L’éditorial de La Nouvelle Expression : Pourquoi Abdel Aziz nous méprise tant…

Camara saydi moussa
S’adressant à sa nation, un homme d’Etat a dit un jour « Peuple, dis-moi quelle jeunesse tu as, je te dirai quel peuple tu es ». Mais pour le Mauritanien, l’identité du peuple peut se définir par une autre assertion comme le type d’homme qui dirige ce pays, la Mauritanie.

A la découverte du Président Abdel Aziz, « l’autre » comprendra aisément ce qu’est la Mauritanie. Cet autre pays d’un continent en décadence, d’un monde devenu fou.

On a écouté le Président Abdel Aziz, ce mardi 13 Août.

C’était lors de la traditionnelle « Rencontre avec le peuple ». Il avait l’air détendu, parfois dédaigneux, en tout cas peu modeste, toisant le peuple du haut de son fauteuil, et lui parlant de sa Mauritanie à lui.

Ould Abdel Aziz a dit au peuple, interrogé par de très belles plumes choisies pour le questionner, que lui le Président des pauvres connait tout, voit tout et surtout connait tout le monde et même connait les questions par anticipation, notamment la question du journaliste de la Radio Mauritanid. Et que tout va bien dans ce pays aujourd’hui.

Avec dédain et mépris, Ould Abdel Aziz dit qu’avant lui la Mauritanie n’a jamais existé. Il dit qu’il n’a hérité que du néant et de la misère… Ce que nous vivons aujourd’hui c’est le fruit de son travail, son amour pour ce pays et qu’il défie quiconque de lui démontrer qu’il fait du favoritisme. Dieu sait que les cousins rembourseront un jour à la Mauritanie. Abdel Aziz semble dire qu’après lui – d’ailleurs, il ne veut pas le dire car ne peut le penser – c’est le déluge.

Abdel Aziz dit avoir gagné la guerre contre le chômage, dont le taux, qui était de plus de 30%, est descendu, maintenant, Alhamdoulillah, à 10%. En tout cas, c’est les chiffres donnés par Abdel Aziz.

Le Président des pauvres dit que la pauvreté est désormais un mauvais souvenir et que les chiffres du PNUD, qui ne font pas ressortir l’amélioration entre 2009 et 2013, ne sont que de fausses extrapolations. Pour Abdel Aziz, la pauvreté a drastiquement reculé.

Mais, au-delà du discours d’auto-congratulation, n’importe quel quidam de ce pays se rend compte que ce n’est là qu’une insulte à la Mauritanie, à toutes ces populations qui cherchent à exister dans les sinuosités d’un pays installé dans la pauvreté et l’insécurité.

Pour Abdel Aziz, son bilan est positif ; sur tous les plans : l’économie, la santé et l’éducation.

Pour l’économie, le Président s’est perdu lui-même dans ses démonstrations pour dresser aux Mauritaniens un tableau reluisant ; perdu, sans doute, parce que sachant lui-même que ce tableau dressé fait fi du panier de la ménagère. L’avenir des enfants morveux des rues de notre capitale et la pauvreté cruelle solidement installée dans nos quartiers précaires ne semblent guère préoccuper Monsieur le Président.

Pour la santé, comme le Président et son monde ne se soignent pas ici, ils ne peuvent savoir et comprendre la qualité des soins de nos centres de santé ; en tout cas, ceux qui vont à l’hôpital national pour mourir ne tiennent pas le même discours… Aujourd’hui, il est connu de tous que le centre de santé de la petite ville sénégalaise de Richard Toll reçoit parfois plus de patients mauritaniens que sénégalais. C’est tout dire !

Pour l’éducation, c’est l’autre gifle administrée au peuple. Aziz explique le chômage par l’inadéquation des formations des écoles mauritaniennes. Pour ce faire, il a créé des écoles professionnelles et renforcé d’autres pour répondre aux besoins du marché de l’emploi.

Ce qu’Aziz n’a pas dit ou ne veut pas dire c’est qu’il se préoccupe très peu de l’école mauritanienne. Lui et son gouvernement n’ont aucun de leurs enfants dans une école mauritanienne. Et ils oublient que la quasi-totalité des chômeurs sont des diplômés des grandes écoles de ce monde.

Mais nous devons comprendre que nous avons assisté une fois encore à un cirque annuel comme par le passé. Ni le Président, ni les applaudisseurs qui l’ont accompagné, encore moins le peuple ne croient à ce qui a été dit.

Car, un pays où le Président dit ne pas porter plainte contre quelqu’un qui venait de le flinguer (ou un délinquant), comme ça, sans motif apparent – ou même caché – est un pays perdu, du moins en déperdition.

A la place des délinquants, ce sont des honnêtes gens qui séjournent à la citadelle du silence. En Mauritanie, la prison serait-elle faite maintenant pour des honnêtes personnes et non pour les voyous ?

Sacré Aziz…

En tout cas, le «Lighaa Chaab» de l’autre jour a eu quand même le mérite de faire découvrir à la Mauritanie et au reste monde qui est cet homme qui dirige la Mauritanie. Un homme qui, durant toute une nuit, s’est fait le champion des contradictions et des maladresses. Mais, ne dit-on pas que les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent ?

Camara Seydi Moussa

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