Le président Samba THIAM des FPC invité d´Alwataniya ce lundi

Samba Thiam Président des Forces Progressistes du Changement (FPCLe camarade Samba Thiam Président des Forces Progressistes du Changement (FPC) sera l´invité de l´émission « Politis » de ce lundi 19 janvier 2015 à partir de 22h30 mn, en direct sur Al Wataniya, qu´anime le journaliste Sid´Ahmed Beyilatou.
Bonne écoute et la lutte continue!
Le département à la Communication et à la presse.
Nous mettons à la disposition de vos lecteurs le discours du président des ex-Flam devenues FPC adressé au peuple mauritanien après 27 ans d´exil de notre mouvement, qui est toujours d´actualité.
Nous sommes heureux de revenir chez nous. Comme dit l’adage, l’on n’est bien que chez soi. Nous avons dû, par la force des choses, quitter la Mauritanie, mais la Mauritanie ne nous a jamais quittés.
Nous sommes revenus, heureux de pouvoir, enfin, nous recueillir sur les tombes de ces êtres chers, disparus pendant notre long exil. Il est toujours douloureux de perdre un être cher, mais la douleur est d’autant plus vive que cette disparition survient après une longue séparation ; la mère, l’ami ou le frère, fauché par la mort, vous quitte subitement et pour toujours, sans un dernier regard, un dernier sourire, échangé. Un sentiment poignant alors vous étreint, doublé d’une sorte de vide qui vous envahit et s’installe, rendant le poids de l’exil encore plus pesant,plus pénible.
Nous sommes revenus honorer la mémoire de tous nos martyrs, nous acquitter d’une dette à leur égard, montrer que leur sacrifice, sacré, n’a pas été vain; Zakaria Touré, Tapsirou Djigo,Tene Youssouf Gueye, Alassane Oumar Bâ, Abdoul khoudouss Bâ, Bâ Seydi, Sy Saidou, Sarr Amadou et toutes les victimes de l’intolérance sanguinaire de la dictature raciste.Paix à leurs âmes !
Chers compatriotes,
Nous sommes revenus, porteurs du rameau d’olivier, nourrissant l’espoir d’une Mauritanie réconciliée, à égale distance de tous ces fils, fondée sur les valeurs de fraternité, de justice, mais aussi de tolérance et de respect mutuel.
Une autre Mauritanie est possible,- nous en restons fermement convaincus – une Mauritanie où nos enfants auraient les mêmes droits, jouiraient des mêmes chances, des mêmes possibilités, des mêmes opportunités, et partageraient le même rêve d’un meilleur devenir.
Tel était l’esprit du Manifeste de 1986.
Des hommes et des femmes, de plus en plus nombreux, partagent maintenant cette conviction optimiste de l’avenir. Nous nous en réjouissons; cela est heureux.
Pourquoi sommes- nous partis d’ici ?
Il y a tant de mauritaniens qui se posent cette question qu’il ne serait peut-être pas superflu d’y revenir, un bref moment…
Tout remonte à la publication du célèbre document rédigé par les Flam en 1986, intitulé « Manifeste du Négro-mauritanien opprimé ». Document d’alerte au danger, produit dans un esprit patriotique qui visait à l’époque essentiellement trois objectifs, qu’il est bon de rappeler ici :
– Il s’agissait, pour nous, de porter un regard critique, objectif, sur les politiques nationales jusqu’alors suivies en vue d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion nationale sur les dangers, à terme, de telles politiques ;
– Il s’agissait, ensuite, d’amener le gouvernement à créer les conditions d’un dialogue national à l’issue duquel des solutions consensuelles seraient recherchées pour le règlement définitif de notre question cruciale de cohabitation ;
– Il s’agissait, enfin , d’éclairer la communauté internationale sur l’image réelle du pays qui est que la Mauritanie était et demeure un pays à identités multiples, négro-africaine et arabe ; image que nos dirigeants politiques s’évertuaient à brouiller à l’extérieur, par des politiques internes, partisanes, qui ne retenaient que son identité arabe.
