L’Afrique et les démocraties de façade

La question de la démocratie suscite depuis quelques années un important regain d’intérêt dans l’étude des relations internationales. Deux sneibaphénomènes retiennent tout particulièrement l’attention des chercheurs et témoignent ainsi de son importance grandissante.

En premier lieu, ce regain est étroitement lié à la redécouverte et à l’exploration de l’hypothèse inspirée par le Projet de paix perpétuelle publié par Emmanuel Kant en 1795 selon laquelle « les régimes républicains ne se feraient pas la guerre entre eux ». En second lieu, il est aussi largement tributaire des préoccupations entourant la « sortie des dictatures » qu’avaient connue de nombreux régimes de l’Est et du Sud, à partir de la chute du mur de Berlin, jusqu’au récent bouleversement du pouvoir en Tunisie, en Égypte, Libye et Yémen. Ces phénomènes qu’on nomme « transition démocratique », en cours actuellement au Mali, par exemple, viennent se greffer au triomphalisme d’inspiration néolibéral récemment popularisé, sous la thèse – hypothèse, plus exactement – d’une fin de l’histoire, par Francis Fukuyama. Pour Fukuyama, en effet, dans la mesure où elle révélait « la nature de l’homme en tant qu’homme », la démocratie de marché constituerait un horizon que l’on ne pourrait désormais plus guère envisager de dépasser. Par conséquent et du point de vue des relations internationales cette fois, « l’axe principal d’interaction entre les États devrait être économique et les anciennes règles de la politique de puissance devraient perdre de leur importance. »

Si ces deux phénomènes et l’optimiste sur lequel ils reposent sont certes séduisants, s’ils s’offrent sans conteste comme une alternative sérieuse aux explications réalistes en termes de politique de puissance et s’ils poussent à célébrer les récents acquis de la démocratie sur la scène internationale, il n’en demeure pas moins que cette dernière semble aujourd’hui traversée par une profonde inquiétude qui incite à demeurer vigilant. Dans ces circonstances, non seulement convient-il de poser un regard critique sur le contenu et la signification de cette démocratie que l’on célèbre peut-être trop rapidement, mais il n’est pas inutile de s’interroger aussi sur les limites auxquelles les divers processus liés à la mondialisation la confronte de plus en plus ouvertement. Ainsi mis en contexte conceptuellement comme empiriquement, cet optimisme démocratique pourrait se révéler plus problématique qu’il ne semble l’être de prime abord. Car, ce que permet un tel optimisme qui s’exprime au travers des hypothèses sur la paix démocratique et sur la transition démocratique, c’est, d’une part, de renforcer l’hégémonie du discours néolibéral sur lequel ils reposent et, d’autre part, de masquer le déficit politique dont souffre pendant ce temps l’aménagement de l’espace mondial lui-même. C’est ce déficit politique qui pointe à l’horizon de la mondialisation qui remet en cause les acquis nés de la réunification de l’Allemagne ayant conduit à la dislocation du bloc soviétique et, par ricochet, à la « démocratisation » d’une bonne partie de l’Afrique. Car en persistant à garder dans l’ombre la question de l’aménagement politique de l’espace mondial, non seulement cet optimisme apparaît comme éminemment complaisant mais il contribue par ailleurs à entretenir l’illusion satisfaisante que la démocratie se porte de mieux en mieux alors même que plusieurs indices incitent au contraire à penser qu’elle a peut-être d’ores et déjà perdu pied. A cause, peut-être de l’ambivalence de la vision de l’Occident sur le système démocratique qu’il cherche à imposer à « l’Autre » monde.

Sneiba

Publicité

Mauritel

Speak Your Mind