Le dialogue réflexif

dialogue réflexifMalgré un pessimisme jamais dissimulée, j’ai toujours encouragé un dialogue constructif entre les différentes « forces politiques » du pays. La dernière occasion où je me suis exprimé à ce propos, j’avais même dit qu’on était en train de rater le train de l’histoire, et que celui-ci n’a jamais attendu personne.

Pourquoi ce pessimisme récurrent ? La raison en est d’une simplicité élémentaire. Je ne vois pas ce qui peut pousser, objectivement, le Président de la République à faire des concessions significatives à une opposition émiettée et essoufflée.

Au tout début de son second mandat, élu avec un très confortable score dépassant les 82 % des suffrages officiellement exprimés, ‘’dirigeant’’ un parlement dont la chambre basse lui est assurément inféodée, et dont le sénat se mue au fil du temps en Panthéon (avec le mérite en moins), ayant une justice qui obtempère au clin d’œil, soutenu par une armée qui marche au pas (jusqu’ici) cadencé, je ne vois pas ce qui peut l’inciter à courber l’échine.

Pourquoi mon attachement au dialogue ? Je considère que c’est une valeur démocratique cardinale. Qu’il est la meilleure approche pour aplanir les différends et bâtir de façon consensuelle et sereine le socle d’un avenir commun meilleur pour toute vie en communauté.

J’avoue que j’ai été très emballé par les récentes tractations pour enclencher une amorce de dialogue politique. Malheureusement, j’ai été contraint de déchanter rapidement. Le Gouvernement n’aurait pas accepté de consigner, par écrit, la teneur des entretiens que ses représentants auraient eu avec ceux de l’une des oppositions. La frange de l’opposition en question, aurait émis un éventail de préalables à réaliser par l’exécutif pour « instaurer un climat de confiance ». Voilà le mot lâché : la confiance n’y est pas. Mais la confiance ne se donne pas, elle se construit, se bâtit, s’acquiert. Naturellement, on  n’y parviendra que si on se mettait autour d’une table pour échanger les points de vue.

Suite à ce regrettable blocage, l’exécutif va prendre l’initiative d’organiser « les rencontres consultatives préliminaires au dialogue national inclusif». A cette initiative, l’opposition opposera une fin de non recevoir. Il aurait été préférable, à mon avis, de ne pas adopter la politique « des chaises vides », et de venir faire entendre son point de vue à tous. Le compromis n’est pas synonyme de compromission, et participation n’est pas nécessairement accointances. On peut assister, débattre et rester fidèle à ses opinions et conforme à ses principes.

Les journées de concertations finiront par avoir lieu, sans présence significative de l’opposition, à l’exception de quelques dissidences. Ce qui fera dire à certains observateurs qu’il s’agissait d’un monologue. Elles auraient abouti à des recommandations. Aussi, des missions de haut niveau ont été chargées d’expliquer aux citoyens, sur l’étendue du territoire, les résultats et recommandations des « rencontres consultatives préliminaires au dialogue national inclusif».

J’ai suivi à la radio (du service public) certaines de ces explications à Nouakchott et dans d’autres contrées du pays. Mon étonnement a été à son paroxysme lorsque j’ai constaté que ce qui devait être une incitation à la participation de tous au « dialogue inclusif », s’était transformé en réquisitoire en règle contre « une opposition irresponsable, irrespectueuse de ses engagements (Dakar), ne sachant pas ce qu’elle veut, irréaliste, et dont on n’a pas réellement besoin, forts que nous sommes de nos mandats populaires et de nos grandioses réalisations… ». Ce discours ne m’a semblé aussi fédérateur qu’il était censé l’être, en prélude à un conclave national d’une importance (théoriquement) vitale pour l’avenir de la cohésion nationale. On ne risque pas d’avoir beaucoup de « récalcitrants » se bousculer devant les portails du palais des congrès. Au lieu d’être inclusif, le dialogue risque ainsi de demeurer réflexif.

Devant le flou ambiant, d’un côté une opposition aux abonnés absents, et un exécutif auto-suffisant et sûr de ses assises, j’ai déchanté pour penser à mes propres brebis.

