Les mots de Boko Haram (1/2) : les prêches de Mohammed Yusuf sur le « djihad obligatoire »

boko haramFigures régionales du prêche au début des années 2000 dans l’Etat de Borno, au nord-est duNigeria, Mohammed Yusuf et Abubakar Shekau sont les deux principaux concepteurs et promoteurs du discours politico-religieux qui a façonné l’idéologie de Boko Haram. Revenir aux paroles des leaders permet d’éclairer la genèse, l’évolution et l’agenda de cette secte religieuse devenue aujourd’hui un groupe « terroriste » qui menace la stabilité de toute la région du lac Tchad.

L’ouvrage de Mohammed Yusuf, Hādhihi ‘Aqīdatunā wa-Manhaj Da‘watinā [Notre doctrine et nos méthodes de prédication], est l’unique production écrite émanant directement du mouvement. C’est également le texte fondateur et la base idéologique de Boko Haram, principalement inspirée du wahabisme et du salafisme.

Disciple du populaire et respecté cheikh nigérian Ja’afar Mahmud Adam, Yusuf s’est progressivement libéré de sa tutelle pour développer sa propre doctrine.

Au retour d’un exil volontaire en Arabie Saoudite en 2005, Yusuf devient un prêcheur « free-lance«  particulièrement prolixe, dont le fief est Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno, où il officie dans une petite mosquée attenante à sa maison. Il baptise le lieu « Markaz [centre] Ibn Tamiyya », du nom du célèbre théologien salafi du XIIIe siècle.

Ses prêches virulents, sa prose radicale et ses critiques des politiques séduisent. Si des centaines de personnes fréquentent son centre et des milliers d’autres l’écoutent, c’est que l’homme un brillant orateur, particulièrement charismatique.

A cette époque et jusqu’à la mort de son leader en 2009, le mouvement n’a pas de nom officiel. Il est appelé Yusufiyya soit « l’idéologie de Yusuf ».

  • Prêche donné en 2006 à Maiduguri

Mohammed Yusuf prononce ce sermon après les manifestations de protestation qui, au Nigeria, ont suivi l’affaire des caricatures de Mahomet publiées au Danemark.

Il insère dans son discours des références internationales : il cite Guantanamo et fait allusion aux sévices infligés par l’armée américaine aux détenus de la prison d’Abou Graib, en Irak.

Les références à l’Irak et à la Palestine sont des outils classiques de la rhétorique djihadiste. Yusuf les utilisent de manière ponctuelle, car il sait ces exemples éloignés des réalités des populations nord nigérianes, mais les manipule habilement en les mettant en résonance avec les injustices vécues localement, faisant ainsi naître un sentiment d’indignation à vocation collective, qui impliquerait l’ensemble de la communauté des croyants.

Ce discours, relativement ancien, éclaire les actes de violence dans lesquels le groupe s’illustrera quelques années plus tard : assassinats ciblés, violences contre les Chrétiens, attaques de bars où sont diffusés les match de football.

[A propos des mécréants] « Une fois qu’ils ont le pouvoir, une fois qu’ils ont le contrôle, ils n’ont pas de pitié, ils n’ont pas de pardon.

[…]

C’est pourquoi il ne faut pas baisser les armes. Dieu a dit, il faut toujours sortir avec vos armes, cachez-les. Dieu ne vous a pas dit d’abandonner les armes.

Parce que, eux, s’ils ont le dessus sur vous, ils ne vont pas vous épargner.

Il ne faut pas les aimer, il ne faut pas leur montrer l’amour mais leur montrer votre opposition.

Quand le Prophète a été chassé de Médine, c’était les mêmes gens, les mêmes mécréants. Ce sont les mêmes qui ont chassé le Prophète de Médine qui aujourd’hui font des caricatures du Prophète.

Pourquoi tu vas aimer ces gens-là ? Parce qu’ils jouent bien au foot ? Quelqu’un qui ne porte pas Allah dans son cœur, toi tu portes un maillot avec son nom dessus ? Comme Ronaldo ? Pourquoi tu vas aimer ces gens-là ? Parce qu’ils font de la politique ? Parce qu’ils font des films ?

Comment imaginer qu’il y ait des musulmans à Guantanamo ? En Irak, les gens ont été humiliés chez eux, dans leur propre pays. Eux qui ont construit leur pays, on les oblige à se mettre à quatre pattes, on les dénude et on les force à se faire prendre par un chien. Vous imaginez ?Déshabiller une femme et la forcer à se faire prendre par un chien ! Face à ce genre d’humiliations tu peux te taire ? Tais-toi, mais le jour du jugement dernier, tu auras des comptes à rendre à Dieu.

Même face aux pires attaques il ne faut pas reculer. On a infligé des supplices aux prophètes mais ils n’ont pas reculé.

[…]

Avant, les musulmans étaient frappés, piétinés. Tous ces gens ont subi ces humiliations. Ne soyez pas étonnés qu’un jour, votre Mallam [maître coranique, il parle ici de lui-même] soit arrêté et frappé, ça peut arriver.

Source: Le Monde Afrique

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