La santé des femmes s’améliore en Mauritanie

b_300_230_16777215_0___images_stories_santefemmeCinq années se sont écoulées, mais Ougueye Mint Ely Haddad n’a pas oublié son calvaire : « J’avais des douleurs abdominales persistantes, je n’arrivais plus à contrôler l’urine et je puais en permanence. Bref,

j’étais abattue et j’évitais de rencontrer des gens, tellement je me sentais comme une paria. Même mon mari m’avait quitté », explique Ougueye, la quarantaine, rencontrée à Kiffa, à 600 kilomètres à l’est de Nouakchott la capitale. Elle se souvient avoir contractée une fistule obstétricale en 2008, suite à un accouchement après une hospitalisation de 24 heures à l’hà´pital de Kiffa et une césarienne qui a finalement mal tourné, bien que la vie du bébé et celle de sa mère ont été sauvées. Quatre mois après, grà¢ce au partenariat existant entre l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la Population, une ONG locale, l’Association des Femmes Volontaires du Développement (AFVD) et une ONG internationale, Equilibre et Population, Ougueye a été totalement prise en charge et opérée. Après douze jours d’hospitalisation, elle est sortie complètement guérie et a reà§u un lot de médicaments et de vêtements offerts par l’UNFPA. Après son rétablissement, Ougueye a vu avec joie son époux revenir au foyer conjugal. En mai dernier, elle a reà§u de l’UNFPA un don de 50 000 ouguiyas, soit 166 dollars, pour lancer des activités génératrices de revenus. « J’ai ouvert une petite boutique de produits alimentaires et j’ai acheté une machine à coudre ; je réalise des bénéfices et j’ai recouvré pleine confiance en moi-même », déclare-t-elle, tout en sourire, entourée de ses quatre enfants. Mieux, Ougueye s’implique aujourd’hui dans la sensibilisation des femmes, surtout celles souffrant de fistules obstétricales, se félicite Mme Camara qui fait office également de point focal du ministère de la santé pour la santé de reproduction. Ougueye fait de la sensibilisation directe ou à travers une radio du terroir et distribue gratuitement les contraceptifs modernes non seulement à Kiffa, mais aussi dans les coins les plus reculés de la région. Comme des dizaines d’autres victimes de la fistule obstétricale en Mauritanie, elle retrouve ainsi une seconde vie grà¢ce au programme de prise en charge et de réinsertion soutenu par l’UNFPA. Les femmes mauritaniennes se réjouissent aujourd’hui de la mise en place du « forfait obstétrical », une innovation mauritanienne consistant à prendre en charge la femme enceinte à partir de sa première visite jusqu’au 28e jour après l’accouchement. En contrepartie, on ne lui demande qu’une contribution symbolique équivalente à 18 dollars, souligne le coordinateur du Programme national de la santé de la reproduction, Dr Mahfoudh Ould Boye. La prise en charge comprend quatre consultations prénatales, deux échographies, l’accouchement quel que soit sa nature et l’évacuation vers une structure de référence si nécessaire, en plus du traitement des maladies liées à la grossesse comme l’anémie et le paludisme. Lancée en 2007, cette expérience a été un réel succès, reconnu même au-delà des frontières du pays si bien que l’OMS s’est engagée à l’étendre à d’autres pays africains, indique Dr Boye. Selon lui, les taux d’accouchements assistés ont augmenté de 30% à 50% selon les zones alors que la mortalité maternelle intra-hospitalière a été réduite de moitié dans les zones cibles. L’UNFPA est à ce jour l’unique fournisseur du pays en produits contraceptifs de qualité, précise Dr Boye, en plus d’un appui institutionnel ainsi que technique et financier précieux pour la formation et la sensibilisation ou la communication. Dans ce cadre, le gouvernement et l’UNFPA travaillent à intégrer les produits de la santé de la reproduction dans le circuit national de distribution des médicaments essentiels. L’UNFPA apporte également son soutien à la Cellule Sectorielle pour l’Accélération de l’Atteinte de l’OMD 5 créée par le gouvernement le 10 avril 2012 pour régler les goulots d’étranglement retardant la réduction de la mortalité maternelle et l’accès universel à la santé de la reproduction à l’horizon 2015. Concentrant essentiellement ses activités dans 5 des 13 régions du pays ayant pour dénominateur commun un fort taux de mortalité maternelle et l’absence de partenaires financiers et techniques, la cellule s’occupe, entre autres, de l’équipement des blocs opératoires, des maternités, de la réanimation natale et des banques de sang qui sont indispensables pour toute urgence obstétricale. Pr Aissata Ball, une gynécologue obstétricienne qui pilote la cellule, déplore les indicateurs ‘’alarmants » notés en Mauritanie où, chaque année, 626 femmes meurent pour 100 000 naissances vivantes et 114 enfants de moins de 5 ans sur 1000 meurent, selon l’enquête MICS 4 (enquête par grappe à indicateurs multiples), réalisée en 2011. L’objectif du gouvernement est de ramener à 232 le premier chiffre et à 45 le second d’ici à 2015. Les hémorragies et autres complications comme l’hypertension constituent la première cause de décès des femmes en couches en Mauritanie (40%), suivies par la dystocie ou accouchement difficile et les infections. 