Mais voilà que je me réveille ce jeudi 15 octobre 2015, premier jour de l’Hégire, et de surcroît l’anniversaire  de mon cadet, avec une subite et folle envie d’aller au « dialogue national inclusif » prévu un jour quelconque de ce mois d’Octobre.

Après réflexion, je me rends compte que  j’ai plusieurs handicaps :

  • Tout d’abord, mes préalables. Là-bas, il parait qu’ils ont horreur des préalables. Et moi, on doit obligatoirement me donner suffisamment de temps pour exprimer ce que j’ai dans la jugeote. C’est sans concession possible de ma part.
  • Je ne représente rien et personne. Pas de tribu, pas de notabilités, absolument rien. Quelques idées éparses et disparates, dans un pays où on vous conseille gentiment de garder vos idées pour vous jusqu’à ce qu’elle vous servent, peut-être, dans l’au-delà. Comme j’apporte donc une valeur ajoutée nulle, mon cas ne s’en trouve pas facilité.
  • Je suis affilié au néant et n’émarge nulle part, auprès de quiconque. Qui va perdre son temps à m’inviter avec un profil pareil ?

Ayant pris conscience de mes faiblesses, à défaut de mieux, comme on dit, on fait ce qu’on peut. Je vais donc dialoguer avec moi-même. Ce sera donc un auto-dialogue. Non pas inclusif, mais réflexif.

Allons-nous trouver un compromis, moi et moi-même ? Rien n’est moins sûr ! C’est tellement brouillé dans ma petite tête, que j’en suis déboussolé. Que faire avec le mouvementBirame et les autres mouvances Haratines? C’est une réalité qu’il faut inéluctablement prendre en compte. Que dire aux Flam, TPMN et autres mauritaniens qui se sentent victimes de discriminations raciales, économiques et /ou sociales ? Comment satisfaire les forgerons qui se sentent, eux aussi, lésés et marginalisés ?

Comment consoler les griots pour leur trouver la place qui leur sied dans ces ‘’Mauritanies’’ nouvelles ?

Comment rassurer les victimes de la Dengue qu’ils n’en seront jamais plus dingues ? Que dire aux éleveurs dont le bétail connait actuellement, suite à la fièvre de la vallée du Rift, des avortements en série ? Quelle date d’ouverture des écoles donner au personnel, aux élèves, et à leurs inopérantes associations parentales ?

Comment convaincre les jeunes qu’un conseil supérieur, avec un exécutif pourra leur assurer de bonnes qualifications professionnelles et leur procurer des emplois stables et équitablement rémunérés ?

Comment faire comprendre aux « noiretaniens » ( je n’ai pas inventé ce mot ) et aux ‘’mauretaniens »  ( je ne l’ai pas non plus imaginé) qu’il y a de la place dans tout œil pour son blanc et son noir, et qu’ils ne marchent qu’en symbiose ?

Vais-je trouver les mots qu’il faut pour expliquer que la Mauritanie est immensément riche, qu’elle est sous-peuplée et qu’il y a de la place pour toutes ses filles et tous ses fils ?

Réussirai-je à faire passer le message que le pays au million de poètes s’est transformé, bêtement, en pays aux millions de politicards. On a certes besoin de gens qui font la politique ( la vraie), mais nous avons besoin d’autres, plus nombreux, compétents et consciencieux pour faire l’Etat. Ce dernier n’est pas que politique, partisanerie, ou courtisanerie : il est sécurité, économie, éducation, santé, culture, sports, infrastructures, aménagement du territoire, planification, urbanisation, assainissement, théologie, écologie, industrie, recherches, prospectives, analyses, critiques, autocritiques, sanctions, récompenses, mérite, égalité, justice, etc..

Il n’est pas, non plus, la phraséologie élogieuse, les satisfactions pompeuses, les descriptions idylliques, les images paradisiaques et fantasmagoriques. La réalité est plus probante que les rêves éveillés.

Si je ne venais pas baragouiner au dialogue, vous- voilà, au moins, suffisamment sensibilisés. Tout au moins, je l’espère.

Vos enfants ont, inévitablement, leur avenir ici, dans cette Mauritanie, au sein de laquelle nous devons nous résigner à vivre ensemble. Il vous revient d’assumer cette responsabilité. Que vous le veuillez ou non, elle demeurera pleinement la vôtre.

ABDELJELIL Mohamed Abdellahi

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