Les fleurs pourpres du Caire : une militante démocrate assassinée en Egypte VIDEO

SPAP activist Sabbagh receives help after she was shot during a protest by the party in CairoRapide info: Le Monde – Elle s’appelait Shaimaa al-Sabbagh. Elle est morte au Caire, tuée par un tir d’arme à feu, au pied de la gerbe de fleurs qu’elle venait de déposer. Une gerbe de fleur en hommage à la révolution commencée quatre ans plus tôt sur cette même place Tahrir. Aujourd’hui, la révolution est morte. La liberté aussi. Shaimaa aussi.

Le message est arrivé sur mon compte twitter. Un message comme un autre, qu’on lit d’un œil comme on check la liste des malheurs du monde, comme on prend le pouls d’un monde malade. « Une manifestante tuée au Caire », 140 mots qui ramèneront toujours le monde à une anecdote. Mais elle est là, de profil, le visage en sang. Je cherche son nom. Shaimaa al-Sabbagh. Je la regarde encore. Stupéfaite. Incrédule.

 Figée en voyant la mort qui arrive. Meurt-on pour avoir déposé des fleurs en hommage à la liberté ? Meurt-on pour dire que la révolution, le printemps arabe bat encore dans son cœur et sa tête ? Oui, en Egypte on en meurt.

Déjà, on accuse sur les réseaux sociaux. « Al-Sissi le sanguinaire ! » La police égyptienne dément, explique qu’elle a tiré avec des gaz lacrymogènes. On parle de tir de chevrotine. Le régime montre du doigt des « éléments terroristes », ce qui aujourd’hui désigne les frères musulmans. Qu’importe, puisque Shaimaa est morte.

Le balancier de l’histoire a brutalement oscillé en Egypte. Après avoir été portés au pouvoir par des élections libres ; après avoir vu leur leader Mohamed Morsi élu président ; après avoir été chassés du pouvoir par une armée soutenue par des millions d’Egyptiens, les frères musulmans se retrouvent classés « organisation terroriste ».

Depuis l’éviction de Morsi, 1 400 militants islamistes et plus de 15 000 personnes ont été arrêtés, certains condamnés à mort et une grande partie du pays applaudit en sourdine. Le spectre de l’islamisme, du débordement salafiste est passé trop près. « La chasse aux barbus » est ouverte et beaucoup s’en accommodent très bien. À choisir, mieux vaut la dictature de la loi que celle de la charia. En Egypte, c’est sur des morts et la peur que le président maréchal Al-Sissi reconstruit son pays. Dans cette période où « il faut choisir son camp camarade », les démocrates perdent à tous les coups.

Shaimaa n’était pas une folle de Dieu. C’était même tout le contraire. Une militante laïque, démocrate, venue d’Alexandrie. Une mère d’un petit garçon de 5 ans. Il y a quatre ans, elle a cru que son pays aussi avait droit à la liberté et à la démocratie. Elle a cru que son fils grandirait dans un pays plus libre, plus moderne, sans islamistes et sans généraux. Barack Obama leur avait promis. C’est cette liberté entrevue et perdue qu’elle voulait honorer avec ces quelques fleurs.

Après le choc d’avoir vu son visage agonisant, je suis allé voir la vidéo tournée quelques minutes avant. On y voit le tricolore Français, par hasard, au fronton de l’agence d’Air France où les manifestants se sont réunis. Une manifestation comme une autre, derrière une banderole, inoffensive.

Et puis cette photo. Shaimaa approche avec sa gerbe. Deux amis lui tiennent le bras, et regardent derrière leur épaule, terrifiés. « Ils arrivent ». Les policiers, armés comme des militaires. Ils ne feront pas de tri. Militants pro démocratie ou salafistes c’est pareil. Ils tireront et frapperont à bras raccourcis. Les amis de Shaimaa le savent. « Fais vite », ont-ils du lui dire, « ils sont là ». Eux qui ne veulent pas de fleurs pour la liberté.

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