Le Président est sain ! Vive la République !

PRESI AZIZNous revoilà, un autre mois d’octobre, à l’instar de celui de 2012, en train de supputer au sujet de l’état de santé du Président de la République.
Certains d’entre nous, plus fidèles que les fidèles, que les indéfectibles et autres inconditionnels, l’ont envoyé, incognito, en pèlerinage. Un pèlerinage, ça ne se cache pas. Mais notre cher Président aurait préféré, cette fois-ci, l’effectuer tambours rangés et muets. Exactement comme vous et moi, un musulman lambda, par souhait d’éviter toute manifestation ostentatoire qui risquerait de diminuer, ne serait-ce que d’un iota la récompense divine consécutive, de fait, à l’accomplissement de ce 5ème pilier de l’Islam. Il verrait ainsi tous ses péchés totalement absouts, et pourrait alors, s’il en avait le désir, ouvrir une nouvelle page. Même avec ses oppositions et opposés. Pourquoi pas ? Mais, surtout, pour quoi faire ?
Pourtant, ceux qui affirment qu’il est à la Mecque, ne pensent pas qu’il ait jamais pêché, à l’exception de l’expérience, aux contours controversés, et aux résultats mitigés, qu’il a eu avec cette société chinoise, dont le nom ne me revient pas, mais ressemble, si j’ai encore un résidu de mémoire, au nom d’une secte chinoise du nom de Falun gong. Mais tout le monde sait que pêcher, tout les mauritaniens en ont besoin. Le grand timonier (l’autre) Mao Tse Dong n’avait-il pas dit, qu’au lieu de vouloir fournir journellement un poisson à un citoyen, il était plus judicieux de lui apprendre à pêcher ?
D’autres, par contre, distillent des informations selon lesquelles le premier magistrat de Mauritanie serait gravement malade. Bien entendu, je touche, vous touchez, et nous touchons tous le bois. Certains, tout à fait fantaisistes, prétendent qu’il est agonisant, et qu’en 2012, ses médecins ne lui avaient donné, comme sursis, que deux ans. Pas un jour de plus. Autant dire, si on considérait ces inepties, que la mort de notre cher Président est prévue, très exactement le 13 Octobre 2014, jour où la  »balle amie » (certains spéculent  »…d’amie ») lui avait perforé l’abdomen.
Devant ces supputations qui ne cessent de s’amplifier et de se ramifier, je trouve tout à fait pitoyable, que notre classe politique ne puisse plus envisager une alternance au pouvoir, qu’à la suite d’une maladie grave du Chef de l’exécutif qui, lors de ses dernières sorties, semblaient pourtant bien portant. Il y aurait lieu donc, suivant la même logique spéculativement macabre et sordide, d’organiser des meetings ou sit-in aux grands cimetières de Nouakchott, dans l’espoir que les détenteurs du pouvoir crèvent. Et si, par malheur, ça arrivait ? Qui va hériter du pouvoir ? Laquelle des oppositions ? Radicale, modérée, ou celle éclatée en mille morceaux. Ou bien la mouvance présidentielle qui nous a habitué à s’évaporer à la moindre incartade, et semble perdre ses repères dès qu’il y a le moindre flou sur la situation de  »là haut ». En plus, si le premier Monsieur a (ce qu’on ne souhaite pas) des problèmes de santé, c’est à eux qu’on doit le reprocher. Comme ils ne font pas leur boulot, le mec est obligé de se taper une masse de travail colossale : recevoir tous les protestataires et l’ensemble des protestations (qui ne s’adressent qu’à lui), visiter inopinément les services inopérants, superviser le pompage des lagunes consécutives à la pluviométrie exceptionnellement moyenne de Nouakchott, lancer les constructions des villes modernes, bitumer les routes, exécuter et équiper les forages, diriger l’UA, piloter le G5, à veiller aux coffres-forts de la BCM et du trésor, etc… Ils l’ont même obligé, chose inimaginable, lui qui a fait de l’anti-corruption son cheval de bataille, à voler avec eux lors de l’acquisition de l’avion brésilien. Avec tout ceci, ils l’obligent à accorder une attention particulière à tout. Avec ce cahier des charges, il est compréhensible de tomber en syncope plusieurs fois par jour, voire vivre un coma à la Jean-Pierre Chevènement (2).
Quels piètres politiciens (politichiants) que sont les nôtres ! Ils savent bien que pour accéder au pouvoir dans ce pays, le coup d’état de 2008, ainsi que les accords et élections qui s’en sont suivis, ont consacré un fait immuable : il faut avoir un BADEP (Bataillon de Députés Putschistes) et 2 BASEP( Bataillon de Sénateurs Putschistes + Bataillon de Sécurité Présidentielle).
En tout cas, ces commérages et ragots, dont nous raffolons dans ce pays à tradition orale, là où le traditionnel  »Salamalek » est systématiquement suivi d’un inévitable  »Chtari » (quoi de neuf ?), sont le corollaire de l’énorme déficit de communication que connait le pays.
La propagande et la langue de bois ne produisent que les rumeurs qui peuvent être désastreuses. Pour qu’elle ne soit pas d’effet dévastateur, la liberté de l’espace médiatique que connait le pays, doit s’accompagner d’une politique(2) d’information saine, informative, et formative. Le mutisme officiel total lors d’événements qui intéressent, inquiètent, ou tout simplement intriguent les citoyens, la langue de bois, le culte de la personnalité sont des pratiques d’un autre temps.
Le peuple a droit au respect et à l’information sur les questions qui concernent son présent et son devenir. Le président de la République a droit, comme tout un chacun, au respect strict de sa vie privée. Contrairement à ce que certains veulent voir institué, il est inutile de nous dire, à chaque fois, que le Président a changé de marque de papier toilettes.
La Mauritanie des générations à avenir, mérite mieux que ses élites du présent.
Debellahi ABDELJELIL
(1) http://bit.ly/1t1FBMn
(2) http://bit.ly/1rfPajg

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge