L’Europe sans frontières, pour les terroristes aussi?

européenAprès la récente série d’attentats en France, l’Europe réagit en serrant les rangs, mais aussi en se posant des questions sur les moyens de prévenir de telles tragédies. Pour Donald Tusk, le président du Conseil européen, il s’agit de mettre au point une réponse cohérente face à la menace jihadiste. Et la notion d’espace Schengen revient sur le devant de la scène…

Parmi les questions posées le plus fréquemment, il y a celles qui concernent la libre circulation de personnes au sein de l’Union européenne. En effet, face à la menace terroriste, l’Union européenne hésite entre les tentations sécuritaires et la volonté de préserver les libertés publiques et individuelles.

Plusieurs pays, et notamment le gouvernement espagnol, ne cachent pas leur souhait de limiter l’application du traité de Schengen, voire de le renégocier. Or, il s’agit de l’un des acquis fondamentaux des citoyens européens : celui de pouvoir voyager sans frontières.

Transmission de données en débat

De nombreux gouvernements souhaitent également que le Parlement européen débloque rapidement le projet de directive dite « PNR» pour « Passenger name record ». Il s’agit d’un dispositif qui permettrait d’obliger les compagnies aériennes desservant le continent à transmettre des informations sur les voyageurs aux services de police et de renseignement des pays membres. Mais le Parlement, traditionnellement très attaché à la défense de libertés civiques, s’y oppose en avançant plusieurs arguments.

Pour l’eurodéputée néerlandaise Sophie In’t Veld, vice-présidente du groupe parlementaire des libéraux, il n’y a aucun lien entre les attentats en France et l’absence du dispositif PNR. « Cela n’a rien à voir ! », s’exclame-t-elle. « La semaine passée, comme pour presque tous les grands attentats, les terroristes étaient déjà connus des services de sécurité. Donc, avoir accès aux données des passagers, ça n’aurait strictement rien changé. D’ailleurs, ajoute Sophie In’t Veld, les Etats membres, dont la France, ont déjà la possibilité de collecter les données PNR, donc où est le problème ? »

« Ayons des systèmes plus efficaces »

Un autre député européen, écologiste celui-ci, Yannick Jadot, estime qu’il n’est pas judicieux d’introduire de nouveaux dispositifs alors que l’Europe dispose déjà de systèmes en la matière, mais qu’elle ne les utilise pas de manière suffisamment efficace. Pour lui, « quand quatre millions de personnes manifestent en France, elles le font pour avoir la garantie de la liberté ». Il reconnaît que « la responsabilité du législateur, c’est de garantir la sécurité aux citoyens européens ». Pour y parvenir, dit-il, « ayons des systèmes plus efficaces, assumons que les systèmes existants ne fonctionnent pas bien aujourd’hui, plutôt que d’en créer des nouveaux ». Ainsi, conclut Yannick Jadot, « ayons un PNR européen, mais qui cible les terroristes, et pas l’ensemble des citoyens européens ». Arguments qui semblent convaincants, mais les gouvernements en avancent aussi.

Une question politiquement sensible

Le directeur de la Fondation pour la recherche stratégique à Paris, Cyrille Grand, comprend les inquiétudes des deux parties. Sur la question du PNR, il se déclare « plutôt du côté des gouvernements qui demandent la mise en place d’un tel système ». Pourquoi ? Parce qu’il est « important que l’espace Schengen en particulier, qui est un espace de libre circulation, ne soit pas un espace qui facilite le transit et le départ d’individus qui sont suivis ».

De ce point de vue, le grand avantage du système PNR serait de permettre de « centraliser les informations et de les rendre accessibles aux services qui en ont besoin ». Ceci dit, poursuit Cyrille Grand, « il est évident que la question générale de collecter des masses de données sur les citoyens est une question politiquement sensible ». En outre, « la culture politique et juridique d’un pays européen à l’autre n’est pas tout à fait la même ». Il faut donc procéder « en donnant le maximum de garanties en termes de libertés publiques, car on ne veut pas devenir un Etat policier, et on a raison ». Toutes les mesures susceptibles de renforcer la sécurité, tout en préservant les libertés et la démocratie, doivent être discutées par les ministres européens de l’Intérieur et de la Justice au plus tard les 29 et 30 janvier à Riga, en Lettonie.

Source : RFI

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