Voilà, en raccourci, les objectifs du Manifeste !
Pour toute réponse à ce « délit d’expression », le pouvoir du Colonel Ould Taya fit alors usage d’une répression sans précédent dans l’histoire du pays. Les membres des Flam, supposés ou réels, les rédacteurs du Manifeste – que nous étions – furent arrêtés, torturés , sommairement jugés et jetés en prison à Walata dans des conditions carcérales d’une sévérité telle que quatre de nos camarades, hélas, y décéderont.
Walata aurait été une hécatombe n’eûssent été le courage, l’activisme et la force de conviction de jeunes militants, échappés du filet de la répression qui sauveront le mouvement, décapité, en reprenant , de l’extérieur, le flambeau de la lutte. Il me faut leur rendre, ici, un vibrant hommage.
Au sortir de prison, en décembre 1990, nous constatâmes que la situation politique interne s’était considérablement détériorée ; la répression avait atteint une ampleur et une férocité jamais égalée, particulièrement dans la vallée du fleuve. L’épée de Damoclès restait supendue sur nos têtes; il fallait se taire ou périr, en ce décembre 1990 !
L’alternative qui s’offrit alors à nous était, soit,rester et subir, en silence, ce que nous dénoncions hier, soit, au contraire, poursuivre le combat sans attendre, au regard de l’exigence impérieuse du moment. Nous choisîmes la deuxième voie, ce qui, naturellement, dans les conditions d’alors, forçait à déplacer, nécessairement, la lutte à l’extérieur.
Voilà dans quelles conditions nous sommes partis, contraints et forcés à un exil qui devrait, hélas, durer de longues années ! 23 ans , 27ans !
Pendant ces 27 ans la Mauritanie ne nous a jamais quittés !
A l’extérieur, nous nous mîmes rapidement au travail, dénonçant et harassant, sans répit, la dictature militaire de Ould Taya, braquant, inlassablement, les faisceaux de l’actualité sur son régime sanguinaire.
Il fallait internationaliser la question du racisme d’Etat et de l’esclavage à maintenir, en permanence, au devant de cette même actualité. Il fallut médiatiser la question du passif humanitaire et des déportés que le Système et ses agents internes et externes s’efforçaient de passer à l’oubli ; Encadrer et organiser ces déportés, entretenir chez–eux l’espoir du retour, les mettre en garde, constamment, contre toute tentation de retour à la sauvette. Il ne pouvait nous venir à l’esprit de rentrer clandestinement en Mauritanie pour régler, secrètement, nos situations administratives, respectives ! Par respect pour notre conscience ! Par respect pour ces Déportés !
Il nous fallait, par ailleurs, nous tourner vers la diaspora pour la secouer de sa torpeur, renforcer la prise de conscience tant chez les victimes elles-mêmes, que chez nos compatriotes arabo- berbères honnêtes, qui avaient été désinformés, à dessein, par une propagande mensongère éhontée.
C’est le lieu de rendre, ici, un hommage mérité à ces compatriotes courageux qui, se détachant du lot, ne se sont pas dérobés au rôle, attendu, de l’intellectuel qui est, non pas de séduire mais ‘’ de porter la plume dans la plaie’’, de refuser d’aller avec le courant… Ils sont nombreux, mais je n’en citerai que quelques-uns : feu Mohamed Ould Cheikh – paix à son âme -, Amar Ould Béjar, Nasser ould Ethman ould Yessa, Isselmou ould Abdel kader, Aminettou mint El Moctar, Ahmed Ould Bettar, Mint Derwich et bien sûr et par-dessus tout, notre honorable et téméraire Dr Mohamed Babah.
Ces actes, évoqués plus haut, combinés au volet diplomatique, voilà, pour l’essentiel, ce que fut notre tâche en exil.
