Le dialogue politique mort et enterré : A qui profite le crime ?

Mohamed Ould AbdelLe dialogue politique en gestation depuis quelques mois est entré comme dans une impasse. Certains observateurs sceptiques n’hésitent plus à parler de « mort prématurée » d’un processus qui paraissait pourtant sur le point d’aboutir. Pour cause, les principaux protagonistes viennent d’en fermer, suite à un différend sur le niveau de représentativité de la délégation du FNDU, quasiment les portes.
Les préliminaires sont donc enterrés, puisque reportés sine die, à l’initiative unilatérale du négociateur du gouvernement. On dirait qu’aucune partie n’est pressée d’aller au dialogue. Qui a intérêt à aller vers des retrouvailles entre le pouvoir et son opposition qualifiée de « radicale » ? On cherche.
Profondes divergences
Après une période de longue attente, l’opposition réputée radicale, rassemblée au sein d’un Forum National pour la Démocratie et l’Unité (FNDU) avait fini par produire un document consensuel, en réponse à la proposition de dialogue lancée par le pouvoir. Un retard essentiellement expliqué par le souci du Forum d’éviter tout clash entre ses différents pôles constitutifs. Pari gagné.
Mais ce retard à l’allumage était également lié à la forte méfiance de l’opposition vis-à-vis du pouvoir. Le FNDU doute de la sincérité de l’offre de dialogue de ce dernier, il est même allé jusqu’à « subordonner » quasiment son acceptation, au règlement de la grève qui a profondément secoué la SNIM. Un obstacle levé, depuis la signature, il y a quelques jours, d’un protocole d’accord entre la société minière et les délégués des grévistes.
Mais un autre handicap a été soulevé, avec le rejet, par le gouvernement, de la composition de la délégation du forum, estimant que les questions politiques, objet du dialogue, doivent être négociées avec les seuls partis politiques du forum et non avec les autres pôles du forum. Pourtant et à en croire le FNDU, l’objet de la première rencontre était principalement de remettre son document-réponse au pouvoir…
On dirait, aujourd’hui, que le dialogue n’intéresse, en fait, aucune des parties. Alors que tous le devraient, pour sortir, comme ils prétendent tous le vouloir, le pays de l’impasse, trouver des solutions, consensuelles, aux problèmes qui l’accablent depuis 2008.
Les acteurs politiques, comme le dit un confrère, ne s’intéressent pas à l’ancrage de la démocratie dans le pays, leur seul souci est de se livrer des querelles de chapelles, d’ôte-toi de là que je m’y mette. Sinon, ajoute-t-il, l’opposition devrait plutôt se focaliser sur l’échéance de 2019, s’atteler à favoriser l’éclosion des conditions propices à une alternance pacifique, au lieu de se lancer dans un processus de dialogue voué d’avance à l’échec, parce que le pouvoir n’est pas disposé à céder quoique ce soit d’un pouce, sans y être contraint, sans un rapport de force à l’avantage de l’opposition.
Profondes divergences
Le pouvoir et l’opposition qui se tirent dessus depuis 2008 ont des agendas trop différents, des calculs trop opposés, pour nouer un dialogue sérieux. Si le pouvoir de Mohamed ould Abdel Aziz a exprimé sa volonté ou son désir d’aller au dialogue avec l’opposition, ce n’est très certainement pas pour la beauté des yeux de celle-ci.
Selon notre loi fondamentale, l’actuel président de la République coule, comme tout le monde le sait, son dernier mandat à la tête du pays. Sa proposition visait-elle à obtenir – pour, au final, se représenter en 2019 – une modification de la Constitution qu’il a lui-même contribué à verrouiller ? Pour ce faire, un consensus politique, arraché pas à pas, serait susceptible de lui ouvrir les portes d’un référendum… qu’il pourrait, cependant, se contenter d’acheter aux Mauritaniens, avec ses « visitations » à l’intérieur du pays, entamées au mois de Mars.
Pour l’opposition en quête d’un présidentiable pour 2019 et qui veut éviter de se faire rouler dans la farine, toute modification de la loi fondamentale est écartée. Même celle qui devrait permettre, aux présidents Ahmed Ould Daddah et Messaoud ould Boulkheïr de se présenter à la prochaine présidentielle.
On dit le second intéressé, tandis que le premier n’y est pas favorable. Pour le professeur Gourmo Abdoul et maître Ahmed Salem Bouhoubeyni, ancien bâtonnier de l’Ordre national des avocats, il est pratiquement impossible de modifier l’actuelle Constitution. Autre grosse pomme de discorde avec le pouvoir, donc.
Si cette éventualité ou, disons, concession est écartée des sujets de discussion, que gagnerait l’actuel Président à un dialogue avec son opposition ? C’est la question fondamentale. Ne dit-on pas qu’en politique, il n’y a que des intérêts ?
L’opposition n’ira au dialogue qu’avec les garanties nécessaires de voir mis en œuvre l’accord qu’elle pourrait obtenir, afin aborder, dans la sérénité, la présidentielle de 2019. Sans ces garanties, pas de dialogue, donc, et l’on se préparera, tout de même mais moins sereinement sans doute, à la future confrontation électorale qui devrait voir, de toute façon, le départ de Mohamed Ould Abdel Aziz, comme le stipule la Constitution en vigueur. Du moins, jusqu’à présent…
Aux frais de qui, en définitive ?
Seuls le peuple mauritanien et les partenaires au développement semblent donc intéressés par le dialogue. Le premier, soucieux de paix et de stabilité, parce que ce seraient les mauritaniens lambda qui souffriraient le martyr, si, d’aventure, les tensions trop longtemps accumulées éclataient. Ils ne souhaitent vivre ce que les Libyens, Egyptiens ou Centrafricains ont vécu ou continuent à vivre. Pour eux, le dialogue paraît le seul remède.
Un souci moins pressant, pour nos partenaires au développement qui restent très prudents, depuis Dakar, sur le dialogue en Mauritanie. Tout en réaffirmant l’importance de pacifier la scène politique, ils s’abstiennent d’exercer des pressions sur les camps en présence. Mais en distribuant des bons points au pouvoir, dans sa « guerre » contre le terrorisme…
Au final et en dépit des intentions affichées, c’est donc la mauvaise volonté des uns et des autres à décrisper la tension politique qui prévaut. En somme, une stratégie de pourrissement… mais de quoi et au bénéfice de qui ? Une chose est, en tout cas, certaine : la pourriture est bel et bien le terrain de prédilection des plus pathogènes germes…
Dalay Lam

Source : Le Calame (Mauritanie)

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