Le bagne politique et les coups de pioche indécis-El Wely Sidi Haiba

Haiba journaliste«  Nous voulons être délivrés. Celui qui donne un coup de pioche veut connaître un sens à son coup de pioche. Et le coup de pioche du bagnard, qui humilie le bagnard, n’est point le même que le coup de pioche du prospecteur, qui grandit le prospecteur. Le bagne ne réside point où les coups de pioche sont donnés. Il n’est pas d’horreur matérielle. Le bagne réside là où des coups de pioche sont donnés qui n’ont pas de sens, qui ne relient pas celui qui les donne à la communauté des hommes ». Antoine de Saint-Exupéry  – Terre des hommes.
Il est totalement voyant que les mauritaniens ne semblent pas encore pouvoir s’inscrire dans l’air des temps modernes ou en épouser tout au moins les contours, aussi peu que leur pays est enclavé donnant sur les cotes les plus en vues, les plus visitées et explorées du mythique océan atlantique; Mais cotes aussi qui sont favorablement ouvertes sur les intégrales Amériques du nord comme du sud et à quelques encablures de la méditerranée à l’espace, à la civilisation et à l’histoire de laquelle leur pays la Mauritanie appartient stratégiquement et culturellement se trouve en parfaite corrélation.
Et comme s’il n y avait que cela; Le pays repose du point de vue agropastoral sur la berge d’un fleuve dont les terres sont aussi fertiles que ses brassages ethniques, culturels et historiques sont porteurs d’exceptionnels relents de communion et d’apports fructueux. C’est autant dire qu’il est pourvu d’atouts divers, riches  et consistants qui manifestement lui offrent et à ses populations, pétries dans le même moule de l’Islam et de son unique rite malékite sunnite, toutes les chances de rétablir :
·        Les fondements de son unité ébranlée par les extrémismes et les clivages néfastes,
·        Un équilibre perdu par des gouvernances aussi violentes qu’incompétentes,
·        Une prospérité recherchée et longtemps prise en otage par une anarchie gestionnaire délirante, une gabegie viscérale et un détournement maléfique et impuni des deniers publics.
A cela s’ajoute forcément le népotisme, le clientélisme, le favoritisme et autres maux en ‘’ismes’’ qui font rages après avoir été érigés en système et sousـtendues par la main mise d’arbitraires néo-aristocraties tribales et familiales, en possession de tous les pouvoirs politiques, exécutifs et économiques.
Or c’est malheureusement bien là que le bas blesse; Ces atouts tant vantés lacèrent au plus profond de sa chair le pays, flagellent ses populations et les confinent, en ces deux dimensions corporel et mental, dans le bagne du sous-développement politique en premier, économique et social en deuxième lieu tout en élevant volontairement très haut ses murs épais pour entraver toute vue dehors.
Pourtant, aussi loin que remontera l’intérêt à vouloir situer les responsabilités politiques et intellectuelles de tous :
·        dirigeants successifs de l’Etat depuis sa constitution,
·        mouvements issus de l’éveil suscité par l’accès à l’enseignement et nés de la friction tous azimuts avec les courants de pensées découverts ailleurs et appréciés pour l’interne,
·        militaires acculés aux, et ou désireux, de coups d’état opérés en cascades,
·        acteurs de la société civile orientés pour la plupart vers le syndicalisme opportuniste et les revendications agrestes des droits de l’homme.
Mais sachant que les faits en cela sont demeurés têtus, il était fort perceptible que tout n’était pas saint et que la plupart de ces acteurs versatiles et tragiques  ne portaient pas  dans leur cœur un pays ‘’unique’’ à bâtir pour un peuple au ‘’pluriel’’.
Un arrêt sur image prompt aux premières années de l’éveil intellectuel et de la prise de conscience politique aurait du être forcément proéminent pour triturer les diables de la discorde, nés en corollaire de l’expansion d’obédiences nationalistes restreintes et d’idéaux  laïques incommodants dans un contexte marqué lui même par l’implosion et la propagation d’idéologies aussi différentes que contradictoires, et ainsi partager les responsabilités tant qu’à cela auraient tenu les véritables prémisses d’une ouverture sur toutes solutions mesurées à l’endroit de l’ensemble des problèmes cruciaux  en suspens (aristocratie tribale et ethnique criarde, castes humiliées, esclavagisme désuet et séquelles vivaces, différends fonciers complexes, unité nationale ébranlée) et la liste est longue.  Et on en aurait pas été – si cela avait été le cas – une exception avec la possible et constructive cohabitation de nos composantes ethniques qui ne sont à peine qu’égales aux doigts d’une seule main ; Et allez donc entretenir sur des pays qui comptent plus de trois cents composants ethniques, linguistiques et religieux. La chine en compte elle cinquante trois dont certaines de confession outre bouddhiste, musulmane, chrétienne, adeptes du Taoïsme, de Confucius et d’autres illuminés, animistes et athées.
Les geôliers de notre grand bagne ainsi bâti, depuis que la république a été déclarée, se subdivisent en deux catégories:
-  Celle des maitres qui ne viennent qu’à la faveur d’un dirigisme rigide et indétrônable qui s’est lui même facilement imposé aux premières heures de la constitution de l’Etat, épousant les contours, les rites et l’âme profonde  de la ‘‘Seiba’’ ou l’anarchie, et réussi à se perpétuer par les dogmes encrés et enracinés de celle-ci dans le commun des esprits, réussissant et à faire présider à cet état des choses, des raisons aussi subjectives qu’arbitraires ; Un état de choses comateux auquel ils viennent à la faveur de la force répressive sous-tendue par les constructions passéistes mais vivaces du tribalisme, et du système rétrograde et abject des castes;
- Celle des politiciens, plus exclusifs que bons timoniers, à la barre tordue de la barque tanguant du pays, malgré leur bag round élevé  et leurs postures aux allures modernistes mais artificielles et fort trompeuses du fait de leur inertie intellectuelle.
Or par une telle posture figée, ils ne sont dans le fond et bien aussi dans la forme que la réplique honnie de ceux qui sont aux rennes, qui dirigent, et au pire qui font chavirer la barque par leur bénédiction inconsciente parce qu’indépendante de leur volonté.
Leurs querelles belliqueuses, autour  de détails sans portées et bien loin des questions de fonds, en disent long sur leurs échecs patents et sur les conséquences qui en découlent au profit d’une mauvaise gouvernance de la partie adverse, ce qui équivaudrait à dire qu’ils ne seraient pas meilleurs timoniers aux commandes de cette même gouvernance qu’ils affectionnent tant et dont ils raffolent, mais où ils seraient aux prises comme les chats, friands de poisson, ils détestent la nage, comme le dit si bien le poète Flavien Ranaivo.
weli cheikhbouya
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