L’an 55 de l’indépendance : Au delà du folklore

AZIZ couleurs LEVEELe gouvernement de la République Islamique de Mauritanie a décidé cette année de délocaliser la commémoration du cinquante-cinquième anniversaire de la fête de l’indépendance nationale en procédant aux activités officielles : Levée des couleurs, défilés militaires et autres manifestations à Nouadhibou. Comme toujours, la Mauritanie est allée où est allé son président. Les Mauritaniens sont venus de partout. Deux à trois semaines avant le 28 novembre, les autorités régionales ont travaillé d’arrache- pied pour que tout soit au point. Pour cela, le Trésor public a mobilisé un important pactole pour la couverture de toutes les charges. Les services sécuritaires ont ratissé le terrain. La SNIM, la Zone Franche, le Port de Nouadhibou ont mis la main à la caisse pour que rien ne soit laissé au hasard. La fête doit être belle.

La fille du président

Elle était un peu celle qui Yahya Oulda ravi la vedette à tout le monde. Convenablement assise juste derrière son père, à côté de la directrice de protocole de sa maman. Avant l’arrivée de son père, certains hauts responsables ont tenu à lui parler. Le premier ministre  Hademine lui a même demandé de saluer militairement son père à son arrivée. Ce qu’elle ne fit pas. Mais en gamine, elle faisait le salut militaire et se levait chaque fois qu’une unité passait. Ce n’est pas la première fois qu’elle participe à ce genre de manifestations. Elle était à côté de son père au palais des congrès et au stade de Mellah lors de la campagne présidentielle de 2014. Jamais avant Ould Abdel Aziz, un président mauritanien ne s’est affiché publiquement à côté de son enfant. L’emplacement de la fille du président et de la directrice du protocole de sa mère entre hauts responsables suscite quand même quelques interrogations protocolaires.

Lettre de la dernière minute

Juste à l’arrivée du président et du chef général des forces armées, un militaire est venu précipitamment leur remettre une lettre manuscrite. Après y avoir jeté un coup d’œil furtif, le général Ould Gazwani la remit au président qui prit le temps d’en connaître le contenu avant de la redonner au chef des armées. Mystère. En plus du président et de Gazwani, seule la fille a pu regarder cette fameuse lettre.

Le refus de Sidi Ould Cheikh Abdallahi

Le premier président démocratiquement élu de la Mauritanie, Sidi Ould Cheikh Abdallahi aurait refusé catégoriquement de participer à la commémoration du cinquante-cinquième anniversaire de l’indépendance. Comme tous les autres anciens présidents encore en vie (Maouiya Ould SidAhmed Taya, Ely Ould Mohamed Vall, Mohamed Khouna Ould Haidalla, Mohamed Mahmoud Ould Ahmed Louly), Ould Cheikh Abdallahi a été contacté par la présidence pour assister aux festivités. De tous ceux là, seul Ould Ahmed Louly a répondu. Le protocole l’a fait asseoir au bout du premier rang, juste à côté du président de l’assemblée nationale qui somnolait.

Me Mbaye refuse la décoration

L’avocate Fatimata Mbaye a tout simplement refusé de se faire décorer par le président Mohamed Ould Abdel Aziz à cause, se défend-elle, de la situation des droits de l’homme en Mauritanie et de l’état du passif humanitaire qui n’a pas été totalement soldé. Dans une déclaration à Al Akhbar, la célèbre avocate confirme avoir reçu il ya quelques jours un appel du protocole de la présidence lui demandant de se présenter à Nouadhibou pour recevoir une médaille. Mais l’avocate a refusé en précisant qu’elle ne peut accepter cela tant que le passif humanitaire n’est pas réglé, que les libertés se détériorent et que des militants des droits de l’homme sont arrêtés.

Le salut des petits

Des enfants déguisés en militaires ont intéressé particulièrement le président. Ces petits soldats ont été reçus à la tribune officielle où ils ont salué militairement Mohamed Ould Abdel Aziz. Celui-ci s’est pris d’un fou rire lorsque ces petits bambins en tenue et rangers imitaient la cadence des unités qui participent au défilé. Seulement, les trois petits enfants appartenaient tous à une même communauté. Ce qui naturellement n’est pas passé inaperçu et qui a suscité beaucoup de commentaires.

Unités et équipements militaires étrangers

Des unités militaires représentants cinq pays (le Maroc, le Sénégal, la Gambie, le Mali et le Tchad) amis de la Mauritanie ont participé au défilé. Les militaires tchadiens se sont particulièrement distingués à travers une marche originale qui a été fortement applaudie par les milliers de personnes qui ont assisté à la fête. Aussi, les équipements militaires (voitures, chars, armes et autres avions) qui ont servi au défilé militaire qui a duré plusieurs heures proviennent-elles essentiellement de trois pays : Les Etats Unis d’Amérique, la Russie et la France. Evidemment me diriez-vous ! Oui, évidemment.

Conférence de presse

Le président Mohamed Ould Abdel Aziz a organisé une conférence de presse en marge de la célébration du cinquante-cinquième anniversaire de la fête de l’indépendance. Comme toujours, le ministère de la communication et le conseiller du président ont choisi quelques journalistes. Vraiment rien d’exceptionnel. Sur les questions nationales, rien de nouveau n’a été dit. Sauf que l’économie se porte très bien. Que socialement, tout va bien. Politiquement, rien à signaler de grave sauf que le président veut un dialogue auquel participe tout le monde. L’argent de la convention de pêche n’est pas encore rentré. Aucun mauritanien ni ici en Mauritanie ni là bas n’est de DAECH. Aucun recrutement de ce groupe ne se fait en Mauritanie. Ceux qui prétendent cela racontent comme d’habitude des histoires. Merci. Bon. Au revoir. Rendez-vous pour le 56ème anniversaire quelque part à Néma ou dans toute autre capitale régionale du pays.

Au delà de l’autosatisfaction

Comme prévu, le 55ème anniversaire a été fêté à Nouadhibou. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’est envolé à Paris pour assister à la COP 21. Mais comme on dit, le jet de pierre quoiqu’il passe au ciel, retournera forcément sur terre. Au-delà des défilés, la Mauritanie souffre de problèmes structurels qui la menacent dangereusement. Il ne sert à rien de se voiler la face pour avoir à ne pas les voir. En termes de gestion des Etats, la politique de l’autruche ne paye pas. Peut-être pourra-t-elle  retarder l’échéance, mais elle est incapable de l’éviter. Mohamed Ould Abdel Aziz et son gouvernement connaissent mieux que quiconque que des secteurs sociaux comme l’école et la santé ne marchent pas. Ils savent pertinemment que les politiques et les stratégies qui balisent leur pilotage ont échoué. L’insécurité, particulièrement le terrorisme est un défi mondial qui hante les nuits des puissances mondiales les plus (sur) équipées. La pauvreté, l’ignorance, la faiblesse du pouvoir d’achat et autres problèmes quotidiens auxquels font face plus de 90% des citoyens ordinaires sont un secret de Polichinelle. L’unité nationale est menacée. La cohésion sociale est précarisée. L’indépendance est fragilisée. Le déni entêté ne sert à rien. Le satisfecit feint ne mènera pas loin. Autant prendre son courage à deux mains et commencer à réfléchir avec tous à sauver le pays qui coule dangereusement vers l’incertain. Au-delà du folklore inutile. Au-delà de la provocation insolente. Au delà de l’autosatisfaction injustifiable.

 Sneiba El Kory.

Source: Le calame

 

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