il m’arrive d’entendre dire que l’on doit diviser la République Islamique de Mauritanie en Deux Etats : Nord et Sud. En entendant cela – surtout pour la première fois – je reste ébahie, étonnée et dépassée. La division de la Mauritanie en Deux Etats : Nord et Sud !!! (?)

J’ai appris dans l’un de mes cours de licence – intitulé projet de développement – que quand on a un projet, il faut toujours faire une analyse FFOM (Forces, Faiblesses, Opportunités et Menaces).

Celle-ci consiste à étudier, au préalable, le projet et à jauger sa faisabilité. Cela éviterait de se lancer aveuglement et hasardeusement dans un projet qui pourrait ne pas donner de fruits, de bons fruits et conduire à la perte, à l’échec des concernés.

Pour ce projet immature – heureusement qu’il est encore trop immature – de scission nationale, je vous invite à analyser cette situation avec moi. Nous allons nous comporter en ‘‘médium’’ afin de faire notre voyage analytique en imaginant et supposant les faits et conséquences de cette division. Seulement, je tiens à le souligner, dès à présent, ce projet ne contient que des faiblesses et des menaces (chaos national), il ne renferme aucune force encore moins la moindre opportunité.

Fermons les yeux car notre rêve, non !, je dirai plutôt, notre cauchemar commence ici.

Il y a trop d’injustices en Mauritanie et les négro-mauritaniens trouvent qu’il y a une communauté ou une composante communautaire (beydane) qui est privilégiée par rapport au reste, aux autres.

Se sentant ou étant délaissées, opprimées, maltraitées, dépourvues et évincés de leurs droits, les autres composantes marginalisées en ont ‘‘marre’’. Marre de continuer à subir cette injustice.

Pour cesser de vivre cette inégalité, les composantes marginalisées – certaines personnes – se lèvent comme un seul corps et demande d’un coup la division de cette nation entre les deux grandes communautés qui la composent : celle Maure et Négro-mauritanienne.

Division de la Mauritanie : Zeyne hateu. Continuons le cauchemar.

Cette division se ferait-elle au simple coup d’une baguette magique ? Autrement dit, aurait-elle lieu après une simple sollicitation d’une communauté, je dirai plutôt, d’une partie (majoritaire ou minoritaire) d’une communauté ? Se ferait-elle sans conséquences néfastes ? En combien de temps et de parties se verrait-elle diviser ?

Evidemment que non ! Evidemment que cette division, si jamais on y songe, ne s’obtiendrait pas pacifiquement. Il s’obtiendrait dans la catastrophe. Autrement dit, pour avoir deux Etats mauritaniens, il faut qu’il y ait un/des conflit(s), du sang versé, l’insécurité (entrainant une situation incontrôlée), la séparation de nombreuses familles (due au deuil des membres, au métissage, etc.), la multiplication des orphelin(e)s, l’accroissement des veuf(ve)s, la perte de la stabilité sur tous les plans, des troubles physiques et psychologiques (causés par la peur et la violence), les viols (et grossesses indésirées causées par ces viols), etc..

Ce n’est qu’après tous ces malheurs que la Mauritanie pourrait se diviser et même cela, c’est à voir si elle le serait malgré les longues périodes de conflits aussi intenses qu’elles soient.

Prenons, brièvement, l’exemple du Soudan. Un pays, initialement unique, qui a connu des problèmes d’ordre communautaire, notamment religieux opposant ainsi les musulmans aux chrétiens.

En combien de temps – après le début de la guerre – ce pays s’est vu diviser en deux Etats ? Quel a été les conséquences et le bilan de ce souhait de division ? Les conséquences de la guerre au Soudan : ce conflit – demande d’une division nationale – a duré plus de 20 ans avant que le pays ne se voit scinder en deux Etats (Soudan et Soudan du Sud), ses conséquences ont été très néfastes et fatales sur tous les plans car conduisant le pays, d’une manière ou d’une autre, à un chaos national. Pire est que malgré cette division, la paix et la stabilité ne sont que précaires pour ne pas dire qu’elles ne sont pas revenues pas dans ce (ou ces) pays qui vit toujours dans l’instabilité.

