Le sexe, la voie risquée des immigrées africaines vers l’Europe

l’EuropeDans le quartier d’Akra de la ville de Nouadhibou, à l’entrée d’une chambre où elle loge avec ses amies, Aminata Keita, âgée d’une trentaine d’année, accepte de nous parler.
D’une voix noyée de tristesse, elle nous raconte les tourments d’un long périple épuisant qui l’avait menée de son pays d’origine, Le Ghana, vers la ville côtière de Nouadhibou, considérée par les migrants africains venus des pays subsahariens comme la dernière étape avant l’Europe, puisqu’elle se trouve à quelques miles seulement des îles espagnoles de Las Palmas.
Dans le quartier d’Akra qui tire son nom de sa dense population d’immigrés africains en général et ghanéens en particulier, vivent des dizaines de candidates à l’immigration clandestine vers l’Europe. Ces compagnes d’aventure de Keitaont été menées par des circonstances similaires dans ce quartier qui est le plus grand bastion d’immigrés africains en Mauritanie.
Après de longues négociations, Keita accepte de nous parler en échange d’une carte de recharge téléphonique d’une valeur de 2000 ouguiyas (6 dollars américains), tarif habituel d’une passe avec une des immigrées du quartier. D’une voix étouffée, elle raconte à Dunes Voices la souffrance qu’elle a dû endurer depuis qu’elle décidé, en 2014, de quitter son pays vers la « terre promise »,comme elle se plait à nommer le vieux continent.
Keita nous dit qu’elle était femme de ménage dans son pays ; mais qu’elle travaillait dans la sécurité malgré la misère de sa condition. Dès qu’elle a pu économiser 700 dollars, elle a décidé de rejoindre son amie Nani qui lui avait appris, via Whatsapp, son arrivée en Espagne en passant par la Mauritanie.
« J’ai fais mes bagages et j’ai pris la même route en suivant les pas de mon amie… mais partir en Europe n’est pas aussi facile ; c’est loin d’être une promenade… », affirme Keita.
Poursuivant son récit, Keita ajoute : « Mon périple a commencé par un premier voyage de quatre jours au bout duquel je suis arrivée au Burkina-Faso voisin. Je suis entrée par la suite au territoire malien par l’intermédiaire de contrebandiers, avant de me diriger vers la frontière est de la Mauritanie.
Pendant le voyage, j’ai été victime de harcèlements sexuels et je me suis livrée plusieurs fois sous la menace à des rapports sexuels forcés avec les contrebandiers, de même que, quelques fois, j’en ai eu d’autres, consentis en échange de services tels que le logement ou le transport.
J’ai ensuite réussi à pénétrer jusqu’au fond des territoires mauritaniens après avoir obtenu au Mali un certificat de réfugiée Azawad que j’ai payé 100 dollars américains. C’est d’ailleurs ce document qui m’a donné accès au camp de réfugiés de Mberra, sur la frontière mauritano-malienne ».

« Ce n’était pas facile d’atteindre la capitale Nouakchott, située à mille kilomètres du camp, surtout pour une femme comme moi qui n’a que son corps à offrir… »,explique encore Keita à Dunes Voices.
Cependant, la compagnie de plusieurs autres jeunes femmes de nationalités africaines différentes lui a beaucoup facilité les choses. C’était un groupe de femmes dont elle a fait la connaissance au camp et qui l’ont aidée à parvenir jusqu’à Nouakchott au bout d’un voyage moins pénible que ceux qu’elle avait déjà faits.
Ensemble, elles ont décidé par la suite de s’installer dans le quartier de « Liblak », dans la province de la Sabkha où la loi est inexistante et la culture de la drogue, du sexe et de la débauche répandue.
Dans le quartier où vit une majorité d’immigrés travaillant à des salaires journaliers, les Africaines pratiquent ouvertement la prostitution franche. Keita, elle, ainsi que certaines de ses camarades d’épreuve ont eu recours à ce qu’on appelle communément « Le sexe de survie », en ayant par intermittence des rapports sexuels avec des hommes qui leur fournissent la nourriture et le logement, ainsi que les promesses généreuses de leur faciliter l’émigration dont la dernière étape sur le territoire mauritanien est la ville de Nouadhibou.
Après être restée quelques mois dans la capitale Nouakchott, Keita décide de se diriger vers Nouadhibou, dans le nord. Là, elle arrive dans la « nouvelle Akra »dont le nom, il n’y a pas longtemps, s’associait dans son cœur, dit-elle, à la chaleur et à l’affection familiales. Mais la « Akra » de Nouadhibou est un enfer insupportable…
Keita, qui vit dans ce quartier depuis la fin de l’année 2015, nous explique qu’elle y attend juste de pouvoir ramasser la somme de 2000 dollars, prix fixé par le contrebandier qui la transportera sur l’une des barques de la mort en direction de l’Espagne. En attendant ce jour-là, elle dit avoir commencé à travailler le jour comme femme de ménage dans une maison avant de retourner, le soir, vers la vie d’Akra… Poussant un long soupir, elle dit : « Ah, Akra !… Savez-vous ce que c’est qu’Akra… ?! ».
Malgré la souffrance infernale, Keita attend, dit-elle, le lever d’un nouveau jour, où elle se réveillera pour voir se réaliser son rêve de toujours, même si elle devra visiblement payer très cher la réalisation de ce rêve.
Keita n’est sans doute qu’un parmi tant d’autres exemples vivants de la souffrance de dizaines, voire de centaines d’Africaines qui ont décidé de tenter les flots de l’émigration en passant par les dunes du Sahara, malgré l’impraticabilité de ces routes.
Ce sont des circonstances extrêmes comme les guerres, la pauvreté et la misère qui, chaque année, poussent des milliers d’Africains des deux sexes à émigrer vers l’Europe à travers le labyrinthe sablonneux du désert. Très peu d’entre eux parviennent toutefois à atteindre sains et saufs l’autre rive.

Source : DuneVoices

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