Les Médias, rentabilisation du terrorisme.


Introduction

La rentabilisation est l’action de rentabiliser des projets et des entreprises en vue de générer des revenus. Cette notion s’applique à l’entreprise ou dans tout investissement. C’est « l’aptitude à produire un profit ou un résultat. Pour juger la rentabilité d’une entreprise, il convient de rapprocher le résultat dégagé avec les moyens mis en œuvre pour obtenir ce résultat, c’est-à-dire, du capital qui s’y trouve investi »

Et dans une acception générale le « terme média désigne tout moyen de communication, naturel ou technique, qui autorise la transmission d’un message. Mais son usage courant renvoie, de façon plus restrictive, aux médias de masse, c’est-à-dire aux moyens de diffusion collective permettant d’atteindre des publics vastes et hétérogènes » .

Communément, on s’efforce d’attribuer, depuis l’histoire des temps, aux médias une fonction informative. Ainsi, les médias prétendent transmettre de manière objective l’information.

Il sera question, pour nous dans ce présent travail, de vérifier, dans une large mesure, la véracité de cette affirmation. Ainsi, nous retiendrons que les medias sont des institutions, des entreprises qui ambitionnent de mobiliser une large audience en vue d’écouler une marchandise, un produit, et ce, au profit des annonceurs. Autrement dit, ils sont des moyens de commercialisation sous la couverture de médiateur d’informations au nom des valeurs démocratiques.

C’est dans cette perspective que les médias occidentaux appréhendent les phénomènes médiatiques qu’ils rentabilisent suivant un traitement biaisé de l’information au service des grandes puissances, des multinationales, de l’économie et des grands groupes industriels. En effet, la machine médiatique œuvre à convertir son audience, son lectorat ou son auditoire en richesse pour les besoins de l’entreprise. Ce qui suppose très logiquement que l’action médiatique est orientée par les lois du marché.

Par ailleurs, le discours des medias occidentaux sur le phénomène du terrorisme corrobore notre pensée. Dans la mesure où la manière dont la question est traitée montre clairement la position prise, et ce malgré les exigences de la crédibilité de l’information. Et après la lutte contre le communiste, la lutte contre le terrorisme qui est devenue le nouveau leitmotiv pour instaurer le système politico-capitaliste.

Cependant, nous tenterons d’abord dans cette réflexion, loin d’être exhaustive, de mettre à découvert la face cachée des medias et chemin faisant nous essayerons de démontrer comment les medias occidentaux, notamment les chaines de télévision occidentale francophone rentabilisent le phénomène du terrorisme à travers des stratégies discursives.

I Les Medias comme moyens de rentabilisation

1 L’entreprise médiatique

Les medias sont des entreprises au sens que les règles qui régissent celles-ci sont les mêmes qui orientent l’entreprise médiatique. En effet, comme toute entreprise les medias sont subventionnés. Et de ce fait, ils ne peuvent se soustraire de l’influence des bailleurs. Ce qui nous amène à dire que les décideurs politiques et /ou économiques instrumentalisent et décident du contenu de l’information et la manière de traiter un phénomène dans une perspective de rentabilisation.

C’est dans ce sens que le phénomène du terrorisme est traité. Autrement dit, la « grande puissance militaire du monde » à savoir les Etats-Unis font de la lutte contre le terrorisme un cheval de bataille pour imposer d’avantage leur suprématie et ce, en s’engageant inlassablement sur divers fronts et lieux stratégiques pour combattre ce qu’ils appellent l’extrémisme islamique. Mais ce qui importe pour nous, c’est comment les médias comme toute entreprise commerciale parviennent à rentabiliser ce phénomène.

