LE GENERAL AZIZ EST SUR « LE TABLEAU D’AVANCEMENT »

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Nombreux sont les Mauritaniens qui, en plein printemps arabe et au nom de la conscience nationale intimidée, de la jeunesse désespérée, des masses silencieuses résignées et du peuple floué, avaient prodigué des conseils utiles au général Aziz ; nombreux sont ceux qui lui avaient susurré la pertinence de son départ anticipé dans des conditions paisibles avant de subir l’effet dévastateur des bourrasques révolutionnaires qui soufflaient alors sur des régimes plus solidement assis que le sien et déplanté des tyrans plus enraciné que lui-même. Comme tous ses semblables enivrés par le pouvoir et obnubilés par ses frasques, il avait des boules Quies dans les oreilles et des œillères sur les yeux. Il considérait que sa kasbah était imprenable. Exactement comme le général Moubarak, le colonel Kadhafi et le capitaine Blaise Compaoré, les déchus du printemps africain qui croyaient, obstinément, qu’ils pouvaient résister à la volonté de leur peuple et conserver le butin de leur rapt, nonobstant le réveil de ‘la goule’. Ils n’avaient pas pris, les pauvres, la mesure du tournant historique que prenait l’histoire de la région et les revers de fortune qui les attendaient. Mais si l’officier mauritanien encore anachroniquement aux commandes de son pays continue encore à ignorer l’appel de la raison, il n’en demeure pas moins qu’il figure sur « le tableau d’avancement ». Oui, il avancera plus tôt que plus tard vers le destin inéluctable de tout despote assoiffé de pouvoir et d’argent et insatiable de belle vie. Quand cet heureux événement surviendra, les Mauritaniens pousseront un grand ouf de soulagement largement justifié. Et se souviendront que le règne du général Aziz aura été l’un des plus iniques et des plus égoïstes en Afrique. Ils se souviendront qu’il n’avait pas été homme d’Etat mais homme d’affaires, qu’il n’avait pas été chef de l’Etat mais un chasseur d’argent public. Ils se souviendront qu’il avait pour devise : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même. » En effet, l’affaire était dans le sac dès le départ, un gros sac marin aspirateur de bien public hyper performant. Si les biographes devaient écrire son histoire, ils diront en substance, que c’était un homme fou d’argent, parti de rien, ayant fait fortune en un temps très court. Et pour décliner cette « Success Story » tragique pour notre peuple avec plus de détails, les chroniqueurs écriront : C’était un vrai Nabab, sans doute « le dernier Nabab » ; il bâti un énorme empire financier comme d’autres officiers-présidents africains parvenus l’avaient fait avant lui. Ses premières affaires juteuses remontaient au temps où il était le commandant du bataillon de la sécurité présidentielle (BASEP). Là, il n’y était pas allé de main morte : il mettait une partie de la troupe en permission pour s’approprier la somme destinée à son alimentation, et il affamait le restant en lui servant un menu fretin comme repas matin et soir. Dans ce même ordre d’idées, son bataillon avait enregistré, selon des sources dignes de foi, le taux de désertion le plus élevé de toutes les unités de l’armée nationale. Pendant la transition de 2005-2007, il avait fêté son premier milliard d’Ouguiyas grâce à la SOMELEC. L’IGE avait même cité son nom dans un rapport d’inspection. Avec la présidence de Sidi O. Cheikh Abdallahi, les possibilités d’enrichissement illicite s’étaient multipliées pour lui. En tant que chef d’état-major particulier, son budget était passé à plus de 2 milliards d’Ouguiyas, en forçant, bien sûr, la main au président. L’essentiel de ces fonds et bien d’autres mis à sa disposition étaient partis en fumée opaque comme celle que les bain-maures (hammam) dégagent dans les airs de Nouakchott « City ». En cette même période, le Ghana Gate avait eu lieu. C’était l’arroseur arrosé. On trouve toujours plus fort que soit : un lascar irakien avait réussi à rouler l’officier le plus gradé de notre armée dans la farine. Il lui avait tout bonnement soutiré un demi-million de dollars ! Une fois devenu chef de l’Etat, il confondra le patrimoine de la Mauritanie avec le sien propre. Et l’argent public ne fut plus public mais un simple butin, le sien en l’occurrence. A ce tableau très schématiquement esquissé, deux affaires méritent quand même d’être signalées : la première, les 50 millions de dollars, don du royaume frère d’Arabie Saoudite destinés à mieux équiper nos soldats. Dépensés dans des conditions complètement opaques et de manière extrabudgétaire. La deuxième, le trésor que Kadhafi avait voulu mettre à l’abri ici, le sort qui lui avait été réservé est toujours inconnu. Les chroniqueurs ajouteront : l’ancien officier-président avait légué à son pays un passif particulièrement lourd et sur tous les plans : Une unité nationale piégée : il a creusé toutes nos contradictions, réveillés, soutenu et financé tous les extrémistes de tout bord. Une scène politique émiettée : les partis politiques étaient une cinquantaine, avec lui, le chiffre a doublé dont une bonne flopée créée par ses soins en vue de ridiculiser le jeu politique. Une démocratie confisquée : tout le processus électoral avait été torpillé, et le principe de la séparation des pouvoirs complètement bafoué. Un potentiel économique épuisé : des contrats de partages ont été signés afin d’exploiter au plus vite et au maximum toutes les ressources naturelles du pays. Un pouvoir d’achat des plus faibles, une monnaie dépréciée, et une vie chère pesante. Une souveraineté tronquée : au nom de la lutte contre le terrorisme, les grandes questions stratégiques nationales se traitaient au Quai d’Orsay, en plus des troupes françaises stationnées sur le sol mauritanien. Une sécurité nationale menacée : un engagement par procuration contre les djihadistes lourd de conséquences. Un système éducatif anéanti : des générations mal formées et sans avenir. Une jeunesse trompée : utilisée par la propagande du régime dans le cadre d’un soi-disant renouvellement de la scène politique sans jamais être associée à la gestion des affaires nationales. Un népotisme sans précédent : des cousins proches avaient jouis de très larges faveurs les rendant du coup parmi les grosses fortunes du pays, même les cousins par alliance avaient été, eux aussi, bien servis. Une vieille garde moquée pour ses capacités physiques limitées. Ironie du sort, il avait lui-même reçu « une balle amie » qui avait failli le rendre infirme. Un contrat social rompu compromettant la cohésion sociale. Un système de valeur corrompu : une perte de repères moraux grave qui avait provoqué un climat d’insécurité généralisée. Et un peuple affamé, mal soigné et sous-développé. Pour finir la narration, nos chroniqueurs nous raconteraient que cette espèce de dirigeants avait rendu l’âme en Afrique au Nord comme au Sud du Sahara, que leurs régimes s’étaient effondrés comme au domino, un à un, laissant enfin à leurs peuples la possibilité de jouir de toutes les libertés constitutionnelles, de décider de leur avenir sans immixtion de l’armée dans le jeu politique, ni dans la gestion des affaires nationales. Du coup, l’avenir n’était plus tel que George Orwell l’avait prévu : « si vous désirez une image de l’avenir, imaginez une botte piétinant un visage humain…éternellement ». Heureusement.

ELY OULD SNEIBA

Nouakchott, le 13 novembre 2014.

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