Lettre ouverte au « Président des pauvres »

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Monsieur le Président…des pauvres. Oui, oui, vous êtes sans doute content que je renoue, à quelques mois des élections municipales et législatives, avec cette appellation que vos soutiens vous ont collée au lendemain de votre arrivée au pouvoir.

Peu importe la manière. Coup d’état contre un président démocratiquement élu ou « Rectification » d’un processus qui était en train de nous ramener vers la case départ. C’est de l’histoire ancienne ça. Ce qui compte, Monsieur, c’est de rappeler aux pauvres que vous êtes bien leur Président, avant d’être celui des riches ! N’est-ce pas les habitants de la « Mauritanie profonde » et ceux des « gazra » de Nouakchott qui vous permis de battre vos adversaires politiques de l’opposition avec un score sans appel de 52% ?

Il y a cinq ans, les pauvres, de Nouakchott et de l’intérieur du pays avaient tout misé sur vous. Ils ont apprécié grandement la première « sortie » que vous leur avez réservée, en vous rendant dans cette immense « gazra » de Hay Saken (le quartier qui ne bouge plus) et en ordonnant, tout de go, qu’il soit loti et distribué à ses habitants pauvres ! Il est vrai que l’opposition d’alors avait vu en cela un coup médiatique, un acte de politique politicienne d’un général putschiste qui s’apprêtait à légaliser, par voie d’élections, un changement que ses partisans trouvaient légitime. N’est-ce pas vous qui avait mis fin à vingt ans de dictature de Taya, rendu possible une transition de 19 mois et favorisé l’élection d’un « président qui rassure » ? Oui, c’est bien dit « qui rassure » ! Contre le retour en arrière, contre la chasse aux sorcières dont pouvait être victimes tous les soutiens de l’Ancien Régime, dont vous, Monsieur le Président, qui étiez le commandant du Bataillon de la Sécurité Présidentielle (Basep).

Monsieur le président…des pauvres, vous avez mené au pas de charge, une série d’actions qui ont compté dans votre bilan économique et social : des routes, des hôpitaux, des écoles, et même des villes nouvelles (Chami, Nbeyket Lahwach, Termessa, Rosso). Mais revers de la médaille, vos adversaires politiques – toujours eux – pensent que tous ces chantiers ont été lancés pour faire tourner la machine des marchés qui ne profitent qu’à vous et à votre parentèle. On dit même que vous avez votre propre société de BTP, votre banque, votre société d’assurances, de transit, de pêche (avec les Chinois), d’immobilier, de distribution d’hydrocarbures, de…Bon, ce sont des « on-dit » comme vous l’avez signalé, il y a un an, à Atar, lors de la « Rencontre avec le peuple » (liqa’e echab) et ceux qui racontent ce genre de bobards à votre compte doivent en apporter la preuve.

Monsieur le Président…des pauvres, vous vous apprêtez à rencontrer le peuple, à Néma, ville de l’est mauritanien, dans la quatrième édition de « Liqa’e echab ». Une rencontre, à ciel ouvert, qui s’effectue chaque année, à l’occasion de la commémoration de votre accession au pouvoir et qui doit, en principe, permettre aux sans voix de pouvoir parler des problèmes qu’ils rencontrent tous les jours. Mais monsieur le Président, à 1200 kilomètres de Nouakchott, qui concentre tous les riches du pays, les pauvres seront encore marginalisés par les « envahisseurs », ces politiques, ces applaudisseurs professionnels qui vous suivent partout et vous empêchent de voir la réalité. Ils parleront pour les autres eux qui ne savent rien de leurs souffrances de tous les jours. Ils vous diront que tout « est bien dans le meilleur des mondes possibles », que les boutiques « Emel » (espoir) vendent les produits de première nécessité à des prix défiant toute concurrence, que l’eau potable est à la portée des populations, qu’il n’ y a pas de coupures d’électricité, que les routes sont aussi bonne que celles de la France, que les hôpitaux régionaux offrent des services de qualité, à tel point qu’on n’a plus besoin de parcourir des centaines de kilomètres sur des routes cahoteuses pour évacuer les malades vers Nouakchott. Personne ne vous dira, Monsieur le président…des pauvres, que la société mauritanienne d’électricité (Somelec) a déplacé, le temps d’une visite, des groupes électrogènes de capitales régionales pour que votre « rencontre avec le peuple » soit éclairée ! C’est ce qu’on appelle, Monsieur le président, le PARAITRE ; déshabiller Paul pour habiller Jean, ou encore plonger la ville d’Aleg dans la pénombre pour que Néma devienne une « ville lumière » durant votre séjour de vingt-heure !