C’est dans ce sens que Noam Chomsky et Edward Herman écrivent :

« S’agissant des largesses du Pentagone et du bureau de relations publiques du département d’État, ces subventions aux médias sortent de la poche du contribuable de telle sorte qu’en fin de compte ce dernier paye pour être endoctriné dans l’intérêt de puissants groupes d’intérêts comme ceux qui bénéficient de contrats d’armement et autres sponsors du terrorisme d’État » A partir d’ici, les enjeux du terrorisme comme phénomène médiatique sont largement dévoilés comme étant des évènements sponsorisés par des puissants groupes d’intérêts en vue d’en retirer des bénéficies et d’accroitre leurs influences.

La sponsorisation du terrorisme est une opération juteuse pour les industries d’armement américaines et pour les groupes étrangers. Pour mieux comprendre ces logiques, il nous faut mettre en exergue le rapport étroit que les groupes industriels entretiennent avec le pouvoir politique et les médias. Ces derniers sont majoritairement détenus par les premiers qui, à leur tour, dépendent économiquement du marché et politiquement des pouvoirs politiques. Pire encore, un grand nombre de groupe medias est intégré dans les grandes industries commerciales.

Ce qui limite la liberté des médias dans le traitement de l’information et met ainsi à découvert leur subjectivité et le paradoxe de la prétendue démocratie. Autrement dit, il y’a un lien complice entre les médias, les groupes industriels et les pouvoirs politiques. Certes, l’économie détermine ces rapports mais le pouvoir politique distribue les licences aux groupes industriels qui ambitionnent de créer des groupes de médias. Ainsi donc le pouvoir politique est un maillon indispensable de cette chaîne mafieuse. De nouveau, N. Chomsky et E. Herman apportent une lumière à notre hypothèse :

« Du fait des services qu’ils rendent, de contacts quotidiens et de leur dépendance réciproque, les puissants peuvent compter sur des relations personnelles, recourir à la carotte et au bâton pour influencer et contrôler un peu plus les médias. Ceux-ci se sentiront obligés de colporter les nouvelles les plus douteuses et de taire les critiques pour ne pas froisser leurs sources ou ternir des relations aussi privilégiées »

Par ailleurs, il convient de noter que ce rapport de force est valable et pour les médias publics que pour les médias privés. La dépendance financière de l’entreprise médiatique traduit la logique de ce rapport, d’autant plus, le but recherché par les décideurs c’est de maintenir le déséquilibre qu’engendre ce rapport.

Il importe aussi de rappeler que les médias sont un élément constituant des appareils idéologiques de l’Etat. A cet égard, d’une manière ou d’une autre, ils défendent la position de l’Etat, donc du pouvoir politique et ce au détriment de la classe moyenne qui constitue la cible principale que l’élite politique berne sans cesse. C’est pourquoi, les critiques contre les manigances de cette puissante-triple-alliance :

« Dénoncent les dérives des industries de la communication au niveau mondial et l’impact général des techniques sur les rapports sociaux. Les nouveaux services ne changent rien et constituent les « camisoles de demain ». Toutefois une lutte peut être menée pour libérer les sociétés de cette emprise finalement idéologique, autant qu’économique, technique et politique. Sur le plan international, les idéologies de la société de l’information ne sont que les alibis d’une nouvelle division internationale du travail qui renforce la domination du Nord sur le Sud ».

Dans cette même perspective, l’on pourrait dire que les médias ont pour rôle d’offrir des cibles aux annonceurs en transformant, l’exemple de la télévision, les téléspectateurs en consciences humaines disponibles à la consommation d’une maniéré inconsciente d’un produit, d’une idéologie, d’un point de vue, d’une marchandise pour ne citer que ces exemples. Pour étayer notre hypothèse, nous introduisons les propos de Patrick le Lay, PDG de TF1 en 2004 :

« Il y’a beaucoup de façon de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réalistes : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider coca-cola, par exemple à vendre son produit. Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible. C’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à coca-cola, c’est du temps de cerveau humain disponible »

Cette citation semble dévoiler l’ossature des médias, notamment de la télévision qui, en réalité, a une vocation commerciale. Par conséquent, elle tient plus un discours publicitaire qu’humanitaire. Ainsi, le PDG de TF1, l’une des chaines de télévision qui mobilise le plus d’audience parmi les chaines françaises apporte un éclairage sur leur fonctionnement et exhibe leur fonction d’entreprise que d’aucuns s’évertuent de nier pour des raisons financières et existentielles. Certes, ces propos pointent du doigt le fonctionnement de TF1 et des médias.

