Les députés et les dépités

DebellahiAprès plusieurs reports des élections législatives en Mauritanie, nous voilà, enfin, avec nos 147 valeureux députés qui forment note chambre basse du parlement, appelée aussi l’assemblée nationale.

Après un report (encore un), nos représentants ont finalement tenu leur première séance le 29 janvier 2014. Consacrée à l’élection du bureau de la nouvelle assemblée, les résultats et le déroulement et de cette session ont suscité chez moi quelques observations et interrogations.

• Il a été élu, à nouveau, un Hartani (descendant d’esclaves), en remplacement de l’ancien président de l’assemblée, issu, lui aussi, de la même frange sociale. Par ce choix, nos députés ne sont-ils pas en train de consacrer une libanisation de la Mauritanie, par une forme tacite du célèbre accord de « Taef » ?

Suivant notre Taef national, la présidence de la république reviendrait à quelqu’un des rouages et/ou du sillage de l’armée. La chambre haute (sénat), dont le président est censé assurer la continuité en cas de vacance du pouvoir, reviendrait à la communauté négro-mauritanienne. Le président de l’assemblée nationale (pour la deuxième fois successive sur quatre) est un Hartani. La primature (notre Matigon), comme c’est le cas depuis 1992, est réservée à quelqu’un d’un milieu maure, démographiquement peu pesant.

• En s’abstenant d’assister aux premiers travaux de la nouvelle (je l’espère) assemblée, Messieurs les ministres élus députés n’ont-ils pas fait preuve de mépris à l’égard de ceux qui les ont mandatés ? Comme le cumul de la fonction de membre du gouvernement et celle de député n’est pas permis, il est permis de penser qu’ils ont voulu, par ce geste, marquer leur préférence pour le fauteuil ministériel. Auront-ils réellement le choix ? Rien n’est moins évident.

• Il semblerait qu’au cours de l’élection, par bulletin secret, du nouveau président de l’assemblée nationale, un député s’est distingué par la nullité…de son vote. Il aurait fait, vainement, des efforts surhumains pour écrire le nom de son choix parmi les trois candidats déclarés. En dépit de sa déconvenue, ce député a été jugé, par certains observateurs, comme le plus représentatif parmi ses collègues, étant donné que plus de 200 000 (deux cent mille) bulletins nuls (comme lui), avaient été dénombrés lors des récentes élections qui ont amené l’intéressé à l’hémicycle.

• Une manifestation, organisée devant l’assemblée nationale par un groupe de jeunes, contestant la légitimité de celle-ci, aurait été sévèrement réprimée. Si cette information s’avérait vraie, ce genre de comportement n’augure pas d’une mandature dans un climat politique apaisé, après des élections qui n’ont pas fait l’unanimité des acteurs politiques.

Mon souhait était, et demeure, que la nouvelle législature soit l’occasion d’enclencher une réelle séparation des pouvoirs. En tout cas, les députés ont là une opportunité pour faire leur entrée dans l’Histoire de leur pays. S’ils ratent le coche, nous serons tristement dépités de constater qu’ils ressemblent toujours à nos anciens députés.

Source : Debellahi

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