Législatives en Egypte: les premières élections sans les Frères musulmans

EgypteEn Egypte, les élections législatives débutent ce dimanche 18 octobre. Le scrutin va se tenir en plusieurs étapes jusqu’au 2 décembre. 55 millions d’électeurs sont appelés aux urnes. Le futur Parlement est censé symboliser un retour à la démocratie alors même que le président al-Sissi est considéré comme de plus en plus autoritaire.

C’est un président serein et certain de sa victoire qui a appelé samedi les Egyptiens à participer en masse aux élections législatives, les premières depuis la dissolution du Parlement en 2012. Abdel Fatah al-Sissi, l’homme fort du pays, est donné gagnant d’avance. En face, la principale coalition, « Pour l’amour de l’Egypte », s’affiche centre droit et présente des anciens ministres et hommes d’affaires issus de l’ère Moubarak. Al-Sissi, qui jouit d’un véritable culte de la personnalité auprès des médias et des autres candidats, a balayé ses principaux opposants.

Les grands absents de ces élections sont les Frères musulmans. Lors des dernières législatives en 2012, ils étaient sortis grands vainqueurs avec 46 % des sièges. Déclarés organisation terroriste, les Frères musulmans sont interdits dans le pays depuis juillet 2013, lorsque le maréchal al-Sissi a destitué leur chef de file, Mohamed Morsi. C’est la première fois en 30 ans qu’un scrutin se joue sans eux. Mais en l’absence des Frères musulmans, ces élections permettront aussi de connaître le poids relatif des islamistes. Ces derniers sont représentés par le parti salafiste « al Nour » qui s’est toutefois rangé derrière le président Sissi.

Un scrutin sans enjeux

Ces élections, censées symboliser la dernière étape de la transition démocratique, sont en réalité vivement critiquées par les observateurs. Dans le pays, l’opposition est réduite au silence. Pas moins de 15 000 personnes croupissent en prison. Pour les observateurs, les futurs 596 députés ne feront qu’enregistrer les directives du président. « Une démocratie, une réelle démocratie », c’est le principal vœu de Magdy. Ce père de famille et habitant du Caire espère que les prochaines élections permettront aux Egyptiens de se faire entendre. Ce dimanche, il se déplacera pour aller voter.

Mais à la veille des élections, tous n’ont pas le même enthousiasme, Khalid, 24 ans, et les deux amis qui l’accompagnent refusent de s’impliquer dans un système politique qu’il ne cautionne pas. « Tous les candidats ou presque soutiennent le président Sissi. Ils vont donc recevoir des instructions directement du gouvernement. Mais le Parlement est censé représenter le peuple égyptien, pas le gouvernement. Moi, ce que je veux, c’est un Parlement indépendant », affirme-t-il à notre correspondant au Caire, François Hume. Un grand doute persiste donc sur le taux de participation. Si moins de 40% des 55 millions d’électeurs votaient, ce serait un revers pour le régime Sissi.

Le politologue Mustapha Kamel al-Sayyid confirme un désintérêt des Egyptiens pour ces élections. « Comme il n’y a pas un débat politique, comme il n’y a pas vraiment d’enjeux (…), je pense que cela décourage beaucoup de citoyens de participer à ces élections », explique-t-il.

Résultats dans un mois et demi

Conformément à la Constitution, tous les bureaux de vote doivent être supervisés par des magistrats. Mais comme il n’y a pas assez de magistrats pour superviser la vingtaine de milliers de bureaux de vote dans toute l’Égypte, le pays a été divisé en deux, signale le correspondant de RFI au Caire, Alexandre Buccianti.

On commence par un scrutin à deux tours dans 14 provinces à l’ouest et au sud de l’Égypte puis, en novembre, c’est le tour de 13 provinces avec Le Caire et l’est du pays. Pour compliquer encore plus les choses, il y a deux modes de scrutins : l’électeur choisira 448 députés par scrutin direct à deux tours, mais aussi 120 autres sur des listes. Dans ce dernier cas, tous les inscrits sur la liste qui remportent le plus de voix sont élus. L’objectif est de garantir une représentation minimale de femmes, de jeunes, de chrétiens et de handicapés.

Enfin, le dernier enjeu de ce scrutin, c’est la sécurité. Près de 300 000 militaires et policiers sont déployés pour prévenir toute violence durant les élections dans un pays qui a été le théâtre de nombreux attentats.

Source: RFI

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