Mais, des interrogations se posent à l’esprit critique. Quelles sont les motivations d’une telle déclaration ? N’était-ce pas une façon d’agir sur le pathos des téléspectateurs ? Quoi qu’il en soit, Patrick le Lay dévoile l’ambition première des médias que beaucoup tente de camoufler, ce qu’il passait sous silence. Cet aspect de sa déclaration retient notre attention et nous nous en arrêtons-là. Ici, c’est la visée de « captation » qui est dévoilée « qui s’inscrit plutôt dans une logique marchande, celle qui exige que, dans une économie de marché, l’organe d’information puisse vivre (financièrement parlant), et attirer le plus grand nombre de consommateurs ».

Ainsi, ce serait utopique de croire à une quelconque transparence de l’information, dans la mesure où elle est considérée par l’entreprise médiatique comme une marchandise et donc soumise aux contraintes du marché.

1.1 Le cas de la Télévision

Nous avons précédemment essayé d’esquiver le fonctionnement des médias pour mieux comprendre l’orientation de l’action médiatique, le traitement de certaines informations et la motivation non-dit de certains journalistes à la quête de l’information au péril de leur vie.

Nous partirons des évènements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis pour montrer la manière dont ces attentats sont traités et le seront dans le futur au sujet du terrorisme. Les attaques contre les tours jumelles de New York ont été l’objet d’une forte médiatisation par les médias occidentaux, notamment dans les chaines de télévision. Ces dernières ont interrompu leurs programmes pour relayer en boucle les images de ces attentats contre les « deux tours jumelles, véritables monuments historiques symbolisant toute la puissance financière et commerciale de l’Amérique »

A cet effet, TF1 a interrompu son téléfilm « Le mari d’une autre » et ses publicités pour diffuser l’information en permanence toute la journée. La couverture médiatique de ces attaques ne laisse aucun doute sur la subjectivité dont fait objet le traitement de l’information. C’est légitime pour certains, mais le manque d’objectivité dans la description des faits inscrit en porte-à-faux les définitions habituelles qui seraient attribuées aux médias. Ainsi, les conséquences de ces attaques ne se furent pas attendre.

C’est la guerre en Irak, contre Saddam Houssein que l’on accuse de vouloir se doter des armes de destruction massive et surtout de soutenir les terroristes. Cette attaque va servir d’alibi à l’administration Bush d’engager des guerres sur d’autres fronts sous l’argument fallacieux de lutte contre le terrorisme à des fins essentiellement économiques et pétrolifères. Cette motivation économique a poussé la France au Nord du Mali pour sauver ses intérêts menacés dans la sous région. Mais, l’intervention militaire française est légitimée par la lutte contre les jihadistes.

Cette opération du nom de Serval a été saluée unanimement par le peuple malien et par une grande partie des africains grâce au rôle des chaines de télévision française qui se sont mobilisées durant dix mois pour préparer l’opinion à une éventuelle intervention militaire. En effet, dans cette lutte contre le terrorisme, la télévision joue un rôle considérable en usant de sa capacité mobilisatrice et d’influence sur son audience. Elle prépare psychologique son audimat à une intervention militaire dans une zone supposée abritée des terroristes.

