L’histoire des deux jumeaux

Laissons la politique pour une semaine. Faisons une pause, donnons-nous un répit et parlons d’autre chose.
bechir ben yahmedDe récentes lectures m’incitent à vous entretenir de trois sujets dont je pense qu’ils vous intéresseront d’autant plus qu’ils sont rarement traités par ce qu’on appelle la grande presse. Des chercheurs, que je respecte, s’en sont saisis, se sont posé à leur propos des questions existentielles et nous livrent leurs réponses.

1- La démocratie favorise-t-elle ou non le développement économique ? Les pays qui ont pris du retard sur l’Europe et les États-Unis ont-ils plus de chances de les rattraper s’ils sont gouvernés par un régime démocratique ? Les dirigeants des pays africains qui viennent de célébrer à Addis-Abeba le cinquantenaire de leur organisation continentale (l’OUA de 1963, devenue l’Union africaine) se sont certainement posé la question. Mais qui, Africain ou non, oserait, en 2013, soutenir publiquement que le développement économique est favorisé par un pouvoir politique fort, de type autocratique ?
L’observateur impartial que je m’efforce d’être est à même de donner la réponse nuancée des économistes qui ont étudié l’évolution économique des pays du Tiers Monde au cours du dernier demi-siècle.
Un grand nombre de régimes autocratiques, voire dictatoriaux, se sont donné pour objectif de conduire leurs pays à la croissance économique et y sont parvenus en Asie, en Amérique latine comme en Afrique ; Taïwan, Singapour, la Corée du Sud, l’Indonésie et, plus récemment, la Chine ont obtenu des résultats spectaculaires ; le Chili en Amérique du Sud, la Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny, la Tunisie de Bourguiba et de Ben Ali en Afrique ou, plus récemment, le Rwanda de Kagamé.
D’autres comme la Birmanie, la Guinée ou le Zaïre ont été des échecs retentissants.
Selon les économistes qui ont ces exemples en tête, un pouvoir autocratique ou dictatorial, s’il se donne pour objectif le développement économique, peut l’atteindre. Mais sa nature le conduit en général à devenir de plus en plus autoritaire et à mal finir.
Les régimes démocratiques, dont l’Inde est le ­prototype, mettent plus de temps à y parvenir mais peuvent, eux aussi, obtenir de bons résultats. La majorité des grands pays émergents d’aujourd’hui, Inde, Brésil, Turquie, Mexique, Afrique du Sud, Nigeria, sont des démocraties dont les performances économiques sont assez bonnes.

2- Les grands spécialistes de la démographie mondiale, dont le Français Hervé Le Bras, se demandent, non sans anxiété, si, à l’exception de l’Afrique subsaharienne, où la croissance démographique est trop forte pour les capacités budgétaires des pays concernés, le monde n’a pas amorcé une phase trop rapide de stabilisation et de vieillissement de sa population.
Leur constat est le suivant : depuis un demi-siècle, le taux de croissance de la population mondiale baisse, et nous sommes aujourd’hui à 1 %.
Certes, la population augmente encore, mais son ressort, la fécondité, est faible pratiquement partout. La Chine est à 1,7 enfant par femme en moyenne, le Brésil aux environs de 2, l’Inde en dessous de 3, donc une natalité inférieure à celle de la France pendant le baby-boom, la Russie est à 1,2.
La fécondité de l’Iran est de 1,6, celle de la Tunisie de 1,9. Même en Afrique, la fécondité est parfois tombée à moins de 3 enfants par femme, en Afrique du Sud notamment.
La projection moyenne des Nations unies évalue la population mondiale à 9,3 milliards en 2050, mais la projection basse plafonne à 8 milliards en 2045.
La population mondiale atteindra son pic dans les cinquante ans qui viennent, puis commencera à décroître.
Dans la projection moyenne des Nations unies, la population chinoise repasserait en dessous du milliard en 2100. C’était impensable il y a une vingtaine d’années, quand l’ONU prédisait qu’il y aurait 1,6 milliard de Chinois en 2050.
Depuis 2010, 71 pays n’atteignent plus le taux de remplacement (de 2,1 enfants par femme en âge de procréer) et 50 vont voir leur population décliner.
En 2050, l’âge moyen sera passé à 38 ans, contre 23 ans en 1980, et la part des plus de 65 ans à 20 %, contre 9 % en 2011, soit près de 2 milliards d’hommes et de femmes, dont 27 % des Américains et 40 % des Japonais.
Ce phénomène est sans précédent dans l’Histoire ; ses conséquences sur la production, sur les dépenses de santé et sur l’éducation sont difficiles à mesurer mais pourraient être dramatiques.

3- Quelle est la part, en chacun de nous, de l’hérédité génétique (ce qui nous vient de nos deux parents), de l’environnement et de l’éducation ?
Ce que nous serons à 30, 40 ou 50 ans est-il en nous dès la naissance, et donc prédéterminé ? Ou bien est-il acquis au fur et à mesure de notre évolution par l’éducation, les rencontres, le mariage et le reste de l’environnement ?
Pour le savoir, les chercheurs ont étudié le cas de jumeaux homozygotes (les vrais jumeaux, provenant d’un seul oeuf divisé en deux) séparés peu après la naissance, ayant vécu ensuite dans des milieux différents.
La conclusion est terrible : c’est la génétique, ce que nous avons, à la naissance, hérité de nos parents, qui est, de loin, le plus déterminant.
Les deux exemples ci-dessous montrent combien presque tout est réglé dès le départ.
À se demander pourquoi on va à l’école et pourquoi on s’agite…
« Jack et Oskar, deux jumeaux homozygotes, étaient âgés de 6 mois lorsque leur mère décida de quitter leur père et l’île de Trinidad, où ils avaient vécu jusque-là, pour rentrer en Allemagne avec Oskar. Jack demeura à Port of Spain avec son père.
En Allemagne, Oskar reçut une éducation catholique et fit partie des jeunesses hitlériennes, tandis que son frère Jack, élevé ensuite en Israël, travailla dans un kibboutz et servit plus tard dans la marine israélienne.
Quarante-six ans plus tard, les deux frères se rencontrèrent pour la première fois et furent étudiés en détail par le professeur Bouchard : ils pesaient le même poids, étaient tous deux à moitié chauve et portaient la même petite moustache. Ils avaient les mêmes lunettes et des chemises bleues à pattes d’épaules. Ils jouaient tous deux du trombone, l’Allemand aimait le piment autant que le Trinidadien.
Le cas des « deux Jim » est tout aussi étonnant : leur mère les abandonna à l’âge de 4 semaines et ils ne se revirent que quarante ans plus tard. Leurs parents adoptifs leur avaient donné le même prénom. Tous deux avaient épousé une Linda, puis divorcé pour épouser une Betty. Les deux avaient appelé leur fils aîné James Alan et James Allan. Au même âge, ils avaient soudain pris cinq kilos et présentaient des migraines sévères. »

Cela me fait penser à ce mot de Nassim Nicolas Taleb : « Évite d’appeler héros ceux qui n’avaient pas d’autre choix. »

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

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