Le retour à l’État providence, la clé du succès des politiques d’emploi en Afrique

Magaye Gaye est directeur général du cabinet de recherche de financement GMCCONSEILS (Dakar, Sénégal).

Magaye Gaye est directeur général du cabinet de recherche de financement GMCCONSEILS (Dakar, Sénégal). copieLe chômage est un fléau moderne qui touche tous les continents. L’Afrique subsaharienne, n’échappe pas à la problématique. Selon l’Annuaire statistique pour l’Afrique 2013 produit conjointement par la BAD, la CEA et la Commission de l’Union africaine (UA), le taux de chômage dans cette région du monde s’élève à 6% contre une moyenne mondiale de 5,9% estimée par l’Organisation internationale du travail (OIT) dans la même année. La solution au chômage en Afrique subsaharienne, ne passera certainement pas à court terme par le secteur privé formel comme veulent le faire croire certaines réflexions économiques qui considèrent ce secteur comme le moteur de la croissance économique.  S’il est vrai qu’ailleurs dans le monde des PME dynamiques et innovantes ont contribué activement à l’essor économique, le contexte semble tout à fait différent en Afrique où l’environnement des affaires est loin d’être attractif. Vu la profondeur des  réformes à engager, il est à craindre que le secteur privé formel ne constituera pas la solution à court terme en matière de création d’emplois.

En revanche, l’État est aujourd’hui la structure la mieux organisée sur l’échiquier socio-économique de la plupart des États subsahariens. Il dispose en effet de moyens budgétaires relativement importants, d’experts chevronnés, de pouvoirs réglementaires et d’une organisation administrative décentralisée. Ce dernier devrait désormais s’investir significativement dans la création d’emplois. Le temps est venu de passer d’un État « entraineur » à un État « capitaine » ou encore d’un État « spectateur » à un État « Acteur ». Certains pays, pas des moindres, comme les États-Unis avec le New Deal de Roosevelt, ont expérimenté cette stratégie parfois avec succès.

Le temps est venu de passer d’un État « entraineur » à un État « capitaine ».

Les États Subsahariens devraient désormais  passer d’une gestion budgétaire constituée d’une simple compilation de projets à de véritables politiques économiques. À défaut de pouvoir entrer en compétition avec le reste du monde, une stratégie de substitution aux importations est recommandée. Celle-ci pourra s’appuyer sur un marché sous régional existant. Sa réussite exige à notre avis une restriction progressive en matière de consommation importée (par exemple imposer la réduction du taux d’utilisation du blé dans la production de pain afin de mieux promouvoir  les céréales locales) et un minimum de politique de protection douanière. L’État devrait aussi s’efforcer de participer à un niveau stratégique important dans les entreprises évoluant dans les secteurs vitaux comme l’eau, l’électricité et le téléphone. Il gagnerait aussi à contribuer à la création d’unités de transformation de matières premières locales en suscitant et en participant effectivement au capital des entreprises à créer. Sur un autre plan, la préférence nationale ou communautaire devrait  être la règle dans les stratégies d’allocation des commandes publiques.

À côté de ces politiques économiques, il convient de mettre en œuvre  des stratégies efficaces de traitement social du chômage au lieu de toujours attendre une hypothétique croissance qui de toute façon, absorbée par le taux de croissance démographique et mal répartie, ne pourrait jamais permettre le décollage économique. Il faut de nouvelles alternatives audacieuses : maintenir un rythme annuel de recrutement dans la fonction publique, remplacer systématiquement les partants à la retraite, dérouler des programmes générateurs d’emplois grâce à la relance de travaux d’intérêts collectifs. Que de choses à faire dans le reboisement, la lutte contre les feux de brousse, l’embellissement des villes par des espaces verts, l’assainissement, la prévention des maladies, la sécurité de proximité, le maraichage, l’alphabétisation, la collecte des ordures, la sensibilisation en matière d’économie d’énergie.

Pour réussir une telle métamorphose, l‘État devrait avoir une vision et se comporter en véritable agent économique responsable, économe, soucieux de la bonne gouvernance et conscient des intérêts supérieurs de la nation. Je recommande aux États de trouver une solution au gaspillage de ressources publiques en agissant notamment sur la taille de schémas institutionnels budgétivores et inefficaces et en contrôlant au mieux la qualité de la dépense publique. Je les invite aussi à opter pour un choix clair en faveur de la production et de l’emploi en lieu et place de la solution simpliste de collecte de recettes douanières.

 Jeune Afrique

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