Le Président de la République dans une interwiew à RFI et au journal Le Monde: « je suis en contact avec le Premier ministre,la majorité, les partis »

Le Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Abdel Aziz a accordé hier, vendredi, une interview à Radio France Internationale et au journal « Le Monde » dans laquelle il aborde son séjour médical en France, son état de santé, l’exercice du pouvoir et ses relations avec l’opposition.

Il y explique aussi toute l’importance que revêt, pour la Mauritanie, de privilégier le dialogue dans le dossier malien. Voici le texte intégral de cette interview:

Question: Monsieur le président, comment allez-vous ?

Réponse: Globalement, ça va. Je n’ai plus ma forme d’avant l’incident, mais je commence à récupérer. Ca a été très dur effectivement au départ. Mais Allah Soit loué, je m’en sors très bien.

Question: Beaucoup de Mauritaniens ont été étonnés par la durée de votre convalescence ici en France. Est-ce qu’il y a eu une rechute, des complications?

Réponse: Il n’y a pas eu de rechute. Il n’y a pas eu de complications. C’est la prudence des médecins qui ne voulaient prendre aucun risque, parce qu’ils avaient la responsabilité de me remettre sur pied très rapidement. Quand j’ai été blessé, j’ai commencé à perdre du sang. Heureusement, la plupart des organes n’ont pas été touchés. Les organes nobles tels que les reins, le pancréas et le foie n’ont pas été touchés. Seuls des organes dits d’évacuation, tels que l’intestin et le colon, ont été touchés. La balle les a traversés à plusieurs reprises, il a fallu recolmater et suivre l’évolution des points de suture, la cicatrisation, qui est assez complexe. Heureusement, j’étais en forme, ça a beaucoup aidé à cette reprise rapide des choses.

Question: Comment va se passer votre suivi médical maintenant. Est-ce que vous allez devoir revenir souvent en France ?

Réponse: Ce sont les médecins qui décident. C’est eux qui vont fixer des rendez-vous auxquels je suis obligé de répondre.

Question: Qui a dirigé le pays pendant votre absence, Monsieur le Président?

Réponse: C’est moi qui l’ai dirigé et c’est moi qui le dirige toujours. Je suis en contact permanent avec le Premier ministre, les ministres, la majorité, les partis politiques. J’agissais, et j’agis toujours comme si j’étais sur place.

Question: Vous le savez, la nature a horreur du vide. Est-ce que vous n’avez pas craint, à un moment donné, pendant votre absence, que des militaires en profitent pour prendre le pouvoir ?

Réponse: Je crois que les militaires ont autre chose à faire. J’ai totalement confiance en l’armée mauritanienne. Je n’ai à aucun moment eu de craintes.

Question: Votre cousin et ancien Président, M. Ely Ould Mohamed Vall a participé à un meeting cette semaine à Nouakchott et a parlé d’un pouvoir qui vit ses derniers moments d’agonie. Que lui répondez vous?

Réponse: Je cois que je l’ai souvent entendu dire ces propos. Ce n’est pas la première fois qu’il le fait. Il est totalement libre de continuer à parler ainsi. De toute façon, cela ne nous gêne pas. L’Etat est là, le gouvernement est là, et personnellement, je ne vois aucun signe de faiblesse ni de fin de régime. La situation du pays est l’une des meilleures qui soit. Peut être que malheureusement pour certains, quand ils ne sont pas au pouvoir, ils ne voient que du noir dans le pays.

Question: Il y a une hausse vertigineuse des prix en Mauritanie. Que pensez vous faire pour contrer cela?

Réponse: Ecoutez, quels sont les éléments que vous avez pour dire qu’il y a une hausse vertigineuse des prix en Mauritanie? Depuis pratiquement trois ans, nous sommes en train d’inverser les choses, de lutter contre le chômage, de faire baisser les prix et de subventionner l’essentiel des produits de première nécessité pour profiter aux gens les plus démunis. Je cois que le problème n’est pas seulement la montée des prix en Mauritanie qui est du reste un phénomène mondial. Le problème est de créer une infrastructure adéquate pour le pays, lutter contre le chômage et voir comment adapter le système éducatif aux besoins du pays. Même si on baissait les prix et que les gens sont tous au chômage cela ne règlerait aucun problème.

