L’éditorial de La Nouvelle Expression : A la recherche de l’autre Aziz

Camara saydi moussa
Qui a écouté le président Ould Abdel Aziz ? Quel est le Mauritanien qui s’est senti concerné par ce que Monsieur le président a dit pour souhaiter aux citoyens ‘Bon Ramadan’? Le Président des pauvres s’est adressé au peuple mauritanien à l’occasion du Ramadan et leur a dit, entre autre: « (…) la sécurité et la paix qui prévalent dans notre cher pays, alors que nous vivons dans un monde instable et secoué par les conflits. (…) l’Etat a œuvré à la stabilisation des prix pour alléger les conditions des nécessiteux et éviter les spéculations ».

 Juste une insulte. Une gifle. Mais aussi des dires dignes de la réaction d’un ronfleur au milieu d’un club d’amis qui  par sursaut refuse de reconnaitre qu’il était dans les bras de Morphée. Le Président s’est enorgueilli de la situation du pays sur le plan sécuritaire, en comparaison avec une partie du monde. Oui, Monsieur le Président, La Mauritanie n’est pas la Syrie, ni la RDC et très loin de l’Egypte.

 

Oui, Monsieur le Président, on le comprend : vous parlez de votre Mauritanie, au moment où la Mauritanie du peuple vit sous l’insécurité et se trouve dans l’incapacité d’assurer la pitance du lendemain. Taya, le mal de ce pays qui est votre mentor, pensait la même chose, disait et défendait la même chose, même dans l’avion qui l’acheminait à Niamey après le coup d’Etat artistique que vous et vos amis du CMJD aviez perpétré contre lui. Tout le monde se souvient quand ce Président que l’on pensait indéboulonnable magnifiait la CNAM à la tête de laquelle il avait placé un de ses inconditionnels, un certain Boydiel.

 

La Mauritanie, la Mauritanie du peuple vit autrement que celle que vous connaissez, celle que  vous évoquez dans votre discours. Pourtant cette vie là vous aviez cherché à la connaitre, à la comprendre pour la rendre meilleure. C’était la période de la campagne électorale, au temps où vous cherchiez la légitimité et l’adoubement du peuple, ce peuple qui croyait en vous. Hélas…

 

Ce peuple, aujourd’hui, est plus que meurtri par votre façon de le gouverner.

 

Ici et là en Mauritanie, vous pouvez refuser de le voir et le reconnaitre ; sans doute cela ne surprendrait personne. Mais, sachez, Monsieur le Président que la Mauritanie est traversée par une peur bleue. On tue. On viole. On vole. C’est ça la vie des Mauritaniens maintenant.

 

Et Kaédi dans tout ça, Monsieur le Président ?… Et Dar El Barka ?… Pour ne s’arrêter qu’à ces tristes exemples. L’insécurité foisonne dans la Mauritanie du peuple. Mais Abdel Aziz, comme Taya son inspirateur, ne voit pas cela, ne veut entendre cela. Cela ne peut et ne doit le préoccuper.

 

Le Président des pauvres – plutôt le président de la pauvreté – dit que le gouvernement travaille à la stabilisation des prix durant le mois béni. Le comble. Au moment où le peuple pleure son sort devant  les prix exorbitants de la viande, du lait et une montée en flèche de toutes les denrées devenues inaccessibles pour le commun des citoyens.

 

Cette situation Abdel Aziz ne la voit pas. Ou du moins tout cela ne semble pas préoccuper le Président des pauvres. Un Président devenu aujourd’hui celui de l’insécurité et de la pauvreté sur bien des plans.

 

Le peuple réclame que le Président Abdel Aziz redevienne celui qui l’avait fait rêver, l’Abdel Aziz qui haranguait les foules, pourfendant dans ses discours les moufcides et les prévaricateurs. Le peuple scrute l’horizon à la recherche de ce Président là. Pas celui qui feint d’ignorer la misère du peuple.

 

Pas celui là qui se plait dans le folklore des visites et du tintamarre des accueils pas si populaires que ça. Pas celui qui se confond avec Mouawiya qui, à chacune de ses visites faisait déplacer, tel un émir, la Mauritanie avec lui, et retournait dans son palais sans avoir vu le peuple.

 

La Mauritanie a besoin d’homme fort car elle est sans institution et sans « peuple citoyen ». La Mauritanie est encore un projet de pays qui se cherche dans les méandres d’un néant politique où les différents régimes l’ont jeté.

 

La Mauritanie a besoin d’homme de parole et non des promesses non tenues. La Mauritanie a besoin d’homme qui se préoccupe plus du devenir du peuple que de lui-même. La Mauritanie a besoin d’un Président et non d’un père de famille, d’un ami, ou d’un cousin de l’autre mais un homme du peuple, de tout le peuple.

 

Mais est-ce possible dans un pays de « maw mouhiim », un pays où tout est banalisé ? La Mauritanie d’aujourd’hui est devenue un mouton, comme à chaque Conseil de ministres : un bélier dépecé en blocs qu’on attribue aux sociétés de prospection…

 

Mais Dieu ne nous abandonnera pas. Inchallah.

 

Camara Seydi Moussa

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