Lettre ouverte à Monsieur le Président de la République, Son excellence Mohamed Ould Abdel Aziz

president_aziz_a_oualataQuand la SNIM s’écroule, le Président de la république va en villégiature aux Hodhs aux frais des misérables populations.
Monsieur le Président de la République, je me sens poussé par une synergie à accomplir ce devoir impérieux de partager avec vous certaines analyses relatives à la gestion du pays et à son avenir.
Cette contribution certainement très modeste, sera faite dans un style peu littéraire qui n’est autre que celui d’un technicien sans grande prédispositions à la langue de Molière mais qui tient malgré tout à vous exprimer un point de vue citoyen de façon objective, sans parti pris ayant pour seul mobile de s’acquitter de son devoir de citoyen lambda.
Mon intervention portera cette semaine sur la grève de la SNIM et la semaine prochaine sur le prétendu dialogue avec l’opposition.
Je tenterai de relater les sentiments, les préoccupations, les impressions et les aspirations du citoyen ordinaire mauritanien tel que je le côtoie, tel que je l’écoute par rapport à ces deux évènements majeurs qui dominent présentement l’actualité nationale en cette période de vaches maigres.
Je tacherai sans excès subjectif, de mettre en relief les soucis quotidiens qui animent la majeure partie de nos populations concernant les grévistes de la SNIM.
Je suis persuadé que certains me diaboliseront, d’autres me colleront un cliché d’opposant ou tout au moins de postulant aux promotions ou à des prébendes. Bref, « bien faire et laisser braire », comme dit l’adage.
Pour planter le décor de mon message, j’ai dit tout de suite qu’il n’y a rien de tout cela que je viens d’évoquer : je ne suis ni opposant, ni applaudisseur, encore moins candidat aux postes ou à tout autre avantage. Tout court, je suis un humble citoyen soucieux de vous informer très modestement.
Je sais que je prends un risque mais un risque toutefois mesuré car il n’est pas aisé de s’adresser à un président de la République par ce qu’il faut à la fois être en mesure de se faire comprendre sans sentiment excessif tout en choisissant les mots et les termes courtois et décents qui conviennent au rang de son excellence.
Avant de rentrer dans le vif du sujet que j’ai choisi de traiter, je veux auparavant reconnaitre de façon très partielle ne serait-ce que pour l’histoire, certaines de vos qualités et de vos réalisations en observant seulement la partie pleine du verre tout en laissant le soin aux oiseaux de mauvaise augure de regarder sa partie vide.

a- Certaines de vos qualités observées :

– Votre esprit imaginatif incommensurable d’initiatives
– Votre inébranlable conviction dans la justesse de vos choix une fois opérés soutenue par la ferme volonté de les faire aboutir sans faille (la volonté permet de grimper sur les cimes, sans volonté, on reste au pied de la montagne).
– Votre grand dynamisme couvrant plusieurs domaines.
– Votre caractère d’homme décisif et expéditif
– Votre stature d’homme craint dont les décisions et les choix s’imposent à tous
– Votre penchant pour le soutien et la promotion de tout ce qui touche à la religion (construction des mosquées, embauche des imams, création de télévisions et de radios coraniques, aides aux mahadras et aux érudits, etc.)
– Intérêt et attachements particuliers pour tous nos symboles de souveraineté : leur préservation loin de tout ce qui peut les écorner ou les ternir (totale indépendance dans nos choix et décisions dictées exclusivement par nos seuls intérêts supérieurs)
Certains verront dans cet énoncé de qualités un semblant de griotisme mais que ceux-là sachent qu’il n’y a pas meilleure justice que de reconnaitre à l’autre ce que le bon Dieu a fait germer en lui comme bienfaits avérés.

b- Les réalisations concrètes :

Très nombreuses et variées, je vais en citer seulement quelques-unes :
– Infrastructures de base : routes, aérodromes, réseaux d’eau d’électricité, construction d’hôpitaux régionaux équipés, bâtiments scolaires, bâtiments administratifs, construction d’usines de viande et de lait, conduites d’eau potable du Dhar, construction d’universités, de faculté de médecine, d’écoles polytechniques, d’écoles d’ingénieurs des TP à Aleg et de mine à Akjoujt, d’écoles régionales de santé (la liste est longue)
– Aménagements agricoles et hydro-agricoles.
– Construction de digues et barrages.
– Stabilité du pays dans la sécurité par le rayonnement d’un climat de bonne compréhension mutuelle instauré avec l’ensemble de nos voisins.
– Renforcement du rôle et de l’influence de notre diplomatie sur le double plan régional et international.
– Déclaration de l’année 2015, année de l’éducation en prenant les décisions idoines pour atteindre les objectifs visés.
Revenons à notre thème d’actualité à savoir la SNIM.