Monsieur le président… des pauvres, ce qui compte maintenant ce n’est pas ce qui est mais ce qui doit être. Votre quinquennat  finissant est mitigé. Histoire du verre à demi plein ou à demi vide. Vous avez bien manœuvré, Monsieur le président, pour mettre au pas une administration fainéante. Les ministres, les directeurs et les chefs de projets ne sont plus lâchés, comme avant, pour n’en faire qu’à leur tête. Bon, je ne dis pas que la gabegie a cessé mais elle ne se pratique plus à ciel ouvert. Les arrestations de hauts responsables et d’hommes d’affaires, que l’opposition a mis sur le dos d’un règlement de comptes, ont poussé les gestionnaires à la prudence ; personne ne voulant séjourner dans le gnouf pour une durée indéterminée.

Vous avez bien agi également, Monsieur le Président, dans le domaine de la sécurité. Depuis votre arrivée au pouvoir, AQMI a cessé pratiquement ses incursions sur notre territoire. Vous avez même poussé l’exploit plus loin en s’attaquant à cette organisation terroriste sur ses propres terres, dans ce nord Mali où la France est allée à son tour livrer bataille aux groupes islamistes armés et permettre à Bamako de recouvrer sa souveraineté sur l’ensemble du territoire malien. Mais Monsieur le Président, ça va mal à l’intérieur. Il faut une action énergique pour redorer le blason de la police et arrêter la vague de crimes, souvent odieux, qui s’abat sur la capitale Nouakchott. Meurtres crapuleux, vols et viols aliment les colonnes des quotidiens nationaux. D’aucuns pensent que la police a baissé les bras parce que vous l’avez mise à l’écart en créant ce Groupement général pour la sécurité des routes (GGRS) simplement parce qu’elle a été commandée, cette police, vingt ans durant, par votre ennemi juré, l’ex colonel et président de la transition militaire 2005 – 2007, Ely Ould Mohamed Vall.

Monsieur le président…des pauvres, vous avez sans doute remarqué que je ne vous ai pas apostrophé cette fois pour parler politique. Seules les questions ayant trait à la vie économique et sociale des populations ont été abordées. La raison est simple : En matière de politique, on ne peut départager la majorité et l’opposition. Le verdict est sans appel : tous coupables ! Tous entretiennent la crise parce qu’elle sert leurs intérêts. Les députés, les maires et les sénateurs jouent les prolongations parce que la plupart d’entre eux craignent de perdre leurs fauteuils. Les partis politiques retardent les échéances électorales parce qu’elles constituent un facteur déterminant pour connaître le vrai rapport de forces. Les ministres s’accrochent à leurs postes et prient matin et soir pour que la crise continue, avec votre d’accepter la formation d’un gouvernement d’union nationale comme le propose l’initiative du président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir.

Monsieur le « Président des pauvres », je sais que vous n’êtes plus le même depuis l’incident de « Toueila ». Tout le monde a remarqué les changements physiques intervenus mais certains trouvent que c’est normal, la « balle amie » ayant sans doute causé de sérieux dégâts. Mais le pire a été évité Al hamdoullilahi, grâce à nos médecins et à nos amis français qui vous ont traité par la suite.

Monsieur le « président des pauvres », un dernier mot avant de fermer cette lettre : Le peuple veut que vous retrouviez, à l’occasion de la rencontre de Néma, cette jovialité qui a toujours constitué votre force. Ce « liqa’e echab », dernière rencontre avec le peuple avant l’élection présidentielle de 2014, sera déterminant pour votre réélection. Car tout laisse présager que vous êtes candidat pour un second mandat et que l’opposition radicale, qui est sortie moult fois dans la rue pour demander votre « rahil » (départ), s’essayera au coup qui a permis aux voisins sénégalais de vaincre Me Wade par les urnes.

Sneiba Mohamed

Source : Elhourriya

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