C’est par une manipulation de l’information qu’elle va légitimer la présupposée lutte contre le terrorisme alors que les motivations sont purement économiques et géostratégiques. Cette complicité entre les journalistes et les pouvoirs politiques ne date pas d’aujourd’hui. A cet égard, Dominique Walton écrit sans détour dans un autre contexte que :

« Cette guerre s’est faite sur fond de contentieux lourd, et parfois implicite, entre les journalistes, les hommes politiques et les militaires, et dont la cause directe est le Viêt-Nam. Enfin, il s’agit d’une guerre faite au nom du droit, par une coalition de vingt-neuf nations agissant sur mandat de l’ONU, l’omniprésence des médias symbolisant en quelque sorte cette dimension démocratique. »

De là, nous pouvons nettement voir les relations étroites que les pouvoirs politiques entretiennent avec les journalistes qui reprennent les discours officiels dans les journaux télévisés donnant ainsi une information biaisée du conflit. Nous voulons montrer par ce lien que la télévision participe activement à la guerre en servant de support à la guerre médiatique et idéologique qui sont des éléments indispensables pour triompher face à « l’ennemi ».

Pour ce faire, l’administration américaine détient un dispositif impressionnant de propagande qui est « chargé de donner au monde la version américaine des évènements. [Il a] justifié l’invasion de Grenade, celle du Panama et les préparatifs de la guerre dans le Golfe ». Et plus tard celle contre l’Irak et l’Afghanistan.

Les pouvoirs politiques occidentaux n’ignorent pas les redoutables effets des images retransmises par les télévisions lors des conflits sur les téléspectateurs. La « nécrophilie » de la télévision sur les attentas du 11 septembre en est une parfaite illustration. En montrant à l’opinion américaine et internationale des cadavres, des ruines des tours jumelles, Georges W. Bush se préparait à une guerre contre le terrorisme dans le monde.

Les images de violences diffusées par les chaines de télévision occidentale témoignent de cette complicité. L’efficacité de cette stratégie explique la propension des chaines de télévision a diffusé des spectacles dramatiques dans le but de créer un mouvement de solidarité à l’endroit des victimes et des mesures qui sont prises par les pouvoirs politiques. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les images diffusées par France 24, France 2 et Tv5 Afrique montrant des maliens amputés et des femmes lapidées par les groupes islamistes.

Les Etats-Unis sont les premiers consommateurs dans le monde de pétrole et leur approvisionnement énergétique dépend de l’extérieur. Les attaques non-fondées contre l’Irak s’inscrivent dans une stratégie pétrolière mais ce fait est passé sous-silence et camouflé par les télévisions.

En rentabilisant la lutte contre le terrorisme dans le moyen orient, une zone extrêmement riche en énergie, les groupes industriels propriétaires les médias signeraient des clauses secrètes avec l’administration américaine. Ainsi donc, après la guerre menée dans les pays où, disent-ils, se trouveraient des groupes terroristes, les Etats-Unis passent à la deuxième étape qui est la première motivation des guerres engagées au nom de la lutte contre le terrorisme à savoir le contrôle du secteur de l’économie.

L’exemple irakien en est une parfaite illustration au sens où les marchés de reconstruction seront attribués aux partenaires médiatiques, économiques et industriels engagés à leur coté. Par ailleurs, nous assistons au même scénario avec l’intervention militaire française au nord du Mali pour à la fois des raisons géostratégiques mais surtout dans l’intention de sécuriser l’approvisionnement de la France en uranium au Niger qui fournit 50% de l’uranium utilisé dans l’Hexagone en partenariat avec la géante compagnie française Areva.

II Les stratégies discursives

2.1 La Désinformation

La manipulation de l’information en vue d’agir sur l’opinion est une pratique courante en temps de confit. Elle consiste à diffuser de fausses informations, de fausses images pour accroître l’adhésion de l’opinion nationale et internationale en les poussant à accréditer la thèse, la version des faits des décideurs politiques. Cette pratique consiste à manipuler l’opinion publique à des fins politiques et économiques. L’exemple de la télévision en est une parfaite illustration pour tromper les masses. Pour ce faire, toutes une stratégie discursive est déployée pour parvenir aux objectifs souhaités par les puissances occidentales.

