Le serment d’Hypocrite (s)

Debellahi AbdeljelilJ’ai souvent entendu parler du serment d’Hippocrate, traditionnellement prêté par les médecins, en Occident, avant de commencer à exercer.

J’ai découvert, après de simples recherches, qu’il existait plusieurs versions de la traduction de ce célèbre et noble serment, par lequel, ce pionnier de la Médecine prenait devant ses maîtres, les Dieux et les Déesses, des engagements qui, jusqu’à nos jours, allaient constituer les fondements de la déontologie pour tous ceux qui exercent dans le domaine médical. L’une de ces traductions, réalisée par Emile Littré (1819-1861), se conclut par le paragraphe suivant :

« Eh bien donc, si j’exécute ce serment et ne l’enfreins pas, qu’il me soit donné de jouir de ma vie et de mon art, honoré de tous les hommes pour l’éternité. En revanche, si je le viole et que je me parjure, que ce soit le contraire.»

En prenant connaissance du contenu de cet engagement pris par Hippocrate, j’ai pu faire, non sans émerveillement, le parallèle avec la place, au sommet de l’échelle et critères de valeurs, qu’accordent les Occidentaux au serment en général.

Pour eux, le parjure est tout simplement scandaleux, le mensonge absolument honteux, indigne et intolérable.

Récemment, en France, un Grand et brillant Ministre (Mr Jérôme Cahuzac) s’est trouvé contraint à la démission, à ne plus assister aux séances de l’Assemblée Nationale, et a annoncé qu’il n’avait plus l’intention de se présenter aux suffrages des Français de sa circonscription électorale. Son péché ? Il avait menti. Il a eu le courage de le reconnaître publiquement, et en a tiré ainsi un trait sur sa carrière politique.

Bien avant les déboires de ce valeureux Homme politique Français, un Président des Etats Unis, la première puissance du monde, a été à deux doigts de la destitution (impeachment). Monsieur Bill Clinton – c’est de lui qu’il s’agissait – a été poursuivi à la loupe par un procureur (réellement) indépendant. Ce n’est pas en raison de sa petite escapade, quelque part dans la maison blanche, avec la jeune et sulfureuse Monica Lewinsky, qu’un procès a été intenté au Président du Plus puissant pays du Monde. C’est tout simplement parce que des soupçons accréditaient la thèse qu’il avait menti sous serment. C’est ce qu’on appelle le parjure.

Au cours des investigations, on a fait parler tous ceux qui pouvaient apporter des éléments susceptibles d’étayer la vérité. Même la robe de Monica avait été «interrogée » par le Laboratoire. Ainsi, chez eux, l’ADN est franc et ne dit que la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Chez eux, ces Occidentaux que certains parmi nous, qui veulent réinventer l’Islam et l’adapter à leurs caprices, qualifient, en se gaussant de tout le monde, de piètres mécréants, le mensonge et le parjure font blêmir, et ne restent pas sans conséquences coercitives et dissuasives.

Pour nous, dont la sainte religion, Coran et Sunna, stigmatise le mensonge, et le place avant tous les péchés (vol, adultère, meurtre…), nous nous délectons de faux et usage de faux. Nous avons inversé l’échelle des valeurs. Nous vivons, et nous semblons nous y accommoder, voire y prendre gout et y trouver source de valorisation bâtarde et de vantardise clocharde, un séisme ou un tsunami d’immoralité à la fois déroutante et dévalorisante.

Nous mentons plus que nous respirons. Nous racontons des histoires, auxquelles nous ne croyons guère nous-mêmes, à nos partenaires dits au développement. Nous feignons devant nos supérieurs hiérarchiques. Nous faisons semblant devant nos collaborateurs. Nous imitons nos collègues. Nous hypnotisons nos administrés.

Nous trompons nos épouses. Nos maris sont cocus. Nous trahissons la mémoire de nos ancêtres. Nous avons peu de respect pour nos morts. Pourtant, nous leur avons juré sur toutes les têtes portées sur n’importe quelles épaules, de leur demeurer fidèles. Nous versons des larmes d’Alligators, alors que nous ne leur assurons même pas une digne sépulture.

A ma connaissance, il n y a aucun service de pompes funèbres sur l’étendue de cette République qui, à en croire les politiciens, est le Brunei de la côte Ouest Africaine. Nos enfants sont mal élevés, mal éduqués. Leur avenir est sérieusement hypothéqué par le mauvais exemple que nous constituons à leurs yeux.

Nous rêvons éveillés, et dormons debout, à force de nous mentir mutuellement. Nous ne tenons aucun engagement, même pas un rendez-vous. Nous sommes tout simplement atypiques, et aussi asymétriques.

Le mensonge est devenu chez nous, un attribut valorisant dans une société qui continue de perdre, peut-être à jamais, les repères qui étaient les siens. Elles n’a pas encore le courage d’en adopter d’autres. Mais, me semble-t-il, ce n’est qu’une question de temps. Les générations montantes feront leur choix, j’espère qu’il sera celui de la franchise, de la transparence, et de l’égalité des droits, des devoirs et des chances.

Le parjure, quant à lui est moins remarquable. Ceux qui prêtent serment chez nous, psalmodient quelques versets et phrases inaudibles et inintelligibles. Au cours des cérémonies d’investiture, ils mettent la main sur ce que je vais appeler «la chose ». On ne sait pas si c’est un Coran, la Constitution, ou le Budget consolidé de l’Etat. Il est avéré, vous ne me démentirez pas, qu’on ne saura jamais la réalité de cette « chose ». Avez-vous déjà revu quelque chose sur lequel ils ont mis la main, ces gens là ? Ce qui me fait qualifier leur geste de « serment d’hypocrites ».

Avez-vous vu quelqu’un de chez nous, ne serait-ce qu’une seule fois, poursuivi pour parjure, ou fausse déclaration de biens mal acquis, ou l’exercice de responsabilités mal obtenues et médiocrement exercées. La démission qui, pourtant, est un acte hautement honorable, et parfois incontournable, est une décision absente de nos mœurs.

Comme l’avait exprimé en prose inimitable le célèbre poète Syrien Nizar Ghabbani « …il n’existe point de zone tampon entre le Paradis et l’Enfer ». Ou nous continuons à nous complaire dans cette situation de rêverie nostalgique et chimérique, en fredonnant les louanges d’ancêtres dont nous ne méritons point d’être les héritiers, ou bien nous nous insérons, avec engagement et sincérité, dans la réalité de la modernité par le labeur et la mise en vigueur de toute la rigueur de la loi.

Je ne peux terminer sans noter que nos valeureux médecins ont certainement prêté le bon serment. J’espère aussi qu’ils l’appliquent comme doivent le faire les disciples d’Hippocrate. Au cas contraire, nous pouvons y remédier en prêtant serment dans notre géniale zone franche de Nouadhibou.

Pour ma part, j’ai essayé d’abréger la question. J’ai demandé à ma sœur aînée, au cas où il serait nécessaire de me conduire à un Hôpital local, de trouver le moyen de me faire assommer avant d’y être admis. En effet, autant perdre le sens des réalités, que d’avoir à affronter des absurdités amères devant lesquelles je ne peux que plonger dans le désarroi et la décontenance.

NB: à lire aussi sur http://bit.ly/1of6R8p

Debellahi Abdeljelil

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