L’action que nous avons menée de l’extérieur fut-elle assez significative, ou resta-t-elle sans incidences majeures sur l’évolution politique interne ? Il appartiendra, un jour, aux historiens d’en juger !
Toutefois, sans prétendre nous arroger, seuls, les quelques avancées positives notables, fruit du labeur collectif des forces progressistes internes et externes de tous horizons auxquelles il faut, ici, rendre un juste hommage, nous restons persuadés que nous avons été, pour beaucoup, dans ce qui change positivement !
Des choses ont changé, certes, mais des problèmes de fond demeurent.
Nous revenons aujourd’hui, après tant d’années d’exil, dans l’espoir de pouvoir apporter notre modeste contribution à la refondation, indispensable , de ce pays, à travers un climat de liberté qui permette l’expression et la confrontation d’ idées et de projets, en toute sécurité.
Parce que notre peuple ne cesse d’y appeler, nous revenons afin de l’aider à faire face aux problèmes nombreux et multiformes que rencontre notre pays:
– problèmes d’ordre, problèmes de développement et par-dessus tout, problème d’unité nationale ;
– Problème d’ordre, disons-nous, illustré par une sorte d’anarchie généralisée, où chacun agit comme bon lui semble, au mépris des lois et des règles;
– problème dans les priorités, problème dans les objectifs,dans la gestion des ressources ;
– Problème de mentalité, tournée maintenant vers des antivaleurs, qui perçoit l’Etat comme une vache à lait, entravant ainsi notre développement ;
– Enfin, nous faisons face, par-dessus tout, à un problème, autrement plus crucial, celui de l’Unité nationale qui conditionne l’existence même du pays, je veux nommer la question de la cohabitation et de l’esclavage
Chers compatriotes,
Si nous devons, ensemble, regarder vers l’avenir, il nous faut d’abord nous résoudre à nous regarder en face, faire le bilan de ces cinquante (50) dernières années, courageusement en dresser le constat d’échec, mettre en exergue les erreurs commises tout le long du parcours afin d’opérer les redressements indispensables pour avancer, résolument, vers un meilleur devenir en commun.
Force nous serait dès lors de reconnaître que la voie choisie jusqu’ici est non seulement sans issue,mais surtout dangereuse pour mener, si elle était poursuivie, inéluctablement, à notre perte à tous.
Telle fut la lettre du Manifeste !
Nous ne pouvons rêver, ensemble, d’une vision d’un meilleur devenir si notre présent pèse si lourdement sur nous-mêmes. Un présent caractérisé par l’injustice, l’asservissement, le déni de propriété, les discriminations en tous genres ! L’auteur du livre sur le génocide Rwandais –Paul Rusesabagina…..- expliquait que « l’origine du génocide était à chercher dans l’irrespect des autres et de leurs propriétés, devenu de tradition; une longue tradition d’impunité face aux flagrants délits et crimes de lèse-propriété et de discrimination ouverte dans le travail » .
L’écho de ces propos qui nous semblent familiers ne devrait-il pas sonner comme une mise en garde ?
Il ne saurait y avoir ni entente, ni concorde, ni solidarité tant que de tels rapports régissaient les relations entre communautés.
Nous sommes arrivés à un tournant décisif où le Changement s’avère d’une nécessité impérieuse et vitale ;
– Changement de nos mentalités, de nos mœurs politiques, de nos méthodes de gestion des ressources de manière à en assurer une équitable répartition, afin de reculer la pauvreté, pour que chaque père de famille puisse, par le travail, subvenir, dans la dignité, aux besoins de son foyer ;
– Changement dans la relation intercommunautaire à centrer dans le respect réciproque fondé sur le principe « qu’aucune minorité ne devra dépendre de la générosité de la majorité pour avoir ses droits » ;
– Changement, surtout, de notre vision de l’Unité nationale qui devra, à son tour, radicalement, se modifier.
