la proclamation par les rebelles touareg de la sécession du Mali est tombée

C’est une décision qui éclate comme une bombe à fragmentation. Vendredi, vers trois heures du matin (à Bamako), le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion touarègue, a proclamé l’indépendance de l’Azawad. Ce territoire, dont les frontières n’ont pas été précisées de manière universelle, est défini par les touareg comme un espace à part, et fait partie de revendications autonomistes depuis plusieurs décennies.

Cette fois, Billal ag Acherif, secrétaire général de la rébellion, dans un communiqué placé sur le site du MNLA, déclare l’indépendance unilatérale de cette région, assimilée dans les circonstances actuelles par le MNLA à l’essentiel des trois régions qui constituent le Nord du Mali (Tombouctou, Gao, Kidal).

Ces trois villes sont tombées en l’espace de quelques jours grâce à une offensive menée par les rebelles dans la foulée de l’effondrement de l’armée malienne, achevée par le coup d’Etat du 22 mars qui a fini de la désorganiser. Pendant quelques jours, des interrogations ont flotté sur les intentions des rebelles : avaient-ils l’intention de poursuivre leur avancée dans le Sud, en commençant par prendre Mopti, par exemple ?

Mais le MNLA s’est arrêté au sein des frontières du territoire qu’il définit comme l’Azawad. Cela aurait pu constituer une position de négociation en force, surtout avec une junte, le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’Etat (CNRDRE), isolée et soumise à de très fortes pressions de ses voisins pour rendre le pouvoir arraché presque par hasard lors d’un coup d’Etat improvisé.

La déclaration d’indépendance modifie complètement la donne. Mais pourquoi cet acte lourd, grave, alors que le MNLA se débat déjà dans de relations au bord de l’explosion avec un autre groupe rebelle, le mouvement Ansar Dine d’Iyad ag Ghali, qui dispose de moins d’hommes, mais exerce une forte influence sur la région de l’Adret des Ifoghas, centre névralgique de l’univers touareg malien ? Ansar Dine semble pouvoir compter sur l’appui d’une partie des forces d’Al-Qaida au maghreb islamique (Aqmi) , mais la plus grande prudence s’impose à cet égard. Des hommes d’Aqmi semblent se trouver à Tombouctou, des sources contactées sur place évoquent la « coopération » entre rebelles Ansar Dine, certains combattants d’Aqmi mais aussi quelques milices arabes locales. Or, Ansar Dinen n’a jamais soutenu, jusqu’à présent, les projets d’autonomie de l’Azawad ou du Nord Mali. En tout cas, son leader, Iyad ag Ghali, ne s’est jamais prononcé à ce sujet. Peut-être se prononcera-t-il plus clairement dans les heures à venir.

Côté MNLA, tous ces facteurs ont été pris en compte. Voici ce qu’en dit, au petit matin, le responsable des relations extérieures du MNLA, Hama ag Sid’Ahmed : il s’agit d’une « déclaration d’intention dont l’objet est de barrer la route à Iyad (Ag Ghali), qui veut prêcher un islam radical pour l’ensemble du Mali » ; au sein du mouvement, cette déclaration en coup de tonnerre permettrait « à certains d’assumer leurs responsabilités »….

Hama ag Sid’Ahmed ajoute : « Même si cette décision pourrait être jugée unilatérale, c’est-à-dire sans consultations des citoyens des trois régions, pour d’autres responsables MNLA, elle correspond à une illégalité dans laquelle se trouve le capitaine Sanogo, car il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas deux entités non reconnues au Mali » (celle du Sud et celle du Nord). Et enfin pour bon nombre, cela pourrait barrer la route au groupe d’Iyad qui prêche un islam radical pour l’ensemble du Mali et qui n’est point intéressé par le territoire de l’Azawad. Par ailleurs, je pense que la déclaration ne va pas suffire, il faut qu’elle
 s’accompagne d’actes concrets sur le terrain, c’est-à-dire une prise en charge de la sécurité effective dans les villes et villages que nous occupons, sécurisation des ressortissants étrangers qui vivent dans ces régions, assurer la sécurité de ceux qui veulent se rendre sur place pour s’imprégner des réalités de la région, et permettre la présence des organisations humanitaires qui pourraient aider le retour des familles déplacées à l’intérieur de la région et les milliers des familles réfugiées dans les pays limitrophes. Et surtout donner un sursis aux groupes terroristes présents dans les mêmes villes et villages que le MNLA. Si le MNLA après une telle déclaration ne peut assumer certains actes sur terrain qui donnerait confiance à la communauté internationale et aux populations locales, alors cette déclaration perdrait tout son sens. »



Jeudi soir, les chefs d’état-major de la Cédéao (organisme régional) se sont réunis pour préciser les détails d’une force qui a encore besoin de la validation des présidents et d’un cadre logistique, pour lequel la France a proposé son concours. Une force de la Cédéao pourra-t-elle se déployer au Mali ? Et qu’y fera-t-elle à ce stade ? De l’interposition entre le Nord et le Sud ? Cela reviendrait alors à entériner la partition du pays….

Source: Lemonde

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