La Mauritanie s’intéresse à la création d’une bourse nationale

Tagh-ould-CheikhnaCela fait longtemps que la Mauritanie cherche à se doter d’une place boursière. Ce projet pourrait dorénavant se concrétiser après que des hommes d’affaires influents venus de toute la région se soient réunis le mois dernier à Nouakchott à l’occasion de la toute première conférence portant sur les investissements dans le pays.

Magharebia a rencontré Taghi Ould Cheikhna, cadre à l’Autorité de Régulation Multisectorielle de Mauritanie, pour discuter de la création de cette Bourse de valeurs mobilières et des conséquences que son établissement pourrait entraîner en faveur de l’emploi des jeunes.

Magharebia : Est-ce que la création d’une bourse de valeurs se justifie aujourd’hui ?

Taghi Ould Cheikhna : La Mauritanie a réalisé un taux de croissance de 6,9 % en 2013, soit le taux le plus élevé dans la zone du Moyen-Orient et de l’Afrique de l’Ouest, et dispose d’une vingtaine de banques malgré un taux de bancarisation relativement faible par rapport aux pays de la sous-région.

Nous pensons que l’organisation d’un Forum sur les investissements en Mauritanie, avec la présence de plus de cinq cent investisseurs nationaux et étrangers pour un montant de 250 milliards d’ouguiyas, soit environ 840 millions de dollars américains de financement de projets…. rassure les investisseurs et donne un signal favorable à l’investissement en Mauritanie .

Un tel progrès réalisé dans un pays sécurisé pourrait déboucher sur la création d’une bourse de valeurs mobilières moyennant la mise en place d’un arsenal juridique permettant à la fois de préserver les intérêts des investisseurs et de sécuriser l’information financière…

Magharebia : Que va apporter cette Bourse à l’économie mauritanienne ?

Ould Cheikhna : La Bourse a pour objectif de financer la croissance à travers l’échange sur des capitaux à court, moyen et long terme. Et ce, à travers une augmentation du capital, en créant de nouvelles actions vendues aux investisseurs, ce qui procure de l’argent à l’entreprise pour investir.

Magharebia : Ce nouvel instrument pourrait-il constituer un catalyseur pour les investissements extérieurs ?

Ould Cheikhna : Le démarrage réel d’un marché de valeurs mobilières dans un climat permettant de préserver les intérêts des investisseurs et garantissant la sécurité de l’information financière (une information fiable, pertinente, transparente et neutre) pourrait inciter les investisseurs étrangers à s’intéresser à la Mauritanie.

Magharebia : Est-ce que la création de cette Bourse aura un impact sur l’épargne domestique et, partant, sur la situation socio-économique des ménages ?

Ould Cheikhna : Globalement, le phénomène de thésaurisation (faible taux de bancarisation) est dû, entre autres, à un manque de confiance et de transparence entre les déposants et les institutions de crédit.

La mise en place de la Bourse dans des conditions transparentes et rassurantes permettant de préserver les intérêts des investisseurs et des déposants, moyennant un loyer d’argent attractif, favoriserait l’émergence d’une culture d’épargne en Mauritanie et pourrait changer les priorités des ménages en les incitant à s’orienter vers l’épargne plus que vers l’investissement dans l’immobilier ou dans les parcelles de terrain.

Magharebia : Qu’en est-il du chômage des jeunes en Mauritanie ?

Ould Cheikhna : Les statistiques disponibles sur la situation du marché du travail en Mauritanie sont limitées, ne permettant pas au système d’information sur le marché du travail de jouer pleinement son rôle d’outil d’aide à la prise de décision rationnelle…

L’enquête la plus récente sur l’emploi et le secteur informel organisée par l’ONS (Office National de la Statistique) en 2012, a estimé le chômage en Mauritanie à 10,1 %. Ce taux est relativement bas par rapport aux pays de la sous-région.

Selon les résultats de l’Enquête nationale de référence sur l’emploi et le secteur informel en Mauritanie (ENRE/SI 2012), la population en âge de travailler représente 52 % de la population globale. Les jeunes âgés de 15 à 35 ans représentent plus de 60 % de la population en âge de travailler.

Magharebia : Quelle stratégie doit-on adopter pour aider ces jeunes qui malgré une formation universitaire ou professionnelle n’arrivent pas à trouver du travail ?

Ould Cheikhna : Nous pensons que la mise en place d’un observatoire des métiers permettant de cerner les métiers disponibles dans les secteurs primaire (agriculture, pêche,..), secondaire (industrie, BTP,…) et tertiaire (prestation de services, TICS,…) de l’économie, accompagnée de la création de nouveaux centres de formation professionnelle et bénéficiant d’une souplesse dans le circuit de financement des projets pour les jeunes diplômés pourrait constituer un levier d’absorption du chômage des jeunes en Mauritanie.

Par Bakari Gueye à Nouakchott

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