Un autre exemple, celui malien. Ce dernier constitue un bel exemple car cet Etat nous est proche. Parti aussi d’un souhait de division nationale, nous connaissons tous les coûts, les conséquences de ce geste au Mali.

Ne se passant pas sur notre terre mais sur une frontalière, on s’est inquiété de notre sécurité, sort car on n’est conscient du fait que la situation malienne pourrait se répercuter sur nous si jamais les frontières ne sont pas bien surveillées et que le problème ne se règle pas.

D’un projet de division nationale d’un pays voisin, nous en avons senti les secousses et que dire si jamais cela passait sur notre propre terre. Revenons à cette dernière, à la Mauritanie. Je disais que la division de cet Etat en deux autres ne pourrait se faire qu’à la suite d’une fatalité nationale. C’est seulement après celle-ci qu’elle se diviserait – si cela aurait lieu bien sûr.

Supposons qu’à la suite de cette catastrophe nationale que le pays se soit divisé en deux Etats comme souhaité : Nord et Sud.

Au Nord, qui présiderait : les Maures Blancs ou les Maures Noirs ? Et au Sud, aussi, qui présiderait : les Peulhs, les Soninkés, les Wolofs ou les ‘‘Bambarras’’ ?

Ayons toujours les yeux fermés car le cauchemar n’est pas encore fini, d’ailleurs, il est loin de l’être ! Au contraire, il ne fait que débuter !

Visitons le nouvel Etat nommé la Mauritanie du Nord, celle des Maures. Est-ce que tout se passerait-il bien (en rose) maintenant qu’une communauté socioculturelle (Maure) possède sa propre nation ?

Je dirai, sans tarder, non ! Il y aurait une multitude de maux pire qu’au moment où les deux communautés partageaient le pays.

Imaginons qu’en Mauritanie du Nord aussi qu’il y ait de la discrimination due à la stratification sociale et au problème de race aussi. Autrement dit, dans ce nouvel Etat, certains pourraient penser qu’il n’y a qu’un seul groupe (de personnes) appartenant à une race qui préside leur pays. Je fais ici allusion aux Maures Blancs et Noirs.

Déjà, nous savons qu’il est, actuellement, de sérieuses tensions entre eux surtout avec l’émergence (incroyable) du mouvement de l’IRA, chapoté par Biram Ould Abeid, qui ne cesse de s’accroitre.

Face à cette situation, les Maures Noirs aussi pourraient se révolter et demander, à leur tour, la division de leur nouvel Etat en deux autre Etats : un appartenant aux Maures Blancs (peut-être nommé Mauritanie (du Nord) des Maures Blancs ou Mauritanie Beydane) et l’autre aux Maures Noirs (peut-nommé Mauritanie (du Sud) des Maures Noirs ou Mauritanie ‘‘Haratine’’).

Dans chacun de ces deux derniers nouveaux Etats (Mauritanie Beydane et ‘‘Haratine’’), il pourrait avoir des problèmes de cohabitation et des tensions entre les différents habitants…

Ainsi, dans la Mauritanie des Maures Blancs ou Beydane, il se pourrait qu’il y ait juste certaines tribus (limitées) qui dirigent ce nouvel Etat. Cela pourrait créer des malentendus surtout que dans cette société, le tribalisme occupe une place prépondérante. Autrement dit, il y a un rapport de force entre les différentes tribus.

A part cela, il y a aussi le classement hiérarchique – au sein de chaque tribu – qui occupe une place importante chez les maures. Alors, il se pourrait que les classes sociales dites ‘‘nobles’’ dirigent ce nouvel Etat. Dans cette situation, les ‘‘roturiers’’ (griots, forgerons, pêcheurs, etc.) ne tarderaient pas aussi à riposter en demandant à ce que leur pays, la Mauritanie du Nord Beydane déjà subdivisée en tribus soit encore départie en fonction des classes sociales.

Cette fois ci, en combien d’Etats faudrait-il diviser cette Mauritanie du Nord Beydane déjà subdivisée ? Et comment faudrait-il les nommer ?