Dans les jours qui ont suivi les attentats du 11septembre 2011, les chaines de télévision occidentale, par la répétition incessante, ont préparé psychologiquement l’opinion américaine et internationale à une guerre contre « l’ennemi ». Dominique Wolton montre clairement l’instrumentalisation qui en est fait lorsqu’il écrit :

« A ouvrir les journaux télévisés avec ces évènements, à les placer en Unes des journaux et à la répéter en boucle, il se produit un effet de focalisation et de grossissement de la nouvelle qui envahit le champ de l’information donnant l’impression qu’elle est la seule digne d’intérêt, et assignant le téléspectateur de la télévision, l’auditeur de la radio ou le lecteur du journal à devoir s’intéresser, s’émouvoir, voire compatir. La répétition en boucle d’une catastrophe, d’une prise d’otages, d’un attentat, de quelques cas d’affection virale, d’actes de révolte, etc. finit par essentialiser ces nouvelles, supprimant la possibilité de les recevoir avec esprit critique »

Cette citation démontre clairement l’effet recherché par les médias en se focalisant sur un évènement quelconque. S’agissant du terrorisme, l’objectif c’est de vendre les attentats et d’en faire une marchandise en faisant naître chez les téléspectateurs le sentiment qui assignerait au phénomène d’une importance capitale et vitale. De plus, le téléspectateur se voit impliquer d’une manière directe ou indirecte aux conséquences qui en découlent et de ce fait il va s’associer à toute action devant l’endiguer.

C’est la même stratégie adoptée par les chaines de télévision française sur la crise qui sévit au Mali lorsqu’elles diffusent des images devant susciter la peur de ses habitants et en avançant l’idée selon laquelle que la présence des groupes terroristes est une menace pour la stabilité de la sous région.

Par ailleurs, la stratégie consiste à agir sur le pathos de l’opinion en endormant son esprit critique pour atteindre ses émotions afin que la réception des fausses informations soit favorable. Ce qu’il faut retenir est que les émissions et journaux télévisés ont pour ambition de véhiculer un discours, celui des grandes puissances. Ainsi, la télévision est utilisée comme un outil de propagande et de manipulation.

En effet, dans cette lutte contre le terrorisme, les télévisions occidentales diffusent des images en vue de diaboliser l’adversaire. Les exemples les plus illustratifs sont les séries de reportage que les chaines de télévision ont consacré à ce que les pouvoirs politiques américains appellent le leader numéro 1 du terrorisme à savoir Ben Laden.

La diabolisation de ce dernier par les médias, particulièrement par les chaines de télévision avait pour effet de faire croire aux téléspectateurs que c’est une guerre contre « l’axe du mal » pour reprendre le terme de George W. Bush. Donc cette guerre contre le mal serait légitime et le contribuable américain doit participer à son éradication dans la mesure où, il en va de soi pour sa propre sécurité.

La présentation de Ben Laden comme un être insaisissable évanescent dans la nature au moment où on croit le saisir s’inscrit dans cette stratégie discursive et manipulatrice. A travers une description exagérée digne d’un film holywoodien, un faux portrait de Ben Laden est peint pour ainsi donner une image héroïque et positive à Bush, le héros supposé donnait une réponse à Al Qaida et son chef.

Il faut rappeler qu’au fil de l’histoire, « l’administration américaine a toujours adopté cette stratégie de manipulation du public américain afin de lui faire financer des dépenses militaires en constantes augmentation, et des guerres périodiques qui profitent à la trésorerie des grandes entreprises »

Et la description faite par les médias français des groupes islamistes abonde dans ce sens dans la mesure où ces derniers sont présentés comme ceux qui font régner la terreur dans la région du Nord Mali, notamment à Tombouctou, Kidal et Gao par l’application de la charia .

2.2 Le Pathemique

Nous rappelons au préalable que nous avons emprunté le terme « pathemique » à Patrick Charaudeau pour traiter du pathos dans la télévision. En effet, la pathemisation télévisuelle est une stratégie discursive qui consiste à viser l’affect, les émotions en faisant toute abstraction à l’intellect du téléspectateur. Elle est fortement utilisée dans les campagnes de désinformation télévisuelle auxquelles se livrent les chaines de télévision, notamment dans la lutte contre le terrorisme.

