L’état des Droits de l’Homme en Mauritanie : réponse à l’émission « Pleins Feux »

(CNDHMauritanie Droitshumains: Ancienne victime des violations massives des Droits de l’Homme en Mauritanie sous le régime de Maouaya Ould Sid’Ahmed Taya, j’ai pris l’engagement de me métamorphoser pour devenir un Défenseur et Activiste des Droits de l’Homme.
Comme vous, j’ai suivi avec intérêt l’émission « Pleins Feux » sur la chaîne de télévision privée mauritanienne, Al Wataniya, et le débat entre Mme Irabiha Mint Abdel Wedoud, la Présidente de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) et le Dr. Alassane Dia du Mouvement TPMN.
Cette émission était consacrée à la question des Droits de l’Homme en Mauritanie. Mon objectif ici n’est pas de critiquer les prestations des uns et des autres mais plutôt de reposer le débat à l’abri de toute polémique. Je pense que les Mauritaniennes, les Mauritaniens, et toutes les personnes « imbibées » de justice en Mauritanie (pour ne pas dire imbues de Justice), le méritent car la question des Droits de l’Homme transcende les querelles de cases, de personnes, et de personnalités.
Je n’ai pas encore eu la chance de rencontrer Dr. Alassane Dia ou Mme Irabiha Mint Abdel Wedoud. J’ai vu cette dernière de loin; c’était au siège des Nations-Unies à New York au mois de Décembre 2013. J’étais avec mon ami Biram Dah Abeid, Président de l’Initiative pour la Résurgence du Mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA-Mauritanie) qui devait recevoir le Prix des Nations Unies pour les Droits de l’Homme 2013 avec d’autres personnalités du monde : Hiljmnijeta Apuk du Kosovo, Liisa Kauppinen de la Finlande, Khadija Ryadi du Maroc, et Malala Yousafzai du Pakistan.
Mme Irabiha Mint Abdel Wedoud, la Présidente de la Commission Nationale Mauritanienne des Droits de l’Homme (CNDH) était envoyée par les autorités mauritaniennes pour s’opposer à ce geste de reconnaissance de la Communauté Internationale ; une présidente d’une Commission Nationale des Droits de l’Homme qui s’oppose à ce que son compatriote reçoive une distinction pour ses actions en faveur des Droits de l’Homme ; quelle Ironie! C’est plutôt l’image que j’ai gardé de l’individu. Bien sûr sa mission à New York fut un échec.
Ce cadre établi, revenons à présent à la question du jour. En effet, pour comprendre l’état des Droits de l’Homme dans notre pays, je pense qu’il serait nécessaire, d’abord, de définir ce concept de Droit de l’Homme et les contours de son cadre juridique pour ensuite savoir est ce que notre pays évolue à l’intérieur ou à l’extérieur de ce prisme juridique.
C’est, à mon avis, seulement en procédant de la sorte qu’on pourra répondre, de manière juridique et objective, à la question du jour : l’état des Droits de l’Homme en Mauritanie.
Je précise toute de suite que je ne suis pas un juriste de formation mais plutôt quelqu’un qui, par la force des choses, a étudié la question des Droits de l’Homme dans le cadre de son travail et a consacré une bonne partie de ces dix dernières années à servir des hommes, des femmes et des enfants victimes de violations des Droits de l’Homme de par le monde.
Ceci étant dit, qu’est qu’on entend par « Droits de l’Homme » ou « Droits Humains»? Disons que s’il est assez simple de comprendre et définir le terme « homme » ou « humain », il est beaucoup plus difficile de définir le terme « droit ». La définition élémentaire de ce dernier terme « droit » est simplement un « privilège ». C’est en effet cette définition qu’on retrouve dans la plupart des dictionnaires.
Le terme « droit humain » est un droit fondamental accordé à tout être humain, simplement parce qu’il est d’abord un être humain. Cela veut dire qu’aucun autre facteur ne doit être pris en considération dans le traitement de l’individu. Compris dans ce sens, vous serez d’avis avec moi, je l’espère, qu’un « droit humain » est plus qu’un privilège car un privilège on peut l’accorder ou le retirer alors que le droit humain est un droit inaliénable.
C’est un droit qui permet à l’individu d’être, de faire et d’avoir. En des termes encore beaucoup plus simples, disons que c’est un droit qu’on naît avec, qui nous guide, qui nous talonne et qui nous couvre durant toute notre vie sur terre, et même à la sortie de ce monde.
L’individu est couvert par la force de ces droits humains, quelles que soient les conditions sociales de sa naissance et quelle que soit la gravite de son crime. Voilà pourquoi on accorde des avocats à des génocidaires, à des dictateurs, à des génocidaires, et à des violeurs même si leur culpabilité est préétablie par la force des preuves à présenter devant un juge ou un jury. Et même lorsqu’on exécute un criminel, son corps est traité avec respect parce qu’il est d’abord et surtout un être humain.
Pourquoi cette nécessité de garantir à tout être humain ces droits? La réponse est simple ; l’objectif est d’établir un dénominateur commun. Cela veut dire quelque chose que nous avons tous et que nous sommes tous ; c’est ce que le Coran dirait « Benii Adama ». C’est la meilleure formule pour garantir l’harmonie des peuples, la tolérance, et la cohabitation en dépit de tous les facteurs post-naissance qui militent à nous différencier et à nous dresser les uns contre les autres.
