Le Ghana, la démocratie modèle, à l’heure du vote

C’est jour de vote ce vendredi 7 décembre au Ghana. Quatorze millions de Ghanéens sont appelés aux urnes pour élire leurs députés et leur président. C’est le sixième scrutin depuis l’avènement du multipartisme en 1992, dans un pays souvent présenté comme un modèle de démocratie et de développement en Afrique de l’Ouest.

Sur le plan économique, le pays jouit d’une croissance soutenue : 5% en moyenne depuis le début des années 2000, 14% même l’an dernier grâce à la production de pétrole qui a commencé et s’ajoute à d’autres ressources : l’or, dont il est le deuxième producteur en Afrique, et le cacao notamment, deuxième producteur mondial.

Le Ghana est entré l’an dernier dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire, et il y a ici une vraie classe moyenne. On la croise à Accra dans les supermarchés, les restaurants. Il suffit de regarder les voitures qui circulent, peu d’épaves sur la route.

Mais beaucoup reste encore à faire en matière de développement et d’infrastructures, notamment dans les régions agricoles du nord, car c’est finalement le sud qui bénéficie du boom économique. Et même à Accra, la capitale, il y a encore des quartiers pauvres où les habitants n’ont ni eau potable ni toilettes à la maison. Les Ghanéens moyens se plaignent aussi de l’augmentation du coût de la vie et du chômage.

Une démocratie bien vivante

Pour ce qui est de la démocratie, nul doute qu’elle est vivante avec une société civile active, des instituts de réflexion, une justice indépendante. Ici, les juges sont bien payés, bien formés et respectés. La presse est libre, y compris quand elle est engagée.

Alors bien sûr, là encore, tout n’est pas parfait, la corruption reste au cœur des débats politiques. La nouvelle production de pétrole suscite des espoirs, mais elle inquiète aussi puisqu’on sait à quel point l’or noir peut se transformer en malédiction.

Mais malgré tout le Ghana reste un pôle de stabilité dans la région. Depuis 1992, il a d’ailleurs déjà connu deux alternances au pouvoir.

Deux partis dominants

Tout se joue, cette année encore, entre les deux principaux partis du pays, le NDC et le NPP, et leurs candidats respectifs à la présidentielle.

Le Ghana fonctionne un peu à l’américaine. Il y a certes une vingtaine de partis, mais deux grandes formations raflent la mise à chaque fois. Le Congrès National Démocratique (NDC), fondé par l’ancien président Rawlings. Et le Nouveau Parti Patriotique (NPP), de l’ancien président John Kuffuor.

Les autres ont beaucoup de mal à percer. A la dernière présidentielle, leurs candidats n’avaient pas fait plus de 3% des voix, à eux tous et ils avaient obtenu sept sièges seulement à l’Assemblée sur 230.

Le NDC est revenu au pouvoir il y a quatre ans, le NPP compte le lui reprendre. La compétition s’annonce serrée. Et en l’absence de sondages, impossible de dire aujourd’hui qui va gagner.

Chacun de ces partis à ses bastions historiques. Pour le NDC, c’est la région d’origine de l’ancien président Jerry Rawlings, la Volta, mais aussi le nord du pays. Et pour le NPP, la région Ashanti, celle d’un autre ancien président, John Kuffuor. Mais ici les considérations ethniques n’entrent pas seules en jeu. Et dans trois ou quatre régions du sud notamment, le vote peut basculer d’un côté comme de l’autre. C’est là que se joue l’élection.

Cette année en plus, il y a 10% de nouveaux électeurs. Des jeunes dont il est difficile de savoir pour qui penchera leur vote.

Bataille serrée

Pour la présidentielle, huit candidats sont en course, mais tout se joue entre John Dramani Mahama et Nana Akufo Addo. D’un côté, pour le NDC, John Dramani Mahama. Ce quinquagénaire était vice-président il y a encore quatre mois. Il a pris la succession du chef de l’Etat John Atta Mills, décédé en juillet.

De l’autre, le NPP présente Nana Akufo Addo, un ancien ministre des Affaires étrangères. Il avait été battu de justesse à la dernière élection, à peine 40 000 voix le séparaient du vainqueur au deuxième tour.

Nana Akufo Addo se prépare depuis deux ans à prendre sa revanche. Il a mené une campagne de terrain, mis le paquet sur les réseaux sociaux aussi, avec une équipe de communication très bien rodée.

Mais la partie aurait peut-être été plus facile pour lui face au défunt John Atta Mills car, contrairement à son prédécesseur, John Dramani Mahama n’est pas malade. C’est quelqu’un d’énergique, jugé modéré. Il a eu seulement quatre mois pour se forger une stature de chef d’Etat. Il a hérité d’un parti divisé depuis que l’épouse de l’ancien président Rawlings a créé avec d’autres une dissidence [ndlr : elle souhaitait se présenter elle-même à la présidentielle mais sa candidature n’a finalement pas été retenue].Malgré ces handicaps, John Dramani Mahama semble avoir réussi à imposer son autorité sur le NDC et sur le gouvernement.

Des tensions à la dernière présidentielle

L’opposant Nana Akufo Addo a fait campagne notamment en promettant de rendre le lycée gratuit et de moderniser l’économie, de créer des emplois, en faisant en sorte que l’on transforme sur place les matières premières au lieu de se contenter de les exporter. Il accuse le gouvernement sortant de n’avoir rien fait en matière sociale, alors que l’équipe précédente avait par exemple mis en place un système d’assurance maladie.

Pour sa défense, le NDC soutient qu’il a construit des centaines de nouvelles écoles et dispensaires. Et puis, ce qui complique la tâche de l’opposition, c’est que John Dramani Mahama s’est pas mal occupé de questions sociales justement en tant que vice-président. Il a une fibre sociale.

La dernière présidentielle en 2008 avait quand même été très tendue. On avait craint un moment que le pays bascule dans la violence. Il n’y a pas eu d’incident majeur pendant la campagne, mais la compétition est donc serrée.

En 2008, c’est John Kuffuor notamment qui avait calmé le jeu. Président sortant à l’époque, il était intervenu pour reconnaître la défaite de son parti le NPP et de son candidat Nana Akufo Addo que 40 000 voix séparaient du vainqueur et qui dénonçait des irrégularités.

Appel à un scrutin pacifique

Ces dernières semaines, les forces morales du pays ont jugé nécessaire d’appeler à un scrutin pacifique. Kofi Annan a publié une lettre ouverte. Des leaders religieux se sont exprimés aussi. Et puis il y a une dizaine de jours à Kumasi, les sages du pays, les anciens présidents Jerry Rawlings et John Kuffuor, le roi des Ashantis, se sont retrouvés avec les huit candidats à la présidentielle pour leur faire signer un pacte s’engageant à la paix.

Le Ghana sait qu’il joue sa réputation de modèle de démocratie en Afrique de l’Ouest. Une réputation dont les Ghanéens sont fiers. On se souvient de leur fierté aussi il y a trois ans, quand le président Barack Obama fraîchement élu, avait choisi leur pays pour venir délivrer son discours sur l’Afrique.

Et puis les Ghanéens n’ont pas non plus oublié ces années post-indépendance, marquées par des coups d’Etat en série. Ils avaient connu dix ans de couvre-feu sous Jerry Rawlings, avant que ce militaire mette le pays sur les rails de la démocratie. Aujourd’hui, beaucoup savourent la stabilité que connaît le pays.


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