La Syrie : l’Impasse Tragique (par Mohamed Salem MERZOUG)

La Syrie vit une véritable tragédie. Les assassinats de masse et la répression aveugle font des ravages, chaque jour, dans cette terre de Sham chargée d’histoire et de symboles. Historiquement, le régime en place, celui des Assad, modèle nationaliste arabe type baathiste, n’est pas à son premier essai : quinze mille morts à Hama en 1982. En effet, du temps du père, les syriens ont eu à subir les pires affres d’un dictateur sanguinaire. Comme à l’époque, chaque syrien y passe. Les femmes gestantes et les enfants en bas âge sont torturés et égorgés. La situation aura atteint son paroxysme, aujourd’hui au quotidien, avec des assassinats mécaniques en masse.

Très tôt, l’implication des Nations Unies suscita l’espoir. On croyait à l’arrêt des massacres. C’est le premier plan Annan soutenu, du bout des lèvres, par les Russes. Mais ce plan s’est très tôt fracassé sur une réalité beaucoup plus complexe et plus éruptive que ne le pensait l’ex secrétaire général des Nations Unies.
En effet, l’éclatement des événements, le 15 mars 2011 Syrie était concomitant avec les turbulences généralisées dans le monde arabe. La chute des systèmes oligarchiques en Tunisie, en Egypte et en Libye laissait croire en une déconfiture foudroyante en Syrie. C’était à la fois simpliste, inefficace et même naïf.
La Syrie est bien différente des autres pays arabes. Le clan Assad a bâti un véritable système politique qui va bien au-delà des simples intérêts mercantiles bien connus et usuels dans ce type de construction basée sur la terreur.
En effet, le commandeur du « Clan Assad », aujourd’hui disparu, Hafedh Al Assad est un homme structuré, militant convaincu et dirigeant baathiste doublé d’un stratège militaire hors norme. Il aura bâti un système hiérarchisé où l’alaouisme (minorité alaouite), l’idéologie baathiste, le clientélisme raisonné et le clanisme par cercles concentriques s’entremêlent. La mainmise totale du parti Baath sur l’encadrement politique de proximité, pendant de longues années, a créé un lien particulier entre les membres du clan et une partie importante de la population syrienne. Croire que le régime n’a pas de soutien à l’intérieur du pays est tout simplement faire preuve d’amnésie et de naïveté.
Par ailleurs, arrimé à un corpus idéologique par essence totalitaire, chaque membre du clan se croit investi d’une mission quasi messianique. La défense du régime-clan est le véritable ressort et la raison de vivre de chacun. On les retrouve dans les piliers du régime : le parti, les mukhabaratt, les forces armées et de sécurité. A titre d’illustration : Maher El Assad la garde présidentielle et une division des blindés, Fawaz Al Assad et Mundher à la tête des milices, Hafez Makhloof la sécurité de Damas etc…L’essence sécuritaire est ce lignage à la fois familial, tribal et religieux.
Le système Assad c’est aussi c’est une toile d’araignée économique qui consacre une domination cynique, abjecte et inique de cet espace.Mme Bouchra Al Assad est la figure emblématique de cet encerclement financier diabolique.
Ce régime tyrannique bien structuré était-il mûr pour sombrer comme tous les autres sous les flots de l’espérance charriés par les mouvements de masse dans le monde arabe ? Tôt ou tard, il se désintégrerait.
Mais avec le recul, tout porte à croire que les syriens étaient mal préparés à l’alternance et le régime oligarchique était bien implanté.
Aujourd’hui, l’urgence est de mettre un terme aux massacres innommables des syriens. Une implication de tous les membres du Conseil de Sécurité est à cet égard, une exigence.
Pour ce faire, les Etats Unis et leurs alliés de l’OTAN doivent trouver une formule consensuelle avec les Russes et les Chinois. Une initiative française serait utile compte tenu des relations spécifiques que ce pays entretient avec le monde arabe. La Turquie et le Brésil peuvent servir d’intermédiaires pour la participation de l’Iran dans cette recherche de solution. C’est par ces mécanismes distincts mais convergents qu’on pourrait parer au plus urgent : la fin des tueries de masse.
Cette grande coalition polynucléaire permettrait d’éviter de prendre position par rapport aux profonds schismes historiques qui symbolisent des lignes de fracture du monde musulman. Car ne nous y trompons pas beaucoup les Chiites nombreux pensent que les Américains tentent d’aider leurs alliés Sunnites Saoudiens et Qataris en écrasant les autres, tous les autres. C’est l’une des grandes difficultés de cette crise bien au-delà de la tragédie humaine à laquelle on assiste en Syrie.
Mettre un terme aux massacres est sûrement une exigence humaine mais peut être aussi une manière d’ouvrir la voie à une autre manière de gouverner en Syrie.


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