La plupart des maux de nos sociétés humaines, et là c’est l’historien qui vous parle, découle justement de cette fausse croyance que certains parmi nous sont au-dessus des autres. Cette stratification sociale a engendré une stratification des droits, et cette dernière a codifié les injustices sociales pour les perpétuer.
C’est donc pour palier à cela que les Nations Unies ont vulgarisé ce concept de droits humains. Il s’agit d’une compilation de 30 droits humains que vous pouvez lire dans la Déclaration Universelle des Droits de l’homme disponible en ligne. Cette Déclaration a été signée le 10 Décembre 1948 par 48 pays.
C’est une réponse humaine et internationale au barbarisme de la Seconde Guerre Mondiale. La majorité des pays Africains était encore colonisée. La Mauritanie, après son Indépendance a adopté certains aspects de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais l’esclavage ne fut interdit en Mauritanie qu’en 1981 par le décret présidentiel No. 81234.
Pour les besoins de ma réflexion, je citerai quelques articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme pour montrer que la Mauritanie ne respecte pas ses engagements internationaux.
L’article Premier de cette déclaration dit : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». La majorité des Noirs en Mauritanie est constituée encore d’esclaves et ces esclaves n’ont pas les mêmes droits et les mêmes opportunités que les autres citoyens.
Article 4 « Nul ne sera tenu en esclavage ni en servitude; l’esclavage et la traite des esclaves sont interdits sous toutes leurs formes ». Eh bien le Rapport Global Slavery Index de 2014 estime qu’il y’a 155, 600 esclaves en Mauritanie et ajoute que 4% de la population du pays sont maintenus sous le joug de l’esclavage.
Cela veut dire que la Mauritanie est en violation flagrante de l’article 4 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme. Global Slavery Index a donné à la Mauritanie une note d’échec dans tous ces domaines : lutte contre l’esclavage, droits de l’homme, stabilité de l’état, discrimination, et développement.
Article 5 « Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ». Amnesty International souligne dans son rapport de 2008 que la torture est un mode vie en Mauritanie. Ce rapport fait suite à une visite de la prison de Dar Naim à Nouakchott et le Rapporteur d’ajouter : «…le spectacle est incroyable…et nous ne pouvions même pas accéder à certaines cellules tellement le nombre de prisonniers est excessif ».
Biram Dah Abeid a séjourné dans cette prison en 2012 et plusieurs militants des Droits de l’Homme y croupissent encore. Cela veut dire que la Mauritanie est en violation flagrante de l’article 5 de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme.
Article 15 « Tout individu a droit à une nationalité…Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité » Eh bien toutes les personnes déportées ont été privées de leur nationalité et des milliers de Mauritaniens sont aujourd’hui encore privés de leur nationalité au Sénégal, au Mali, en France et même aux Etats-Unis.
L’article 17 « Toute personne, aussi bien seule qu’en collectivité, a droit à la propriété…Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété ». Et pourtant les expropriations des terres des Noirs dans le sud du pays sont une réalité quotidienne. A Donnay, les populations se sont vues interdire d’enterrer leurs morts sur leurs terres.
L’article 19 « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ».
Le jugement, l’emprisonnement, et la condamnation à mort du jeune Mohamed Cheikh Ould Mohamed dit Ould Mkheitir sont là pour montrer une autre violation. Et pour la première fois de l’histoire de l’humanité, une Commission Nationale des Droits de l’homme a, par les mains de sa présidente, Irabiha Mint Abdel Wedoud, applaudi la condamnation à mort d’un individu. Ce geste, a lui seul, aurait valu le limogeage de cette Présidente car elle est incapable de représenter les Droits de l’Homme dans son pays.
L’article 20 « Toute personne à droit à la liberté de réunion et d’association pacifiques ». C’est exactement ce que faisaient Biram Dah Abeid, les éléments d’IRA, Kawtal, et des autres organisations. Et pourtant ils sont aujourd’hui en prison en violation de l’article 20 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
Et l’article 30 lui précise : « Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant, pour un État, un groupement ou un individu, un droit quelconque de se livrer à une activité ou d’accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés ». Et pourtant c’est exactement ce que la Mauritanie fait à ciel ouvert.
Donc l’état des Droits de l’Homme en Mauritanie est déplorable. Sur les 30 articles de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme- dont la Mauritanie est signataire-la Mauritanie est en violations de près 25 articles ou soit plus 83%.
Quel recours pour les citoyens mauritaniens ? Puisque la Mauritanie est membre de l’Union Africaine, ses citoyens peuvent porter plainte devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples dont le siège est à Banjul, en Gambie. Si on sait que, jusqu’à récemment, le Président mauritanien était le président de cette Union Africaine et Yaya Jammeh, le dictateur de la Gambie, est le gardien du temple de Banjul, alors on comprend vos chances de réussites.
De ce fait, le salut des Mauritaniens qui veulent porter plainte réside dans les mécanismes internationaux onusiens; la procédure à suivre est clairement expliquée dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. C’est cette Déclaration que l’Union Européenne a invoqué pour condamner l’arrestation de Biram Dah Abeid et de ses codétenus dans sa résolution du 18 Décembre 2014.
Dans ma prochaine sortie, je mettrai l’accent sur les solutions et sur le rôle que devrait jouer une véritable Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) car ce que nous avons aujourd’hui en Mauritanie c’est plutôt une Omission Nationale des Droits de l’Homme (ONDH).

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