Question: Est-ce que l’accident dont vous avez été victime a changé quelque chose chez vous et va changer votre façon de gouverner ?

Réponse: L’accident ne fera qu’augmenter ma détermination à lutter contre les fléaux qui minent mon pays.

Question: Est-ce que vos rapports avec l’opposition peuvent évoluer ?

Réponse: Cela ne tient qu’à l’opposition. De toute façon, toutes les portes du dialogue et de la négociation sont ouvertes; nous leur tendrons la main, mais que l’opposition sache, que, pour arriver au pouvoir, les choses doivent se passer par les urnes et que, sans les urnes, on ne peut pas réclamer quelque chose. Je voudrais qu’ils comprennent que le Président et le gouvernement sont là pour le bien du pays. Question: Est-ce que vous êtes prêt à former un gouvernement d’union nationale pour arriver jusqu’aux prochaines élections législatives et municipales? Réponse: On en est pas encore là. J’ai la majorité absolue au niveau du Parlement. Si demain ou après-demain, nous avons des élections législatives et que les choses s’inversent, on est prêts à faire des gestes nécessaires pour le pays. Question: Un mot du dossier malien. Est-ce que vous êtes prêt, si on vous le demande, à envoyer des troupes en cas d’intervention militaire africaine au nord du Mali ?

Réponse: Je crois que le problème pour nous n’est pas posé maintenant et la demande n’a pas été faite par qui que ce soit. Le problème actuellement est entre les mains de la Cédéao [Communauté économiques des Etats d’Afrique de l’Ouest, ndlr]. La Mauritanie et l’Algérie sont des pays en dehors de cette structure. Mais nous sommes membres de l’Union Africaine (UA), de l’Organisation des Nations Unies (ONU) donc de la communauté internationale. Il s’applique à nous tout ce qui pouvait s’appliquer à un Etat membre de l’ONU et de l’UA. Seulement, actuellement nous suivons les choses et attendons. Nous ne pouvons pas réellement et nous ne conseillons pas qu’il y ait une guerre ouverte avant d’essayer d’épuiser tous les recours.

Question: A Alger ou Ouagadougou, les autorités prônent le dialogue avec le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), mais surtout avec le groupe Ansar Dine. Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?

Réponse: Je ne peux pas être totalement d’accord avec des groupes ou des mouvements qui ont, paraît-il, des accointances avec le terrorisme. Je ne pourrai pas être d’accord avec eux. Je ne peux pas croire non plus en la fiabilité de ce qu’ils peuvent dire. En tout cas, je recommande beaucoup de prudence.

Question: C’est une erreur de négocier avec eux ?

Réponse: Je ne dis pas que c’est une erreur mais, en tout cas, il faut être très prudent. Question: Vous avez changé là-dessus avec Alger et Ouagadougou?

Réponse: Avec l’Algérie, nous avons beaucoup et longuement discuté. Nous avons dit qu’effectivement nous ne sommes pas prêts pour nous engager dans une guerre et que nous souhaitons que les discussions et le dialogue soient faits pour permettre de régler définitivement ce problème aussi bien les revendications des populations du Nord Mali auxquelles il est nécessaire de trouver une solution mais une solution qui soit durable et qui pourrait aussi aboutir à quelque chose. Deuxièmement, l’éradication du phénomène du terrorisme, qui n’est pas seul, car il y a le terrorisme, les trafics de tous genres, le trafic de drogue qui finance ces activités, il y a les prises d’otages qui, financent le terrorisme avec le payement de rançons faits malheureusement par certains pays européens qui contribuent ainsi à financer le terrorisme et à permettre même que l’on prennent d’autres otages. Monsieur le Président Merci.

Source:Elhourriya

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