Les limites du droit d’opinion en Mauritanie: Cas du journaliste Mamouni Mokhtar

Mamouni_Mokhtar_39_cSur la base des poursuites, interpellations ou licenciement qui ont visé plusieurs journalistes mauritaniens ainsi que des artistes, l’image du pays dans le domaine des libertés démocratiques se trouve ainsi bien écornée, selon une partie de l’opinion.
Rien qu’au cours des deux dernières années, la Mauritanie, malgré une place de premier dans le monde arabe en matière de liberté de presse, a connu des entorses graves dans l’entrave à la libre exercice de ses droits.
Ainsi, le directeur du groume MAPECI, qui édite les journaux « Nouakchott-Info » et « Akhbar Nouakchott » a été interpelé suite à une couverture en direct d’une prise d’otage dans une usine algérienne. Puis, ce fut le cas du directeur de Taqadoumy de visiter les locaux de la sûreté, suivi peu après par celui de « Essiraj » pour avoir publié les déclarations d’un PDG de banque arrêté pour banqueroute.
Mais l’histoire qui retient le plus l’attention ces jours-ci est sans nulle doute celle du journaliste Mamouni Mokhtar de l’Agence mauritanienne d’information (AMI), licencié sans droits alors qu’il était au bord de la retraite pour un article d’opinion qu’il avait publié dans un journal indépendant. C’est la seule affaire pendante devant les tribunaux et qui se dirige vers son dénouement.
Dans une récente déclaration faite à des confrères, Mamouni Mokhtar a confirmé que la dernière audience sur son affaire, devant la Cour d’Appel est prévue en fin du mois de mai courant. Ainsi, après avoir remporté le procès en première instance contre son ancien employeur, l’AMI durant l’audience du 31 juillet 2013, l’entreprise a interjeté appel.
La cour qui avait jugé l’affaire avait en effet retenu le licenciement abusif et sommé l’AMI à lui payer 20,5 Millions d’UM d’arriérés de salaires, de dommages et intérêt. Cette sentence confirme ainsi la conclusion de l’Inspecteur du Travail qui avait demandé à l’entreprise durant la phase de conciliation de revenir sur sa décision qui violait toute la législation du travail en Mauritanie. Mais l’agence avait refusé d’obtempérer et de rectifier son erreur.
Citant le Directeur général de l’AMI, le journaliste Mamouni Mokhtar déclare que ce dernier lui avait dit qu’il ne pouvait rien faire pour son cas car les ordres pour son licenciement sont venus d’en haut, en l’occurrence du directeur de cabinet du président Mohamed Abdel Aziz qui ne faisait qu’exécuter des instructions venant de son chef.
Ce dernier, malgré toutes les bonnes volontés qui l’ont supplié de revenir sur sa décision, aurait toujours signé et persisté dans sa décision, selon Mamouni. Le journaliste trouve ainsi paradoxal que l’AMI dépense autant d’argent pour les frais de justice dans une affaire où elle viole la législation du pays.
Ces sommes, selon lui, auraient pu servir à lui payer ses droits sans que l’affaire ne soit portée à l’attention de l’opinion publique nationale et internationale, éclaboussant au passage l’image du pays et de son administration.
Dans des révélations récentes, il semble que la décision de licenciement du journaliste fait suite à un article qu’il avait écrit et qui risquait de perturber sérieusement les relations entre la Mauritanie et l’Arabie Saoudite, compromettant au passage d’importants investissements que le Royaume destinait au pays.
Le journaliste aurait rapporté des propos du président Mohamed Abdel Aziz, obtenus selon ses propres sources, et dans lesquels ce dernier critiquait la nature peu démocratique de l’Arabie Saoudite. L’article sera transmis aux autorités saoudiennes par un journaliste saoudien en service en Mauritanie.
Sa publication avait coïncidé avec l’engagement des Saoudiens d’accorder à la Mauritanie quelques milliards d’UM sous formes de dons et de prêts. Ayant eu vent de la colère sourde des Saoudiens, qui ne pouvaient nullement mettre en doute les écrits d’un journaliste mauritanien en service dans une agence publique, donc bien au fait des secrets de la République, Ould Abdel Aziz aurait ainsi procédé au licenciement du journaliste. De ce fait, il invoquera l’intention délibérée du journaliste à nuire aux bonnes relations entre les deux pays.
En plus des journalistes, des artistes et des défenseurs des droits de l’homme ont payé ces derniers mois pour leur opinion. Il en est ainsi des « Rappeurs » de Awlad Leblad qui avaient composé une chanson qui demande au président Aziz de « dégager ». Tandis qu’un des membres du groupe, Hamada, croupit en prison, l’autre, Ishaqh, a été contraint à l’exil.
Il en fut de même ces derniers jours d’un autre artiste musicien, Mourad Ahmed Zeydane, interpelé lui aussi pour une chanson critique envers le pouvoir et qui fait actuellement le buzz sur les réseaux sociaux. Quant aux défenseurs des droits de l’Homme, Birame Dah Abeid et son vice-président Brahim Bilal d’IRA ainsi que Djiby Sow de Kawtal, ils croupissent à la prison d’Aleg pour avoir organisé une caravane contre l’esclavage foncier.

MOMS

Source : L’Authentique (Mauritanie)

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