L’espérance déçue

Ah, la reconnaissance internationale… L’obsession de tout putschiste, surtout quand il se sait, lui-même, illégitime. Notre raïs de telle extraction s’était donc fâché, tout rouge, en parcourant le courageux ouvrage (1) de Mohamed Saleck Ould Mohamed Lemine, relatant son expérience ould saleckgouvernementale sous Sidioca, au poste de ministre des Affaires étrangères. Il ne s’y montrait guère tendre, pour le BASP et son chef de l’époque…

Si le contraire eût été étonnant, ce fut largement suffisamment pour initier, chez le général défroqué, une de ces rancunes compulsives et obtuses qui font son originalité et défont, parfois hélas, les plus méritées éminences.

Mais l’ancien ministre est coriace. Dans les papiers de l’ONU dès la fin des années 80, il y représenta la Mauritanie en divers organismes internationaux, nageant, notamment et avec aisance, dans les eaux du lac Léman (Suisse), une bonne dizaine d’années, avant de rejoindre le gouvernement de Sidioca. Après le putsch d’Ould Abdel Aziz, c’est tout naturellement qu’il retrouve poste à l’Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, après diverses missions diplomatiques pour le compte de l’Organisation de l’Union Africaine, sise, elle-aussi, à Genève. C’est dire qu’en dépit de l’ire incandescente d’Ould Abdel Aziz, les Suisses et leurs hôtes ne sont guère prêts à mettre le feu au lac.

Mais ce ne sont pas les tentatives pour les pousser en ce sens qui font défaut. La dernière en date est signée Cheikh Ahmed Ould Zahaf, l’actuel ambassadeur extraordinaire de la Mauritanie en Suisse. Fidèle à ses méthodes reptiliennes, il s’est adressé, via son autre poste de chef de la mission permanente de la Mauritanie auprès de l’Office des Nations Unies à Genève, à une ONG africaine bien implantée au bord du lac –  « le Comité international pour le respect et l’application de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples » – animée par des réfugiés politiques congolais, en leur demandant de « suivre » Mohamed Saleck de près et de tout faire pour lui porter préjudice.

Zahaf comptait, pour l’entière collaboration de cette ONG, sur les amabilités du pouvoir mauritanien actuel envers celle-ci, invitée plusieurs fois par an, à Nouakchott, depuis son premier séjour, en 2009, en tant qu’observatrice de l’élection présidentielle. Mais l’apprenti diplomate a une bonne dizaine d’années de retard, sur son Excellence Ould Mohamed Lemine qui connaît, fort bien et de longue date, les dirigeants de ladite organisation. « Affligés et peinés, en tant qu’africains », ceux-ci lui ont fait part de l’étrange requête de l’ambassadeur vraiment très extraordinaire d’Ould Abdel Aziz, heu, pardon, de la Mauritanie. Chou blanc, donc…

Bravo, général ! C’est avec ce genre de méthode que vous l’obtiendrez, si ce n’est déjà fait, la reconnaissance internationale de votre génie spécifique, l’obtusion d’esprit, rancunière et rusée, tenace et compulsive. Légitime-t-elle votre pouvoir sur la Mauritanie ? Nous croyons en la  démocratie : vous avez, donc, même le droit de vous enorgueillir ; vos soutiens, opportunistes et prudents, celui de vous le faire croire ; mais, au-delà de ce petit cercle et des politesses diplomatiques, il est assez probable que cette espérance soit, elle aussi déjà, irrémédiablement déçue…

feylili

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