L’Etat-Providence : Une idée qui ne fait plus recette


En cette période de crise, les mauritaniens sollicitent – peut être un peu trop – l’intervention de l’Etat dans tous les problèmes qui se posent à eux. Chaque jour que Dieu fait, des protestations fusent de partout, rappelant au pouvoir des promesses faites, un peu partout, par le président lui-même ou par des ministres de la République.

Des appels qui, en cette période de crise économique, vont tous dans le sens du retour à ce que les citoyens considèrent

comme le rôle de l’Etat-providence. Et il faut dire que le pouvoir contribue, fortement, à ancrer cette idée dans l’esprit des mauritaniens !

De passage à Rosso, au mois de mars dernier, le Raïs avait promis de revenir, en juin, pour «régler tous les problèmes de la ville » ! Depuis, les citoyens qui sont venus nombreux pour l’écouter discourir sur le retour du dernier contingent des réfugiés au Sénégal, le besoin de consolider l’unité national, en passant l’éponge sur le passif humanitaire légué par le régime de Taya, attendent toujours ! Ils vont prendre leur mal en patience mais n’accepteront, sans doute pas, lors de la prochaine visite, que leur requête d’un lendemain meilleur soit encore différée.

L’idée même que « tout va bien dans le meilleur des mondes possibles » est entretenu, chaque nuit et jour, à l’occasion des « jours nuls » de la TVM par un matraquage médiatique des plus débiles : « Emel 2012 », routes, électrification, eau, santé, éducation. Des réalisations énumérées dans une cacophonie indescriptible qui rappelle, malgré tout ce que l’on dit sur la « Mauritanie nouvelle », les vieux refrains de la tayatie.

L’information que livre la TVM fait revivre intensément le mythe de l’Etat-Providence. Pas au sens que l’on donne généralement à cette notion en Occident : L’État-providence bismarckien, fondé en Allemagne par les lois de 1880, «repose sur le mécanisme des assurances sociales, dans lequel les prestations sont la contrepartie de cotisations (il y a prévention du risque maladie, vieillesse et accident du travail pour les actifs uniquement)», ou l’État-providence beveridgien (de Beveridge), qui naît au Royaume-Uni après la Seconde Guerre mondiale, et qui est financé par l’impôt et fournit des prestations uniformes à tous les membres de la société, les prestations ne fournissant en général que des minima assez bas. Mais répondant à cette idée typiquement mauritanienne que l’Etat est une vache laitière !

Sans que l’on s’accorde aujourd’hui à reconnaître que le citoyen trouve vraiment son compte dans la nouvelle gestion de l’Etat, par une juste redistribution des ressources nationales censées avoir été récupérées grâce au tarissement des sources où s’abreuvaient les « budgétivores » de la République, il est clair cependant, qu’il y a une détérioration visible à l’œil nu des conditions de vie des populations. Une situation à laquelle ne peut rien le déni du gouvernement qui cherche, par tous les moyens, à montrer une réalité autre. Exemple de cette propagande étatique tentant de conforter cette idée d’Etat-providence à la mauritanienne : cette reprise effrénée d’un processus de « développement » entamé il y a trois ans et qui donne l’impression d’avoir manqué de « ressources » (au propre et au figuré). A tel point que tout ce que les mauritaniens soutenant le programme électoral du président Aziz citent aujourd’hui, comme réalisations concrètes, tient à la construction de quelques dizaines de kilomètres de bitume à Nouakchott, à l’équipement de centres de santé, à la restructuration, toujours en cours, des « gazra » et à une lutte contre la gabegie au résultat mitigé.

L’idée même que l’Etat est présent partout (et peut tout) est un couteau à double tranchant. Le Premier ministre Moulay Ould Mohamed Laghdaf en a certainement fait l’amère expérience, lui qui, dans ces deux derniers Discours de Politique Générale, a promis le ciel et la terre aux mauritaniens. Sans tenir compte de « l’existant » en matière de ressources propres mais aussi de mobilisation de l’aide qui, par les temps qui courent, est loin d’être une évidence.