Après la division de cet Etat en plusieurs tribus et classes sociales, les Etats qui en découleraient pourraient se nommer, peut-être, de la sorte : la Mauritanie Beydane ‘‘Noble’’, la Mauritanie Beydane ‘‘Griote’’, la Mauritanie Beydane ‘‘Forgeronne’’, etc. ou mettre le nom de chaque tribu suivi par la classe sociale (par exemple : Mauritanie Beydane Oulad Sébaa ‘‘Noble’’, etc.).

Dans la Mauritanie des Maures noirs, il pourrait avoir des problèmes entre les ‘‘affranchis’’ – qui pourraient se croire supérieurs et diriger cet Etat – et les ‘‘esclaves’’. Alors, il pourrait avoir des injustices et des revendications de division. Situation oblige, cet Eta se diviserait en deux autres Etats : Mauritanie des Maures Noirs ‘‘Affranchis’’ et Mauritanie des Maures Noires ‘‘Esclaves’’.

Maintenant, c’est le tour de visiter la Mauritanie du Sud.

Une fois que cette communauté aurait son propre pays, je suppose qu’elle reconnaitrait officiellement l’ethnie Bambarra comme quatrième ethnie et langue nationale négro-mauritanienne si jamais cela n’a pas été fait dans la Mauritanie (mère, unie dans l’histoire).

Après la réalisation du rêve de certains négro-mauritaniens, celui d’avoir leur propre Etat, demandons-nous qui le dirigerait : un Peulh, un Soninké, un Wolof ou un Bambarra ? Comment les autres ethnies réagiraient si jamais le leader n’est pas un de leur ?

Ainsi, tout comme la Mauritanie du Nord, je doute fort qu’il y ait une (parfaite) entende dans la Mauritanie du Sud car il existe, actuellement, des problèmes et des tensions entre les différentes ethnies négro-mauritaniennes. Je m’explique, m’argumente en racontant une anecdote (à laquelle j’ai assisté et) qui m’a interpelé, beaucoup interpelé même.

A kaédi, j’ai assisté à une bagarre entre deux filles négro-mauritaniennes : une peulhe et une soninkée. Cette bagarre a pris une ampleur (extraordinaire) car l’une des parties a porté plainte. Durant cette situation, les gens étaient beaucoup plus subjectifs qu’objectifs, je dirai même que l’objectivisme n’y avait pas du tout sa place.

Les stéréotypes sociaux, les préjugés ethniques et les injures incessants étaient au rendez-vous durant cette période. C’était un moment ‘‘chaud’’ où la prise de partie – que l’on ait tord ou pas – avait atteint le summum.

Cet événement a permis à toute personne qui observe la société de façon objective de mesurer et de limiter les relations qui existent entre ces deux ethnies qui sont pourtant proches, en tout cas, les deux ethnies les plus proches du pays.

Ceci est un exemple – parmi tant d’autres – qui prouve les failles relationnelles existantes entre ces ethnies.

Concernant l’ethnie Wolof, il faut le noter, elle est la plus ‘‘mésestimée’ dans communauté négro-mauritanienne. Ainsi, les stéréotypes sociaux véhiculés pour nommer ou parler de cette ethnie ou des Wolofs le prouvent suffisamment.

Alors, compte tenu des problèmes interethniques de cette communauté, revenons à la question : qui dirigerait cet Etat nouveau ?

Restant dans l’esprit de ce qui est développé, je dirai qu’il aurait des problèmes de leadership entre les différentes ethnies. En plus de cela, il se pourrait que l’ethnie dirigeante privilégie les siens en créant une répartition inégale et une injustice.

Ce faisant, comme la Mauritanie du Nord, situation oblige, il faut, désormais, départager la Mauritanie du Sud entre les quatre groupes ethniques négro-mauritanienne qui la composerait. Cela donnerait la Mauritanie du Sud Peulhe, la Mauritanie du Sud Soninké, la Mauritanie du Sud Wolof et la Mauritanie du Sud Bambarra.

Et au sein de chaque nouvelle Mauritanie, il pourrait avoir des problèmes dus à la région d’appartenance et à la stratification sociale. Par exemple en Mauritanie du Sud Soninké qui dirigerait ? Un Soninké de Kaédi ou un du Guidimakha (surtout que nous savons qu’il y a une/des différence (s) entre les deux) ?

