LE BÂTONNIER DE l’ONA IGNORE SON RANG PROTOCOLAIRE, L’HYMNE NATIONAL ET LA LEVÉE DU DRAPEAU

Takioullah Eidda

Pour commencer, je fais ici une confession. Alors que j’étais de passage à Nouakchott après le dernier remaniement ministériel survenu le 17 septembre 2013, je suis allé présenter mes félicitations au tout nouveau Ministre de la Justice, Garde des sceaux. Je fus accueilli par Sidi Ould ZEIN, un Ministresobre, agréable, calme et chaleureux. M’hypnotisant par sa confortable ambiance, je me suis laissé aller, puiser dans mon souhait le plus intime, en lui demandant de bien vouloir faire de son mieux pour aplanir les relations avec l’Ordre des Avocats, laissées sous la tension qu’on connait par son prédécesseur Abidine Ould KHEIR. Gentil comme il est, il m’a répondu que lors de sa tourné de prise de contact avec les départements de son ministère, il a profité de son passage au Palais de Justice pour rendre visite aux bureaux de l’Ordre et qu’il entend répondre à toute demande de rencontre, ou autrement, si le Conseil lui en ferait signe. Voilà qui m’a rassuré.

Mais, suite aux événements de ce 28 novembre 2013, que ce Portail nous a rapporté (http://cridem.org/C_Info.php?article=650249), j’ai réalisé que le problème réside, en fait, singulièrement dans la personne du Bâtonnier et n’a rien à voir avec le Conseil de l’Ordre.

La preuve incontestée en été l’attitude infantile du Bâtonnier en décidant de se retirer tout bonnement de la cérémonie de levée des couleurs au palais présidentiel, et ce, en guise de protestation contre la place que lui a été assignée par le Protocole de l’État. Il voulait en fait être placé aux côtés du Président de la Cour Suprême et le Procureur Général près de cette Cour. Soit! Mais, il ne suffit de le vouloir, encore faut-il que la loi le lui accorde.

Inutile de dire que la cérémonie de levée des couleurs, le jour de la fête National, est «LA» cérémonie officielle par excellence. L’activité cérémonial protocolaire en Mauritanie était régie par le Décret Relatif à l’ordre de préséance des autorités dans les cérémonies publiques (Décret No 84-92 du 22-08-1992), dans lequel le Bâtonnier occupait la toute DERNIÈRE PLACE à l’article 18.

Ce Décret fut abrogé en 2012 et remplacé par le Décret Fixant l’ordre de préséance des constitués et des autorités aux cérémonies publiques (Décret 029-2012 du 19-03-2012), lequel place le Président de la Cour Suprême et le Procureur Général près de cette Cour aux 12ième et 13ième places dans le rang.

En revanche, il place en queue de peloton le Bâtonnier, soit à la 44ième, dans le rang, juste après les Présidents des Organisations syndicales et Patronales!!

Évidement, l’ordre de préséance reflète, de façon impersonnelle, la considération protocolaire et symbolique attribuée à chaque institution en fonction de son importance dans la hiérarchie de l’État.

 C’est la raison pour laquelle la loi attribue au Bâtonnier de l’Ordre National des Avocats la toute DERNIÈRE PLACE dans l’ordre de préséance des autorités dans les cérémonies publiques. En effet, l’ONA, par opposition aux institutions du Président de la Cour Suprême et le Procureur Générale, est une corporation purement privée, mais qui régule et exerce une activité considérée par l’État d’ordre publique. Par conséquent, elle ne fait pas partie des institutions constitutives de la hiérarchie de l’État.

 En exigent du Protocole de l’État de le placer dans une position autre que celle qui a été attribuée par le Décret, le Bâtonnier fait preuve incontestablement de son ignorance de la loi; et pas n’importe laquelle: celle relative à des moments officiels et solennels. Quant au drapeau et à l’hymne national, on réalise aujourd’hui qu’il n’a que faire, s’ils ne lui permettent pas de faire le Show-up au premier rang des invités.

 On est rendu là: à verser dans le ridicule à l’instar d’un adolescent qui veut tout; tout de suite; et à tout prix!

 Pour saisir l’absurdité de cette attitude récurrente, on a juste a y regarder dans le sale rétroviseur de cette mascarade sans fin: 1) la mobilisation d’avocats étrangers et autres charlatans, dans des tentatives d’humilier la Mauritanie aux yeux du monde entier et qui finissaient toujours en véritables canulars que seul le Bâtonnier est capable de faire (http://cridem.org/C_Info.php?article=647270); 2) les critiques à l’emporte-pièce des magistrats et de la Justice mauritanienne, malgré l’obligation de réserve statutaire qu’impose la loi sur l’Ordre des avocats mauritaniens; 3) les demandes d’audiences insistantes et incessantes adressées au Président pour je ne sais quel intérêt; 4) les multiples lettres de mise en demeure, provocantes, voire irrespectueuses, qui lui ont été adressées; 5) les sorties publiques intempestives, tous azimuts à son égard et bien sûr à l’égard le Ministre de la justice, Garde des sceaux, et j’en passe…

Faut-il le rappeler, l’institution de l’Ordre National des Avocats est d’une importance capitale pour ses membres-professionnels, indispensables pour le bon fonctionnement de la justice, et pour la Mauritanie toute entière. Elle doit donc occuper la place qui lui est assignée par sa loi constitutive dans la hiérarchie des institutions de la République. Toute tentative de la banaliser, de la discréditer ou de l’instrumentaliser, politiquement ou autrement, est à condamner énergiquement et vigoureusement par tous les moyens. C’EST DANS CETTE VOIE QUE JE M’INSCRIS AUJOURD’HUI.

Outre la défense des droits et obligations-déontologiques de ses membres, dans le stricte cadre de la loi, l’Ordre National des Avocats est invité à intervenir, sobrement, en amont, dans le processus législatif auprès des instances concernées. Le but est de faire valoir, auprès desdites instances, le point de vue de ses membres quant aux effets prévisibles de toute législation, en gestation, sur les justiciables et travailler, avec les autres acteurs concernés, à lui trouver sa juste place dans l’architecture de l’édifice juridique mauritanien. Évidement, une fois adoptée, le sort de la loi est remis entre les mains des magistrats, à qui les avocats doivent respect et considération. C’est ça que doit être la noble mission de l’Ordre National des Avocats, loin, très loin, de l’engagement politique et des charivaris de la place publique.

C’est seulement à ce niveau que l’Ordre trouvera sa place et son rang parmi les autres institutions de la République, et ce, peut importe la position protocolaire qu’un événement passager, aussi important, comme la levée du drapeau, veut bien lui attribuer. L’essentiel est qu’il en ait UNE PLACE DANS LA RÉALITÉ EFECTIVE que toutes les autres institutions de la République apprécient et respectent. Malheureusement aujourd’hui ce n’est pas le cas: l’ONA est en perdition et manifestement isolé dans son environnement institutionnel. Et l’impardonnable écart de son Bâtonnier, le 28 novembre dernier, en était la preuve incontestée.

Maître Takioullah Eidda, avocat

Québec, Canada

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