Autant dire que ce que le gouvernement présente dans ces médias comme de « grandes réalisations accomplies en si peu de temps » est une goutte d’eau dans un océan de misère ! Même si les autorités prennent toujours soin d’indiquer qu’il y a encore des milliers d’autres localités où l’Etat ne peut intervenir, faute de moyens. Mais l’information est faite de singularités, pas de l’ordinaire miséreux qui est ici la chose la mieux partagée par les mauritaniens.

Cette idée de l’Etat qui vole au secours des populations est aussi évoquée par tous les ministres en déplacement, reprise religieusement par la TVM, avec une idée bien en tête : tout ramener à l’arrivée au pouvoir du président actuel. Ré-exploitant à souhait les malheurs des mauritaniens au cours de la période Taya, avec images des squats et des anciens goudrons à l’appui, la TVM oublie tous les efforts entrepris avant l’arrivée du président Aziz pour ne citer que le moment où, dans le cadre d’un plan de réhabilitation de la cité, les pouvoirs publics avaient commencé à agir sur le moyen et long termes pour venir en aide aux populations. Mais dans son excès de zèle à vouloir présenter le nouvel Etat-providence en Mauritanie, la TVM ne se rend pas compte qu’elle rappelle aux mauritaniens que du temps de feu Moctar, tout était gratuit ou presque. Les malades étaient transportés de l’intérieur à Nouakchott par Air Mauritanie, les élèves des collèges et lycées étaient boursiers sans distinction et on ne laissait pas les citoyens face à la voracité des commerçants.

C’est dire que la transformation actuelle des médias publics en caisse de résonnance pour ne présenter, comme informations, que les activités des membres du gouvernement, est un aveu de faiblesse du pouvoir. Un pouvoir qui sent, peut-être, qu’il y a un réel malaise chez les populations, face à la détérioration de leurs conditions de vie.

Une situation qui ne correspond pas, véritablement, à l’idée qu’on se fait ailleurs de l’État-providence (en particulier le Modèle Français) qui poursuit un double objectif : Un objectif de protection sociale, d’assurances contre les risques et aléas de la vie, mais aussi un objectif de justice sociale, via certains mécanismes complexes de redistribution des richesses.

Par protection sociale il faut ainsi entendre la sécurité sociale (système d’assurance que prend en charge en Mauritanie la CNAM et la CNSS), mais aussi une action sociale et une aide sociale (système d’assistance que joue très médiocrement les ministères de la Famille, de la Santé et le CSA). Mais attention, en Mauritanie, cette protection sociale ne va pas au-delà ! Elle ne désigne pas, comme presque partout ailleurs, le système d’indemnisation, par les administrations publiques, des citoyens victimes des aléas de la vie (comme le chômage, la maladie, les accidents, la vieillesse, le décès d’un parent pour un mineur, etc.). L’Etat (providence) dit tout faire quand il arrive à assurer un minimum de ressources ainsi que l’accès aux besoins essentiels (éducation, santé, eau, nourriture) à tous les citoyens hors catastrophe, guerre ou calamité (qui relèvent, elles, de la sécurité civile). Les objectifs de protection sociale assurés par l’État-providence sont assurés par les politiques sociales.

Et c’est justement, au niveau de ces dernières, que l’on se rend compte facilement du manque d’imagination de nos gouvernants. Même au niveau de l’assistance sociale, rien n’est fait de manière organisée. La non ponctualité de l’aide que livre le Commissariat à la sécurité alimentaire et à l’action humanitaire ne traduit-elle pas cet usage intéressé des moments de détresse des populations à des fins politiques ? Le retard des pluies ou, à l’inverse, les inondations, la hausse des prix ou l’apparition subite d’une maladie animale sont exploités, pernicieusement, à des fins politiques qui font que la conception minimaliste de l’État-providence contredit ces visions et érige en principe fort que rôle et missions de l’État sont cantonnés aux fonctions régaliennes (police, armée, justice), et que tout ce qui est fait en dehors (routes, hôpitaux, écoles) relève d’actes d’exception, d’actions possibles mais non nécessaires. L’Etat-providence en Mauritanie, c’est la mobilisation de toutes les ressources nationales pour un besoin de survie. Du Système et des hommes

Mohamed Sneiba

Source:Elhourriya

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