67 pour cent des accouchements sont assistés par un personnel de santé qualifié et le tiers des hà´pitaux régionaux ne disposent pas de gynécologues dans un pays d’environ 3,4 millions d’habitants, dont 50,7% de femmes, éparpillés sur un vaste territoire de plus d’un million de kilomètres carrés, selon les résultats du dernier recensement (RGPH 2011). L’ampleur des décès maternels n’a pas laissé indifférente l’Association des Sages-femmes de Mauritanie (ASFM) qui contribue à la réduction des taux de mortalité et de morbidité maternelle, néonatale et infantile. Ainsi, elle mène de faà§on régulière des activités allant des consultations médicales gratuites à la distribution de produits contraceptifs en passant par l’organisation de journées ouvertes et de campagnes de sensibilisation sur les avantages de la planification familiale (PF). « Nous cherchons à changer le comportement des femmes en à¢ge de procréer vis-à -vis de l’utilisation des services fournis par l’Etat et à former les sages-femmes, moteurs d’une maternité à moindre risques», souligne Fatimetou Mint Moulaye, présidente de l’Association. Elle ajoute que l’Association bénéficie d’un appui financier et technique de l’UNFPA, y compris dans la confection de kits d’accouchement et de kits d’hygiène pour jeunes filles, surtout dans des milieux reculés et défavorisés. Dans un pays où prévaut un Islam conservateur, le changement de comportement dans le domaine de la santé de la reproduction se heurte très souvent à l’obstacle des mentalités liées aux préjugés religieux et coutumiers. D’où la mobilisation des leaders religieux comme l’explique Mohamed Ould Saha Ould Didi, cheikh de mahadra (école coranique) à Guerou, 550 kilomètres à l’est de Nouakchott : « Nous nous employons à intégrer les questions de population dans les modules d’enseignement coranique ». Ould Diddi se félicite du fait que la plupart des ulémas mauritaniens, sinon admettent la légalité religieuse de la contraception, du moins s’abstiennent de mener campagne ouvertement contre elle comme ils le faisaient il n’y a pas longtemps. Il a loué l’appui apporté par l’UNFPA aux religieux en matière de formation sur la méthodologie de sensibilisation et de transmission des idées relatives à la santé de reproduction. Grà¢ce à la conjugaison de tous ces efforts, la PF fait son petit bonhomme de chemin en Mauritanie, comme l’atteste notre visite au centre de santé de Sebkha, le plus fréquenté de Nouakchott. A l’intérieur de la salle des soins du centre, Sira Diarra, sage-femme, s’affaire avec dextérité à placer un implant dans le bras gauche d’une jeune femme, couchée sur un banc. « J’ai eu mon premier enfant à l’à¢ge de 15 ans et j’en ai aujourd’hui sept », indique la cliente, Mariem Mint Alpha, 32 ans. Mariem ajoute qu’après le consentement de son mari, elle a décidé, sur conseil d’une amie, de recourir à l’implant pour éviter la grossesse pendant les trois prochaines années. « J’en ai assez, je passe tout le temps à m’occuper des enfants qui sont souvent malades, il faut que je trouve le temps pour travailler et aider mon mari dans les charges familiales », explique-t-elle. La suivante dans la file est une quadragénaire ayant commencé à procréer à l’à¢ge de 18 ans, ayant aujourd’hui huit enfants et connu deux avortements successifs. Au dernier avortement, « j’ai beaucoup saigné et j’ai failli mourir, c’est pourquoi je viens ici prendre une piqà»re (injectable) qui empêche la grossesse pendant deux mois », déclare Fatimetou Moctar Fall, les larmes aux yeux. « C’est ma quatrième prise de piqà»re car je n’ai pas les moyens pour payer les analyses obligatoires avant l’implant et mon mari ne travaille pas», précise-t-elle, gênée. Lors de la 3ème conférence internationale sur la PF tenue à Addis Abeba du 12 au 15 novembre 2013, le gouvernement mauritanien s’est engagé à allouer des fonds à la sécurisation des produits pour la PF et à mobiliser des ressources supplémentaires, avec ses partenaires, pour la mise en Å“uvre de son plan d’action national en PF à compter de 2014. L’espoir est donc permis.

Apa

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