Grève de la SNIM :

Monsieur le Président de la République, l’adage populaire dit: « écoutez les paroles de celui qui vous fait pleurer et non les paroles de celui qui vous fait rire ». Les paroles sincères ne sont pas élégantes et les paroles élégantes ne sont pas sincères.
Le moule de la fonction présidentielle vous dicte parfois des choix amers, difficiles, que votre conviction peut rejeter mais que l’intérêt suprême de la nation vous impose.
Monsieur le Président de la République, d’aucuns disent que vous ne partagez le pouvoir avec personne, que vous décidez seul, que vous agissez seul, que vous vous trompez seul, que vous ne vous en remettez qu’à vos propres convictions. J’espère que ce cliché ne soit pas réel, car comme vous le savez la concertation, le dialogue sont une norme fondatrice de nos valeurs religieuses ancestrales dont notre société est le dépositaire légal. Les vertus du dialogue génèrent une accumulation d’idées et de points de vue qui enfantent inévitablement les bonnes décisions.
Aux grands maux les grands remèdes. De grâce, ne laissez pas le renard s’introduire dans le poulailler des grévistes SNIM.
La SNIM est une chose très sérieuse pour être laissée entre des mains peu habiles pour décider de son avenir. Laisser en pâture le navire SNIM déjà en perdition et prenant l’eau de toutes parts n’est pas tout simplement concevable. Le problème de la SNIM malmène sérieusement l’image de l’Etat qui en pâtit. Cette image a besoin grandement d’être redorée et restaurée.
Monsieur le président de la République, vous êtes le seul à détenir le moyen de tout régler, de tout changer. Le mea culpa de nous tous s’invite au plat du moment qu’est la grève SNIM.
Les hommes passent, les nécessités nationales demeurent.
La SNIM, fleuron de nos richesses est la cheville ouvrière des finances du bled et mérite mieux que la conspiration orchestrée de l’extérieur qu’elle vit actuellement.
On ne le dira jamais assez, la SNIM, mamelle laitière et nourricière du pays tout entier constitue avec l’Ouguiya nos deux premiers symboles de souveraineté nationale auxquels le peuple tout entier tient. Ils doivent toujours être coûte que coûte préservés des démons. Quand la SNIM tousse, le peuple dans sa totalité s’enrhume.
Monsieur le président de la République, la SNIM renferme un creuset immense de compétences nationales sûres, forgées, façonnées, formées sur plusieurs décennies qu’il n’est pas admissible de perdre car nous n’aurons plus jamais leur équivalence en ressources humaines d’une telle qualité, d’un tel dévouement. Ces compétences ont sacrifié les plus belles années de leurs vies pour nous ériger à partir du néant ce bel édifice de souveraineté économique nationale qu’est le géant SNIM d’aujourd’hui.
Ces compétences éminemment précieuses, sont laissées à leur sort depuis plus de 50 jours comme des vulgaires et piètres va-nu-pieds. Cette situation d’ingratitude de la part de l’Etat vis-à-vis de nos valeureux et dévoués serviteurs nous interpelle tous car nos grévistes méritent de nous reconnaissance, abnégation pour leur sagesse, leur civilité et leur discipline (grève suivie pendant plus de 50 jours sans la moindre atteinte à l’ordre public, sans détérioration de biens publics ou privés, ce qui est rarissime). Monsieur le président de la République, les malaises sociaux, longtemps tus, sont une bombe à retardement à l’image d’un volcan qui peut rentrer en éruption sans jamais prévenir.
Il y a des étincelles dans l’air, sachez les éteindre rapidement. C’est la grogne sociale qui rend chancelants les régimes les plus puissants et arrive toujours à en venir à bout. Ces germes de mécontentement et de révolte vont crescendo. Le risque de perdre notre principale force ouvrière apparait au firmament.
Des brouillards diffus se sont déjà amoncelés pour céder le peu d’espoirs visibles au ruisseau pour les charrier très loin et les faire éclater en lambeaux.
Les dérives naissent toujours suite aux injustices mal gérées et étouffées. Des pics de désespoir commencent à être atteints. Evitons les surenchères, les discours à géométrie variable du laudateur irascible qui véhicule des slogans creux pour amuser la galerie feignant d’être des lumières au point de rendre la bourde grossière comestible.
Nous avons agité du vent et risquons de récolter la tempête car le ras-le-bol des grévistes est très palpable, leur patience et leur maitrise de soi s’émoussent.
Tout se lézarde autour d’eux. Prenons un demi recul qui vaut mieux que la persévérance dans l’erreur, essayons d’agir sur les circonstances pendant que nous les maitrisons et n’attendons pas jusqu’au pourrissement total de la situation permettant à ces mêmes circonstances de jouer sur nous et les subir comme une sorte de fatalité. N’imitons pas l’autruche qui, quand elle sent un danger arriver, enfonce sa tête dans le sable.
Ne laissons pas la situation s’envenimer d’avantage au risque de voir surgir des dérapages plus graves aux conséquences imprévisibles pouvant laisser des cicatrices indélébiles. Les écarts de langage, les déclarations incendiaires ne font qu’attiser un feu déjà allumé.
