Le militant de la lutte contre l’esclavage à nouveau devant le juge

 

Le procès en appel de Lemine Ould Dadde, l’ancien commissaire mauritanien aux droits de l’homme, doit se tenir dimanche 9 décembre. L’Association mauritanienne des droits de l’homme redoute que sa condamnation à trois ans de prison, officiellement pour détournement de fonds, ne soit alourdie.

La condamnation de Lemine Ould Dadde« n’est rien d’autre qu’un règlement de compte politique », s’insurge Amadou Mbow, l’un des responsables de l’Association mauritanienne des droits de l’homme (AMDH). Lemine Ould Dadde, l’ancien commissaire mauritanien aux droits de l’homme âgé de 45 ans, a été condamné à trois ans de prison en juin, après vingt mois de détention préventive et arbitraire, pour détournement de fonds dans l’exercice de ses fonctions. Il est accusé d’avoir surfacturé des achats de biens à vocation humanitaire.

Son procès en appel doit se tenir le dimanche 9 décembre. Les défenseurs des droits de l’homme craignent que sa peine ne soit alourdie. En effet, le procureur, qui avait réclamé dix années de détention, a lui-même fait appel du jugement en première instance. Or pour Amadou Mbow, « le dossier est inconsistant mais la justice est entre les mains de l’exécutif ».

Répression systématique des contestations

La Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) a elle aussi estimé que le cas de Lemine Ould Dadde était « symptomatique de l’instrumentalisation de la justice mauritanienne à des fins politiques ou personnelles ». Dans son rapport paru à l’occasion de la fête de l’indépendance le 28 novembre dernier, la FIDH dénonce les nombreuses violations des droits de l’homme et des principes démocratiques en Mauritanie, la répression systématique des contestations populaires qui secouent le pays depuis 2011 et le report sine die des élections législatives.

La diplomatie française s’est également inquiétée du sort fait à Lemine Ould Dadde, marié à une ressortissante française. L’ambassadeur de France en Mauritanie avait déploré en juin « les nombreuses zones d’ombre que comporte (sa) condamnation ».

Le seul « maître » à avoir parlé de l’esclavage

Michel Brard, beau-père de Lemine Ould Dadde et membre actif de son comité de soutien, redoute que son gendre ne fasse les frais d’un contexte politique d’autoritarisme accru en Mauritanie. Il s’interroge sur « la gestion à distance du procès » par le président Aziz, à nouveau en France pour que lui soient prodigués des soins à la suite de sa blessure par balle du 13 octobre dernier due officiellement à un tir « par erreur » d’un officier de l’armée.

Après avoir été un soutien du général Aziz au pouvoir depuis le coup d’État d’août 2008, Lemine Ould Dadde serait devenu un personnage trop encombrant, notamment en raison de son engagement personnel contre l’esclavage en Mauritanie, pratique abolie en 1981 mais toujours présente dans la société. Issu d’une grande famille maure, l’ancien commissaire aux droits de l’homme est, selon la FIDH, le seul « maître » à avoir accepté de parler à des journalistes de l’esclavage. Il était l’un des principaux personnages du documentaire diffusé sur Arte, Chasseurs d’esclaves, dans lequel il relatait sa propre histoire. Il avait lui-même reçu un esclave à sa naissance qu’il avait par la suite libéré, faisant de la lutte contre l’esclavage des noirs mauritaniens l’un de ses combats.

MARIE VERDIER

Source : la-croix.com

 

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