Le Top 30 des Mondiaux

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1983-2013: les Mondiaux d’athlétisme fêtent leurs 30 ans à Moscou. L’occasion de revenir sur 30 moments qui ont marqué cet évènement. Premier volet samedi.

30. QUÉNEHERVÉ, LES MILLIÈMES D’ÉTERNITÉ

C’est le plus grand moment de la carrière de Gilles Quénéhervé. Une médaille d’argent sur 200 mètres aux Championnats du monde, à l’échelle de l’athlétisme français, c’est colossal. Pourtant, ce jeudi 3 septembre 1987, sur la piste du stade Olympique de Rome, le Français ne sait pas trop s’il doit bondir de joie ou pleurer ses regrets éternels. Au terme d’un étourdissant demi-tour de piste et, surtout, d’une fabuleuse dernière ligne droite, il vient, à la surprise générale, d’accrocher le grand favori, Calvin Smith. A 21 ans, personne n’a vu venir ce sprinter breton et blanc. Certes, sa progression a été constante depuis plusieurs mois. Au début de l’été, il s’est emparé du record de France du 200 mètres, détenu depuis huit ans par Pascal Barré.

A Rome, il est monté en puissance au fil des tours: 20″59, puis 20″48 et, surtout, 20″31 en demi-finales, nouveau record personnel et record de France. Mais de là à imaginer qu’il puisse venir titiller Calvin Smith et jouer l’or, personne n’y songe raisonnablement. Or voilà que, pendant quelques instants, on le croit champion du monde. Smith et lui ont franchi la ligne simultanément. Le chrono affiche 20″16 pour les deux hommes. Quénéhervé vient de mettre 15 centièmes à son record pourtant tout frais. Finalement, après étude de la photo finish, pour quelques millièmes de seconde, Smith est sacré. La chance de Gilles Quénéhervé ne repassera jamais. C’est son premier et dernier podium international. La France, elle, devra attendre 24 ans pour voir un autre sprinter sur la boîte aux Mondiaux. Ce sera Christophe Lemaître, bronzé sur 200m mais beaucoup plus loin, lui, de la médaille d’or que ne le fut son aîné. Jamais l’athlétisme français n’avait été aussi proche d’une victoire en sprint aux Championnats du monde. L’éternité aura tenu à quelques millièmes.

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29. KIPTANUI, L’ÉTÉ DE GRACE

Dans le langage de sa tribu, les Marakwets, Kiptanui signifie « l’enfant qui n’a pas crié à sa naissance« . S’il a pris son temps pour manifester son premier signe de vie, Moses Kiptanui s’est avéré beaucoup plus précoce sur la piste. Depuis sa plus tendre enfance, le gamin des hauts plateaux a été habitué à courir: quatre kilomètres, chaque jour, pour se rendre à son école, et autant pour revenir. Mais jamais, jusqu’à l’âge de 18 ans, Kiptanui n’aurait imaginé faire de l’athlétisme un métier. Son truc à lui, c’était le foot. Jusqu’à ce qu’il intègre l’armée à 18 ans. Là, il se met à courir pour de bon et si lui n’avait pas conscience de ses exceptionnelles aptitudes, elles vont vite s’imposer comme une évidence. Un an et demi plus tard, Kiptanui devient champion du monde du 3000 mètres steeple à Tokyo en 1991. Titre conservé deux ans après à Stuttgart.

Nous voici alors à Göteborg, en 1995. Kiptanui, maître incontesté de sa discipline, dont il est également devenu recordman du monde, brigue une troisième couronne. Il a 24 ans et n’a sans doute jamais rayonné autant qu’en ces quelques semaines de juillet-août 1995. Cet été-là, il signe les cinq meilleurs temps de la saison. A Göteborg, en finale des mondiaux, Kiptanui prend la course en mains quasiment dès le départ. Il mène d’un bout à l’autre pour s’imposer en 8’04″06, un temps exceptionnel pour une finale mondiale où il n’a bénéficié d’aucun lièvre et a dû tout faire tout seul. Plus que jamais, Kiptanui est seul sur la planète steeple. Il devient le premier triple champion du monde du 3000m steeple et il est toujours le seul à ce jour. Cinq jours après ce troisième triomphe planétaire, sur le Letzigrund de Zurich, le Kenyan brise la barre mythique des huit minutes: 7’59″18. Jamais personne n’avait couru en moins de huit minutes sur la distance. Il récidive ensuite à Bruxelles en 7’59″52. En 14 jours, Kiptanui a donc conquis un troisième titre mondial de rang avant de signer deux performances historiques. Ou comment le petit homme de Marakwet a changé à jamais la face de sa discipline.

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28. JUSTE AVANT LA FOUDRE

Pour la deuxième fois consécutive, Tyson Gay suivra les Championnats du monde à la télévision. Cette fois, il n’est pas question de blessure mais de dopage. L’étoile du sprinter américain a sérieusement pali et on doute qu’à 31 ans elle puisse encore retrouver de son éclat. Pourtant, Gay, contrairement à d’autres, a au moins eu le temps d’être le maître du monde. C’était avant, juste avant, que la foudre ne s’abatte sur le sprint mondial. Tant qu’il était encore temps. C’était à Osaka, en 2007. Gay, dans la force de l’âge, règne alors sans partage: trois médailles d’or, sur 100 mètres, 200 mètres et 4×100 mètres. Sur le 200, il devance sur le podium un certain Usain Bolt, 21 ans. Calme, posé, peu adepte du trash talking propre à beaucoup de ses congénères, Gay fait figure de leader idéal. « Ces trois médailles d’or, pour moi, ne constituent pas une consécration mais une étape, dit-il alors. Je vois plus loin, je veux aller plus vite« . Il ira, parfois, plus vite qu’à Osaka. Mais l’irrésistible émergence de Bolt, qui fera entrer l’athlétisme mondial dans une nouvelle ère aux Jeux de Pékin en 2008, brisera net l’élan de Tyson Gay. Reste cet été, entre deux époques, sous forme de ciel immaculé. Quand tout lui souriait. Avant que le ciel, et la foudre, ne lui tombent sur la tête.