Les attentats sont des pains bénis pour mettre en place ces stratagèmes devant justifier et légitimer auprès de l’opinion les actions militaires à l’échelle internationale. Pour ce faire, les journalistes privilégient la répétition des images dramatiques qui auront pour effet de déclencher la charge émotionnelle et la fonction cathartique du téléspectateur.

En effet, l’exhibition de la violence suscite la peur et cette dernière est considérée comme une incitation à l’acte. L’acte, ici, c’est l’adhésion à la thèse officielle et aux recommandations qui accompagnent le discours en faisant naître des émotions et l’état d’esprit souhaité. Ainsi, l’administration Bush, en représailles contre les attentats du 11 septembre, n’a pas eu du mal à mobiliser l’opinion américaine et internationale pour l’envoi des troupes de la coalition en octobre 2011 en Afghanistan où se trouverait la base territoriale d’Al-Qaïda.

Certes, le pathos est l’un des concepts élaboré par Aristote depuis l’Antiquité grecque qu’il a défini comme « langage-action » qui consiste à convaincre par la stimulation de l’émotion. Mais pour nous éclairer sur le phénomène pathemique et ses visées nous nous referons à Patrick Charaudeau qui écrit à cet égard : « Ainsi peut être repérée une double énonciation de l’effet pathémique [est] [l]’énonciation de l’expression pathémique, énonciation à la fois élocutive et allocutive qui vise à produire un effet de pathémisation soit par la description ou la manifestation de l’état émotionnel dans lequel le locuteur est censé se trouver (..).

Une énonciation de la description pathémique, énonciation qui propose à un destinataire le récit (ou un fragment) d’une scène dramatisante susceptible de produire un tel effet »

Nous pouvons nettement voir dans cette citation que la pathemisation est utilisée à des fins persuasives. Elle a un énorme impact émotionnel sur l’auditoire. C’est pourquoi, dans certains cas de figure, notamment dans la lutte occidentale contre le terrorisme, elle est l’instrument médiatique qui permet de légitimer les arguments politiques d’une manière fallacieuse. L’opération consiste à dire exactement ce que le locuteur veut entendre. Autrement dit, essayé de pénétrer dans son psyché pour éveiller ses passions empêchant ainsi l’allocutaire de percevoir l’événement avec esprit critique.

En effet, le phénomène du terrorisme a été couvert tel quel par les médias occidentaux, notamment dans les chaines de télévision américaine et française en montrant des images sélectives des victimes, des enfants, des femmes et des vieillard afin de produire un effet « pathemique » dans l’opinion occidentale et internationale.

Conclusion

Apres avoir tenté de démontrer que les médias sont des entreprises en créant des phénomènes qu’ils rentabilisent au profit des groupes industriels, nous sommes à même de dire que la fonction informative dans le jeu démocratique s’étiole progressivement. Et comme toute entreprise contrainte aux règles de l’économie, les médias vendent l’information et leur audimat au plus offrant. Ainsi donc, ils agissent pour le bénéfice de l’élite dominante et du pouvoir.

En effet, le phénomène du terrorisme est traité par les médias occidentaux dans une perspective de rentabilisation. La guerre que les pays occidentaux mènent sous l’égide des Etats-Unis n’est autre qu’une stratégie économique et géopolitique au niveau international, particulièrement dans le moyen orient.

Ainsi, l’opinion publique est manipulée par les médias. Ces derniers usent de stratégies devant permettre aux élites politiques avec la complicité des grandes entreprises de duper l’audimat dans ce qu’ils appellent la guerre contre le terrorisme dans le monde. En effet, le pathemique et la désinformation sont devenus des armes que les chaines de télévision usent pour déstabiliser les adversaires des grandes puissances, notamment dans la guerre contre le terrorisme.

Ndiaye Kane Sarr,
étudiant-chercheur au Maroc


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