Jusqu’ici la conception que nous avons eue de cette Unité nationale a été réduite ou assimilée à l’unitarisme plutôt qu’à l’unité dans la diversité ; on a cherché à unifier et non pas à unir.
Par cette volonté d’uniformisation, à tout prix, on a cherché, en fait, à détruire, consciemment, l’autre personnalité de la Mauritanie. Aujourd’hui, à cause des politiques jusqu’ici menées, les Négro-africains ressentent une profonde frustration face à un Etat qu’ils ne perçoivent plus comme le leur ; ils éprouvent, de plus en plus, le sentiment de n’être d’aucune utilité à leur pays ! Or l’on sait, comme l’affirmait J H Griffin que « personne, pas même un saint, ne peut se passer du sentiment de sa valeur individuelle ».
Chers compatriotes,
Il nous faut oser opérer sinon une rupture, du moins des réajustements majeurs.
Il nous faudra bâtir un Etat de droit – socle et condition sine qua non du jeu démocratique véritable qui reposerait, à la fois, et sur la citoyenneté, et sur la reconnaissance de l’égalité de toutes nos nationalités et l’égale promotion de leurs langues et cultures. En effet, comme le disait, très justement, Mani - un des personnages de Amin Maalouf -, « il n’y a pas de majorité dans la vérité », tout comme – c’est nous qui l’ajoutons -, il n’y a pas, non plus, de majorité en matière d’identité.
Aimé Césaire ajoutait dans cet ordre d’idées « qu’à tout grand réajustement politique, à tout rééquilibrage de la société … il y a toujours un préalable culturel ».
Pour tous les mêmes droits et les mêmes lois, sans exception aucune, voilà les conditions pour jeter les bases d’un réel changement du futur.
Pour fonder cet Etat de droit, tel que décrit plus haut, nous devons d’abord identifier et reconnaître nos problèmes, pour en débattre sans complexes. Débattre, dialoguer pour trouver des solutions …
Un débat national ouvert, large et sans exclusive, c’était déjà notre position en 1986, exprimée dans le Manifeste. Nous ne disions rien d’autre lorsque nous écrivions que « Notre amour pour ce pays nous commande d’inviter toutes nos nationalités à un dialogue de races et de cultures dans lequel nous nous dirons la vérité pour guérir nos maux ».
Nous avons aujourd’hui encore la même position ; dialoguons, débattons de nos problèmes cruciaux, en tâchant de rester attentifs aux raisons de l’adversaire! Permettons, au cours de ce dialogue, que nous espérons serein, sérieux et honnête, que chacun puisse s’exprimer librement, dans le respect et l’écoute de l’ autre, mû par la seule volonté de recherche de solutions.
Si force nous est de reconnaître, en toute honnêteté, que l’Etat central unitaire, dans sa forme actuelle, n’a pas conduit à la formation de l’Etat – nation escompté, Il nous incombe, en conséquence, le devoir d’explorer d’autres voies ; pour la stabilité du pays ; dans l’intérêt supérieur de nos enfants !
Voilà dans quel cadre s’inscrit la proposition des Flam qui porte sur l’Autonomie.
Sans jamais prétendre détenir toute la vérité, nous pensons, au niveau des Flam, que l’Etat central unitaire dans sa forme actuelle n’est pas la solution, pour avoir visiblement échoué, nous l’avons déjà dit ; nous demeurons persuadés que la bonne solution à notre problème de cohabitation réside dans l’Autonomie.
Rappelons que l’Autonomie n’est pas une solution inédite, pour avoir cours dans plusieurs parties du monde. Ajoutons qu’elle ne s’oppose ni à l’Etat de droit, ni à l’approche citoyenne, contrairement à certaines thèses simplistes et sans consistance; de nombreux exemples, à travers le monde, l’attestent amplement.

Source : FPC
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