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27. MERLÈNE LA POISSE, MERLENE LA REINE (QUAND MÊME)

Ce n’est certainement pas le plus grand moment de sa carrière si longue et si fournie. Mais Merlene Ottey, en ce mois d’août 1997, boucle le chapitre le plus incroyable de sa carrière. Elle incarne à elle seule un pan entier de l’histoire des Championnats du monde d’athlétisme. Présente et médaillée dès la première édition en 1983, elle sera encore là… 24 ans plus tard à Osaka, pour disputer les séries du 100m. A 47 ans. Dix ans plus tôt, Ottey est déjà considérée comme « une grand-mère ». Elle a longtemps été la reine maudite de l’athlé, toujours placée, jamais gagnante, en tout cas quand ça compte vraiment. Puis elle a fini par triompher, sur sa distance fétiche, le 200 mètres, dont elle peut légitimement être considérée comme la plus grande spécialiste de l’histoire. Championne du monde à Stuttgart en 1993 puis à Göteborg en 1995, elle vise le triplé en Grèce.

Marie-Jo Pérec, qui l’a privée de l’or olympique à Atlanta entre temps, n’est pas là. Ottey est favorite. Elle signe d’ailleurs la meilleure performance mondiale de l’année en demi-finales. Mamy va bien. Puis ses vieux démons la rattrapent. Elle coince en finale, terminant seulement troisième en 22″40. C’est néanmoins un podium historique. Pourquoi ? Parce que c’est son dernier. Son 14e aux Mondiaux. Trois médailles d’or, quatre en argent et sept en bronze. 14 médailles. Quatre de plus qu’Allyson Felix et Carl Lewis, ses dauphins au regard de l’histoire.

Le chiffre peut impressionner, mais ces Mondiaux 1997 vont surtout ancrer Merlene dans son statut de reine maudite. D’incroyable poissarde à qui il arrive toujours, ou presque, un pet de travers pour l’empêcher de triompher. A Athènes, sur le 100m, quelques jours plus tôt, elle a vécu un drôle de drame. Lors de la finale, elle n’entend pas le coup de feu qui signale de faux départ et rappelle les athlètes. Ottey continue, file, à fond, et ne s’arrête qu’aux 70 mètres. Ereintée, elle finit seulement septième de la « vraie » course. « J’aurai rêvé que ce soit un rêve« , dira-t-elle assez joliment. Elle aurait pu rêver souvent d’avoir rêvé. Reste cette réalité: ces 14 médailles. Elle en rendrait bien quatre ou cinq pour les changer en or, opter pour le qualitatif plutôt que le quantitatif. N’empêche. 14 médailles…

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26. BOLT PRIS AU PIÈGE

Si le palmarès planétaire du 100 mètres n’est pas rectiligne depuis 2008, c’est à cause d’Usain Bolt. Le King jamaïcain aurait pu, aurait dû réussir un imparable Grand chelem sur le sprint, 100 et 200 mètres réunis, s’il n’y avait eu « l’incident de Daegu ». Aux Mondiaux 2011, Bolt va être battu sur 100m sans combattre. Placé au couloir 5, il est l’ultra-favori de la finale. Mais il commet l’irréparable, sous la forme d’un faux-départ qui le pousse dehors sans lui demander son reste. Une faute sans appel. Quelques secondes plus tard, le titre reste en Jamaïque, Yohan Blake ayant sauté sur l’occasion pour s’offrir l’or. Mais ce soir-là, tout le monde est perdant. Bolt, déchu de son titre. Blake, aussi, d’une certaine manière. On ne saura jamais s’il aurait pu battre son illustre compatriote à la régulière, mais cet or-là, conquis de cette manière, se trouve forcément, au moins partiellement, dévalorisé. C’est un titre avec un « si ». Au-dessus de sa tête: si Bolt n’avait pas commis ce faux départ…

Mais le grand perdant, c’est l’athlétisme. D’autant que la réglementation du faux départ a changé un an avant pour devenir plus restrictive : le premier faux départ est éliminatoire. Directement. Or le « BoltGate » repose sur un paradoxe : ce changement de règlement a été instauré pour éviter que des coureurs moins rapides ne tentent de perturber les meilleurs et, accessoirement, pour que les grands réseaux de télévision puissent tenir leurs horaires de diffusion. Au final, c’est le favori numéro un qui se trouve pris au piège. Le règlement, c’est le règlement et il vient alors s’appliquer en toute logique à Bolt, fautif, qui a peut-être payé une nervosité excessive, sans doute symbole d’une forme de doute chez lui face à un Blake menaçant.

N’empêche, le scenario suscite un regret presque unanime. Kim Collins, médaillé de bronze de cette finale, est sans doute le principal bénéficiaire, avec Blake, du faux départ de Bolt. Pourtant, ses mots sont sans équivoques. « J’avais terriblement envie d’être sur le podium, évidemment, mais franchement, c’est un triste jour pour l’athlétisme« , juge le champion du monde 2003. Peut-être se souvient-il alors que l’ancienne règle l’avait justement sauvé, lui, lors de la finale 2003 au Stade de France… Walter Dix, médaillé d’argent, va plus loin encore: « cette règle nous tue, elle tue notre sport« . Depuis, le règlement n’a pas changé. Et à chaque grande finale, chacun a un regard particulier au départ pour le couloir où se trouve Usain Bolt..

Source : eurosport

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