les rafles des étrangers, Aziz contre ?

Les opérations coup de poing orchestrées à Nouakchott et à Nouadhibou contre les étrangers, de peau noire hélas, nous interpelle à plus d’un titre. C’est le signe que les courants sécuritaires du régime Mohamed Abdel Aziz ont pris le dessus sur les courants réformateurs.

Dia El Hadj IbrahimaLe président Aziz lui-même, indéniablement modéré, est otage d’un système d’intérêts opaques dissimilé derrière une arabité à bon dos, beaucoup plus puissant que lui. En est-il conscient ? Des nombreux signaux qui nous parviennent du palais gris, nous pensons que oui.

Le bon Général qui voulait changer les choses est désormais obligé à faire de la stratégie pour contourner les nombreux obstacles qui se dressent sur son chemin. Le militaire rompu aux enseignements de l’académie royale de Meknès sait mieux que quiconque que l’art suprême de la guerre consiste à vaincre sans combat.

Aussi, après avoir essayé de vaincre les forces irréductibles de l’ancien régime par la lutte contre la gabegie, le voilà obligé de cohabiter et de ménager la chèvre et le chou. Parlant Wolof sans accent et Poular sans conviction ( avec un accent à couper au couteau), le chef de l’Etat est partisan de l’ouverture et du dialogue. Combien de fois, nous a-t-on rapporté, il lui est arrivé de sermonner de hauts sécurocrates, les enjoignant de laisser les citoyens vaquer à leurs occupations.

A force de lutter contre l’inertie, le président serait aujourd’hui découragé, tenté de laisser faire. Nous lui dirons cependant, fort de notre rôle légitime de média indépendant, ceci : «monsieur le président, si vous ne changez pas le système, le système vous change». Sortez des sentiers battus, allez plus loin que vos propres exigences et osez affronter le monstre. Notre Mauritanie est un pays qui doit vivre en harmonie avec ses voisins du Nord comme du Sud.

L’on ne peut couper ce beau pays du Maroc comme il serait vain de le séparer du Sénégal. Nous avons là une chance unique de faire la jonction entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire. Au lieu de nier le métissage, la communauté de destins, nous devons, monsieur le président, imiter le sage exemple du Liban, qui s’est enrichi en étant l’interprète entre les émirs et les cadres anglo-saxons.

A l’intersection des deux mondes, la Mauritanie aura plus de facilité à profiter des opportunités offertes qu’à s’enfermer dans un mythe fondateur obsolète, dans une dictature des origines castratrice, qui fera certes le bonheur de quelques extrémistes, mais hélas pas celui des citoyens.

C’est en ayant foi en l’avenir que nous avons voulu dans ce numéro, aborder l’un des sujets les plus complexes de l’histoire récente de la Mauritanie : le passif humanitaire et son lot de questions dont la plus fondamentale, la plus incontournable et la plus explosive se résume en ces quelques mots : Taya sera-t-il jugé par la CPI ou par une cour mauritanienne ?

D’emblée, nous disons à ceux qui pensent que l’oubli est la meilleure solution, que le pardon sans la justice est possible, que nous ne sommes pas de leur bord. Bonne lecture.

Dia El Hadj Ibrahima

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