Aussi dans ces différentes Mauritanies du Sud, il se pourrait que les ‘‘nobles’’ dirigent ces pays et les autres, ‘‘roturiers’’, se sentiraient délaisser… Il se pourrait aussi que ce soit le contraire : les ‘‘roturiers’’ dirigent ces pays et les ‘‘nobles’’ pourraient désapprécier ce fait et se révolter afin d’inverser la donne.

Pour ce point, je mets en exergue une autre petite anecdote argumentative. Il parait qu’à Kaédi, des jeunes voulaient créer une association. Le problème qui s’est posé est que chacun voulait qu’un membre de sa classe sociale en soit le leader. Les ‘‘nobles’’ se sont catégoriquement opposés à ce qu’un ‘‘esclave’’ soit à sa tête.

Absence de consensus, la triste décision finale prise est la séparation, la division du groupe en fonction des classes sociales. C’est vraiment grave ! Vraiment lamentable !

D’autres exemples peuvent être donnés aussi mais je me limite à celui ci.

Si au sein d’une association, on ne parvient pas à s’entendre, cela pourrait-il être possible au niveau national, au sein d’un Etat ? Non, j’en doute fort, très fort !

Compte tenu de ces tensions hiérarchiques, on pourrait solliciter la (sub)division de chacun des quatre Etats de la Mauritanie du Sud en fonction des appartenances sociales et des régions.

Dans ce contexte, on aurait trop de pays en Mauritanie du Sud. En Mauritanie du Sud Peulhe, on aurait, entre autres : la Mauritanie du Sud Peulhe ‘‘Noble’’, la Mauritanie du Sud Peulh ‘‘Forgeron’’. En Mauritanie du Sud Soninké, on aurait, entre autres : la Mauritanie du Sud Soninké ‘‘Griot’’, la Mauritanie du Sud Soninké ‘‘Esclave’’. Cela serait pareil pour les autres Mauritanies : Wolof et Bambarra.

Ce qu’il faut retenir ce que toutes ces divisions et subdivisions ne se feraient jamais de façon pacifique. Il faudrait qu’il y ait des conflits (massacres), une catastrophe nationale afin et avant d’y parvenir.

Nous pouvons sursauter en ouvrant les yeux car notre cauchemar s’interrompt ici. Ainsi en faisant l’analyse FFOM de ce/ces projet(s) de division, le constat fait est que cette division initiale conduirait à la mort de la Mauritanie de façon générale. Une autre question essentielle qui immergerait davantage ce pays dans cette situation chaotique : comment, en combien de parties les matières premières seraient-elles départagées entre ces nombreux Etats ?

Au terme de ce texte, ce que j’ai voulu mettre en lumière, c’est l’aspect raciste de tous les mauritaniens. Oui, les mauritaniens sont, consciemment ou inconsciemment, racistes. Ce racisme se situe au niveau intercommunautaire, interraciale, interethnique, interlinguistique, etc.

Cela parce que chez les mauritaniens, le subjectivisme, le communautariste, l’ethnicité, l’ethnocentrisme, l’égoïsme… sont toujours présents voire prennent le dessus. Et, inconsciemment, les enfants sont éduqués sur ces valeurs et, sont recroquevillés sur elles tout en se dépossédant de certaines valeurs vitales telles que l’ouverture, l’acceptation de l’autre, son amour…

Tout cet article juste pour dire que je suis contre la division (initiale) de la Mauritanie Mère en deux Etas : Sud et Nord. Une fois que cette division aurait lieu, elle engendrerait d’autres divisions et nos problèmes et difficultés actuels ne feraient que se multiplier, s’accroitre. Aussi, ne perdons pas de vue que chaque projet de division serait fatal, très fatal trop fatal.

L’intérêt national est de nous entendre, de mettre fin à la discrimination (quelque soit sa nature), d’être objectif, d’être juste et équitable, de répartir les biens de façon logique et équilibrée, etc.

En tant que citoyenne mauritanienne, j’ai mon avis à donner, mon mot à dire, mon opinion à mettre en exergue et cela qu’elle soit prise en compte ou pas. Ainsi on comprend pourquoi le titre aurait pu ou dû être « la division de la Mauritanie en Deux Etats (Nord et Sud) subdivisés en plusieurs autres Etats ».

Baye Tidiane Diagana
diaganabayby1@hotmail.com

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