La question Harratine : L’éternelle revendication…

revendication...La reconnaissance d’une iidentité propre aux harratine de Mauritanie en tant que groupe ethnique distinct des autres groupes négro-africains, mais surtout arabes, est de plus en plus exigée par la classe intellectuelle issue de cette frange.
Il faut dire que la question Harratine préoccupe déjà depuis des années sociologiques et anthropologues. Cette revendication aux connotations sociopolitiques majeures constitue un enjeu dans les rapports de force inter-communautaire en Mauritanie. Aujourd’hui, elle risque d’être même au cœur de la question nationale.
Le discours porté par l’élite harratine pour exiger la reconnaissance de leur communauté en tant que groupe distinct des autres composantes de la nation mauritanienne, trouve de plus en plus écho sur le plan international. Ce discours a été de nouveau porté à Bruxelles par Abidine Merzough, membre du mouvement antiesclavagiste IRA.
S’exprimant devant la sous-commission des droits de l’homme du Parlement européen, le 5 décembre dernier, dans le cadre du « Hearing sur la Mauritanie »,il a exhorté la communauté internationale à exiger de l’Etat mauritanien la reconnaissance de « l’identité harratine -groupe majoritaire-, en tant que groupe ethnique à part entière, indépendant de celui négro-africains et particulièrement des arabo-berbères, avec lesquels il partage la langue, héritage des rapports esclavagistes ».
Ce serait d’après lui, la substance du combat mené par IRA, qui prône « l’instauration de l’égalité et de la justice dans un pays où une minorité arabo-berbère de 20 à 25% détient le pouvoir politique, économique et militaire et use de la force pour soumettre une majorité noire de 70 à 80% à l’exclusion, au racisme et à l’esclavage ».
Jouant sur la fibre du terrorisme, principal phobie d’une Europe aujourd’hui aux abois, il souligne que l’objectif d’une telle démarche est d’éviter que la jeunesse noire mauritanienne, opprimée et marginalisée, ne devienne « l’arrière basse cour où les islamistes radicaux recrutent les combattants et kamikazes pour un monde islamique utopique et imaginaire ».
Cette sortie d’Abidine Merzough remet ainsi sur le tapis la question harratine. Un sujet qui a fourni ces dernières années une bonne littérature mais aussi des études sérieuses de la part d’éminences aussi scientifiquement reconnues que l’historien Abdel Weddoud Ould Cheikh ou encore l’universitaire d’origine haratine El Arby Ould Saleck.
Le Pr.Abdel Weddoud Ould Cheikh a abordé la question harratine, sous sa forme servilement emmitouflée dans la notion d’Assabia, qui joue un rôle de régulation et d’intégration fondamentale dans la société maure. L’Assabia dans la société maure est, selon lui, un pacte de solidarité au sein d’une tribu, le ressort quasi-instinctif qui soude ses membres pour la défense collective de leur communauté.
Même s’ils sont considérés comme membre de la tribu par leur appartenance à leur maître, il trouve que les harratines sont cependant exclus de cette Assabia. Ce qui pousse, selon certains sociologues, certains harratines des villes, à suivre souvent un processus de détribalisation vis-à-vis du système tribal maure. Pourtant, le politologue d’origine harratine El Arby Ould Saleck ne pensait pas que les harratines pourraient être amenés un jour à revendiquer une identité ethnique propre.
Dans son ouvrage paru aux éditions l’Haramattan, « Les haratins, le paysage politique mauritanien », il laissait entendre qu’on ne risquait pas de voir émerger chez les harratines une identité culturelle autonome de la culture maure.
Ce qui fera dire à Moustapha Mamadou Touré, dans sa réponse à Mariella Villasante sous le titre « la question ethnique et raciale en Mauritanie ou genèse d’une agression » que dans le « face-à-face Noirs/Maures en Mauritanie, il se pose le problème de l’esclavage, mais aussi celui de la production et de l’affirmation d’une identité culturelle nationale qu’une frange arabo-berbère dominante, détentrice du pouvoir politique et économique tente d’imposer aux autres groupes ethniques… en associant la construction d’une identité nationale commune à la nécessaire hégémonie de la langue arabe ». C’est ce qui aurait expliqué selon lui l’épuration ethnique de la période 89-92.
D’autres analystes voient derrière cette tentative d’émancipation des Harratine par rapport à la composante maure, une menace démographique, culturelle, sociologique et politique qui risque de mettre en jeu l’hégémonie de la communauté arabo-berbère, dans son face-à-face contre la communauté négro-africaine.
Certains penseurs négro-africains, comme l’historien Ibrahima Abou Salln’hésitent d’ailleurs pas à accuser l’ancienne puissance colonisatrice, la France, d’être à l’origine de la suprématie beidane sur les autres composantes noires deMauritanie, en confinant les habitants noirs du Sud et les noirs esclaves appelés Harratines dans cette position de dominés qui sert aujourd’hui de standard dans les rapports intercommunautaires.
Ainsi, beaucoup considèrent que le chemin est encore long et difficile avant que l’élite Harratin ne parvienne à imposer leur communauté comme groupe ethnique distinct, tant la majorité des Harratines vivent encore aujourd’hui comme appendice de la société maure et en marge d’elle, dans un rapport que certains qualifient de « parenté fictive avec leurs maîtres ou anciens maîtres ».
D’où cette culture instinctive chez la majorité des harratines à revendiquer leur arabité en « raison du partage de la langue hassanya qu’ils ont en commun avec les maîtres, sans en apercevoir toutes les conséquences au plan de la domination » note Moustapha Touré.
Cette guerre sociologique et anthropologique qui surgit aujourd’hui plus que jamais, est cependant considérée par la communauté maure comme l’instrument d’une division programmée derrière laquelle se cachent des mains extérieures.
C’est toute la configuration socioéthnique de la Mauritanie qui serait ainsi menacée, car l’ensemble maure se considère comme indivise au niveau de ses deux composantes, maures et harratines. Tenter de dissocier cet ensemble équivaudrait à leurs yeux à une déclaration de guerre civile dont les conséquences s’annoncent lourdes et irrémédiables.

Cheikh Aïdara

Source : L’Authentique

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