Monsieur le président de la République, le lot quotidien des grévistes n’est autre que le froid, la faim, la maladie. Ils ne partagent rien avec leur hiérarchie si ce n’est l’oxygène, le ciel, le soleil, la terre, le jour et la nuit.
La rupture du dialogue avec les délégués grévistes constitue des projectiles mortels latents qui doivent être maitrisés sans délai. Nous devons savoir dominer certaines haines passagères ainsi que notre âme sinon on en devient prisonnier.
Le directeur de la SNIM et les grévistes nous offrent un match œil pour œil, dent pour dent où chacun se prépare et affûte ses moyens pour un round de boxe dont le ring est fin prêt.
Le directeur général de la SNIM a posé des actes suffisamment agressifs. Tous les ingrédients favorables à l’explosion de la situation et à l’anarchie sont réunis. Les vautours planent au-dessus de nos têtes et parsèment au vent les dérapages verbaux pour alimenter une poudrière prête à s’enflammer. L’effet de contagion commence à s’étendre à d’autres secteurs et il suffit d’un petit geste maladroit commis par un éventuel arriviste pour servir de détonateur et d’élément déclencheur de révolte (qu’à Dieu ne plaise). Ne laissez pas l’éléphant entrer dans le magasin porcelaine de la SNIM.
L’actuel calme précaire ne peut être de longue durée car déjà des signes précurseurs annonciateurs de lassitude, d’impatience, de désespoir se forment à l’horizon.
L’ouverture d’une négociation inclusive avec les grévistes s’impose illico-presto sous votre parrainage. Une parole douce peut ouvrir des portes métalliques fortement barricadées.
Des paroles d’apaisement stimulent et provoquent un certain engouement capable de susciter l’adhésion de tous les antagonistes aux solutions recherchées. Savoir gérer et communiquer avec des êtres humains comme nous qui ont leurs mentalités, leurs mythes, leurs blessures, leurs passés, leur soif de dignité est un art qui n’est pas donné à n’importe qui.
Le négociateur doit avoir un esprit ouvert, communicatif, persuasif, une grande capacité d’écoute, un respect de l’autre, faire confiance à l’autre et l’accepter dans sa différence, savoir lui pardonner l’offense, savoir faire des compromis et surtout accepter d’en faire. Sans communication, pas de compréhension et sans compréhension point de respect mutuel.
Acceptez-vous de prendre des médicaments prescrits par un médecin qui ne vous aurait ni ausculté ni écouté ? Lorsque vous n’avez pas confiance dans le diagnostic, vous vous méfiez de l’ordonnance d’où l’importance du diagnostic pour la prescription de l’ordonnance.
C’est dire encore une fois que le dialogue, la négociation sont un vecteur incontournable de perfectibilité de l’élément humain. Point de dialogue, point de paix sociale.
Une crise sociale, c’est comme une révolution, comme une guerre, pour en finir il faut se voir de près et ce genre d’événements révèle toujours des talents qui, sans eux, n’auront jamais émergé. Seulement, il n’est pas facile de trouver des hommes capables de jouer au conciliateur car on ne confie pas à un chat la mission de concilier des souris qui se bagarrent.
Monsieur le président de la République, compte tenu du tableau suffisamment alarmiste brassé ci-dessus, je vous supplie et vous implore pour résoudre une fois pour toute cette situation gravissime de la SNIM dans l’intérêt bien compris des travailleurs, de la SNIM elle-même et du peuple mauritanien tout entier.
Monsieur le président de la République, la responsabilité de régler ce conflit repose entièrement sur vos épaules, vous en êtes l’unique capable et le sauveur providentiel.
Il vous revient d’extirper les rancœurs, de cajoler vos enfants grévistes qui sont rudoyés et humiliés par leur hiérarchie. Il est temps de mettre fin aux calvaires, aux désastres économiques de nos régions de Nouadhibou et de Tiris Zemmour. Le gâchis est énorme et ne profite à personne.
Ces populations résistent vaillamment depuis 50 jours sous la hausse vertigineuse de la flambée des prix, la raréfaction des produits alimentaires et de l’argent même.
De grâce, ayez pitié de vos administrés. Monsieur le président de la République, beaucoup de natifs des wilayas que vous allez visiter font partie des grévistes de la SNIM. Ces natifs sont souvent les seuls soutiens de leurs familles restées au Bled. Il n’y a pas meilleurs cadeaux à leur offrir que de rétablir leurs fils dans leurs droits.
Monsieur le président de la République, je ne puis terminer cette lettre sans exprimer ma totale désapprobation et ma plus grande indignation face au mutisme et au silence complices de toute la classe politique et de l’opposition en particulier qui n’ont manifesté aucun soutien ni aucun intérêt à l’endroit de nos valeureux travailleurs du Nord.
A peine une ou deux voix très timides ont évoqué du bout des lèvres de façon vague et évasive cette grève de la SNIM.
Pourtant ces mêmes voix nous ont toujours tympanisés et habitués à soutenir avec fracas et tintamarres des évènements hors frontières sans aucun intérêt pour nous.Ces politiciens font d’un petit acte local banal un grand désastre national autour duquel tout le monde s’agglutine, se succède pour tambouriner, manifester, stigmatiser et délivrer moult soutiens médiatisés à outrance.

Source : Cheikh Talebouya Mohamed Boudahy

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