La « réponse « d’Aminata Traoré à l’interdiction de circuler dans l’espace Schengen

Aminata-MigrationLa « réponse «  d’Aminata Traoré à l’interdiction de circuler dans l’espace Schengen que lui a signifié  le Président français  ne s ‘est pas fait attendre.

En raison de l’incompréhensible stupidité d’une telle mesure vis à vis d’une personnalité que le Parti Socialiste invitait à La Rochelle dans son Congrés il y a deux ans, mesure dont l’impact et la résonance politique à long terme me paraissent plus importants que l’affaire Cahuzac, nous aurions pu nous attendre, de la part d’une intellectuelle qui ne mâche pas ses mots, à une philippique acide. Nous avons droit à un cours politique.

Aminata Traoré d’emblée nous livre la clef de son analyse et de sa vision : les mouvements rebelles ne peuvent être regardés et lus et compris que dans le cadre plus général « fin 2011 et début 2012 des marches de protestations contre la vie chère, le chômage, la précarité, le référendum constitutionnel, la question foncière, la corruption et l’impunité ».

En d ‘autres termes la réponse militaire apportée par la France n’était pas et n’est pas fondamentalement  la bonne réponse car le problème n’était pas celui des rebelles, des djihadistes,  mais celui du développement et de l’enracinement au Mali  du système néo-libéral. Le problème n’est pas l’incohérence et l’impéritie des forces armées et l’on ne peut en vouloir « aux militaires de ne pas savoir défendre un pays dont les élites politiques et économiques, non seulement acceptent de l’ouvrir au marché dans les pires conditions mais en profitent pour s’enrichir. Le naufrage est d’abord le leur pour avoir revendiqué un modèle économique qui rime avec le désengagement et le délitement de l’État, la ruine des paysans, la clochardisation des troupes et le chômage endémique. »

Elle revient plusieurs fois dans son discours sur l’obligation de « changer de paradigme », reprenant pour l’Afrique ce qui se dit de plus en plus en France et en Europe dans ce qu’il reste de la Gauche .

Considérant l’après conflit elle rappelle que le 15 mai 2013 à Bruxelles, les bailleurs de fonds examineront le plan d’actions prioritaires d’urgence (pour 2013 et 2014). et se demande siLes ressources qui seront mobilisées (ou annoncées) profiteront au peuple malien,….ou irrigueront-elles les mêmes circuits économiques selon les mêmes pratiques qui ont aggravé la pauvreté et les inégalités. Elle se souvient et rappelle que Tripoli » la capitale Libyenne a abrité, les 29 et 30 novembre 2010, le Troisième Sommet Afrique-UE où le Guide libyen, Mouammar Kadhafi,  a accueilli, en grande pompe, les dirigeants de 80 pays africains et européens. La création d’emplois, les investissements et la croissance économique, la paix, la stabilité, les migrations et le changement climatique étaient à l’ordre du jour de ce sommet. Les participants s’étaient mis d’accord sur un « plan d’action » pour un Partenariat Afrique-Union Européenne  de 2011 à 2013.
L’UE a, à cette occasion, réaffirmé son engagement à consacrer 0,7% de son PNB à l’aide publique et au développement d’ici 2015 et d’affecter 50 milliards d’euros aux objectifs généraux du partenariat envisagé entre 2011 et 2013. Nous sommes en 2013 et fort loin des objectifs de développement du Millénaire et des voies et moyens de les atteindre en 2020.

Et d’ajouter «  La paix, la réconciliation et la reconstruction du Mali, n’ont aucune chance d’aboutir si elles doivent reposer sur des arrangements politiciens en vue d’engranger l’ « aide extérieure ».

La reconstruction du Mali ne pourra se faire sur les bases idéologiques qui ont conduit à sa perte .

Aussi appelle t elle à un  grand sursaut national, à des débats ouverts et en langues nationales, à une grande révolte citoyenne sinon on risque fort de voir se reconstituer les réseaux où

« La misère morale et matérielle des jeunes diplômés, des paysans, des éleveurs et d’autres groupes vulnérables constitue le véritable ferment des révoltes et des rebellions qui, mal interprétées, alimentent, de l’intérieur bien des réseaux. La lutte contre le terrorisme et le crime organisé, sans effusion de sang, au Mali et en Afrique de l’Ouest passe par l’analyse honnête et rigoureuse du bilan des trois dernières décennies de libéralisme sauvage, de destruction du tissu économique et social ainsi que des écosystèmes. Rien n’empêche les centaines de milliers de jeunes Maliens, Nigériens, Tchadiens, Sénégalais, Mauritaniens et autres, qui viennent chaque année grossir le nombre des demandeurs d’emploi et de visas, de rejoindre le rang des djihadistes si les États et leurs partenaires techniques et financiers ne sont pas capables de remettre le modèle néolibéral en question. »(c’est nous qui soulignons)

On ne peut qu’être d ‘accord avec cette vision et analyse et plaider coupable pour avoir surtout vu les insuffisances de l’État – et de l’armée- et de ses réseaux mafieux  sans bien ou mieux voir combien ils n’avaient pu se développer et croître que dans le cadre d’un encadrement et une obligation  libérale imposée par les Grandes Compagnies et en général le système mondial, qui du  FMI en passant par la Banque Mondiale et/ou l OMC mettent le monde entier à leurs  bottes et sous leurs lois. La crise européenne et la crise africaine se rejoignent et ont une même origine. C’est ce que nous rappelle Aminata Traoré.

Maintenant sur quelle force pourra t elle s ‘appuyer pour développer son idée de reprise en main et de débat national dans le court fort court et «  non discutable » temps imparti ? Aucune je le crains.

Elle est une conscience plus qu’une force politique. Que pèse t elle face aux IBK, Cissé  ou Sidibé, débris expérimentés des systèmes néolibéraux qui expliquent en grande partie la chute aux enfers du Mali et qui sont prés adoubés des puissances néolibérales tutélaires -dont françaises- et redevenus légitimes,  a reprendre le flambeau du néo-libéralisme ?

source : Mediapart

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