L’Etat et les états d’âme

états d’âmeLe Président-fondateur (de l’UPR), Chef de l’Etat, au cours de son discours qualifié « d’historique » par ses partisans, a lancé, avec la création des conseils régionaux, les bases d’une meilleure décentralisation. Cette forme d’organisation de la gestion des affaires locales à toujours été une doléance des populations des terroirs, mais aussi une exigence des bailleurs de fonds, soucieux de faire parvenir aux véritables nécessiteux ce qui pourrait l’être comme actions de développement local ou communautaire.

Si cette exigence du développement s’impose aujourd’hui au niveau mondial comme nécessité incontournable, chez nous, en Mauritanie, elle est restée au niveau du concept très abstrait. Au niveau officiel, on a bien voulu donner l’illusion à ceux qu’on appelle aujourd’hui pudiquement « les PTF » (partenaires techniques et financiers) que nous les accompagnions dans leur processus souhaité. Mais, en réalité, nous sommes restés figés sur nos habitudes saugrenues et nos réflexes d’antan.

En effet, le seul fait de confier la décentralisation à un Ministère (Intérieur) qui n’a aucun intérêt à la voir réussir et perdrait ainsi de sa soit-disant autorité et envergure, est un véritable anachronisme. D’autre part, on a créé les collectivités dites décentralisées tout en veillant à garder soigneusement centralisés les moyens et prérogatives.

Cette situation était certes atténuée par un niveau élevé de confiance accordé par le pouvoir central (Président) à ses ministres et Walis. Mais depuis ces dernières années, on assiste à une accentuation de la concentration des pouvoirs au niveau central. A titre d’exemple, pour distribuer des vivres ou des poissons bon marché, les Walis se voient toujours dédoublés par un conseiller du Premier ministre ou du Président qui, souvent, connaissent très peu la réalité locale et les contingences d’une société en profondes mutations mais aussi en manque de repères fiables et stables.

Ceci a eu pour effet indéniable, l’affaiblissement de l’Administration territoriale, en la banalisant par son incapacité à régler (ou prévenir) le moindre problème local, même de détail. Dans un premier temps, au lieu de muer en administration de développement, elle s’est consolée par un rôle sécuritaire « très contrôlée » de ce qu’on appelle communément « là-haut ». Ce fait est gravissime dans notre société où on a banni, délibérément , les autorités traditionnelles qui, il faut le faire connaître, jouissent encore d’un grand respect, et d’avantages conséquents, dans « les pays de la région » auxquels nous aimons tant nous comparer. Ces autorités traditionnelles contribuent significativement à la prévention et au règlement de bon nombre de conflits locaux dans lesdits pays.

Certains événements ayant eu lieu ces derniers jours au Tagant étayent mes arguments et corroborent mon jugement.

En effet, suite à des plaintes de représentants de collectivités bénéficiant des services de la boutique « Emel » de « Bousreywil« , un processus d’enquête est aussitôt enclenché par les autorités administratives. Des missions du chef d’Arrondissement de Elguedya, du chef du service régional du CSA (Commissariat pour la Sécurité Alimentaire) et des autres services civils et sécuritaires concernés, ont été commanditées.

Au vu des compte-rendus et en concertation avec les autorités compétentes, un nouvel emplacement est retenu pour la boutique objet du malentendu communautaire. Le transfert fut fait sans accrocs et les communautés vivaient en symbiose depuis plus de 2 mois fermes.

Mais les choses vont se gâter quand de « hautes autorités », mal informées par des personnes mues par des considérations partisanes et/ou mal intentionnées, sans étude préalable ou appréciation objective de la situation avantages/risques, adressèrent une injonction pour ramener la Boutique à son emplacement antérieur. Les populations riveraines, jugeant que cet acte leur est particulièrement préjudiciable, refusèrent avec véhémence cet acte arbitraire, loin d’être fédérateur, même pas consensuel.

Ils sentirent derrière ce comportement inhabituel d’une administration qui se veut toujours responsable et proche des citoyens, comme l’y incite, à chacune de ses sorties médiatisées, lePrésident de la République des pauvres, les errements d’éléments parvenus récemment à des postes de responsabilités où ils se sentent mal assis, étant en mal criant de popularité. Ils se débattent ainsi dans tous les sens, tel un agonisant, avant de rendre leurs derniers soupirs. Dans leurs « ébats« , ils ne font qu’essayer de fissurer l’unité et l’harmonie de communautés qui vivent en symbiose, dans la sérénité et la quiétude depuis la nuit des temps.

Des centaines de citoyens, armés de leur seule honorable détermination à demeurer dignes devant les petits actes et les petites gens, se sont rassemblées hier à Boussreywil pour dire auHakem de Tidjikja : vous ne déplacerez cette boutique qu’en marchant sur nos corps. Nous respectons l’Administration, la vraie. Celle qui nous aide à organiser notre vie dans cet environnement particulièrement difficile. Un environnement qui nous a appris l’endurance, mais aussi et surtout, à rester digne et fort pour ne pas respecter une administration à la solde d’un « ministrion » et/ou d’un garde retraité.

Le comportement des autorités (Hakems et militaires) fut responsable, en décidant, après contact avec leur hiérarchie , de battre en retraite.

La volonté du Peuple a été respectée. L’Administration s’est conformée, finalement, à une mesure qu’elle avait étudiée sereinement auparavant, sans pression et sans parti-pris.

Ils en sortent tous grandis. L’Administration et le peuple.

L’Administration a retrouvé son rôle d’incarnation de L’Etat et a refusé d’être le reflet des États d’âme d’individus en mal d’ancrage, en optant pour un style qui devra mener, les prochains jours, vers le compromis et le consensus entre ses administrés.

Debellahi Abdeljelil

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