Pas d’esclavage, mais « ès clivage »

234Les problèmes de ce pays sont d’ordre mental et culturel. Le mauritanien n’a pas eu la patience de s’écouter et de sentir les appréciations autour de lui. Il était déjà arrivé au point culminant d’une conviction sociale, qui malheureusement ne va pas toujours dans le sens de sa survie et de son intérêt vital.
L’être chez nous est chargé d’une prétention, qui, si elle n’est pas toujours négative, sème quand même un certain désordre, une certaine injustice et surtout un malaise alentour dans les rangs de ceux qui, amoindris, par sa répartition des choses et sa distribution des intérêts se sentiront toujours lésés dans leur propre patrie. Des ennemis potentiels, inévitablement.
J’essayerai modestement dans ce texte de montrer comment je perçois le rapport entre ce qui se dit, ce qui se fait, ce qui est, ce qui était et surtout ce qui doit être entrepris pour que ce pays ne soit pas dans la case de ceux dont Allah a dit : « O vous les croyants! Pourquoi dites-vous le contraire de ce que vous faites? C’est une grande abomination auprès d’Allah que vous dites ce que vous ne faites pas. »61-2 et 3.
Dire que ce peuple n’est pas bon c’est lui faire un grand tort. Au contraire, certaines qualités sur cette terre ne se trouvent nulle part ailleurs. Je suis totalement d’accord avec le président monsieur Mohamed Ould Abd Al Aziz,quand il affirme que l’esclavage n’existe pas en Mauritanie.
Il n’existe pas d’esclavage dans sens que la conception de ceux qui ne sont pas de chez nous, a de la chose. Nous avons les OGM d’un passé, qui n’a pas été toujours clément pour les plus faibles.
Il n’y a jamais eu de « marché aux esclaves » en Mauritanie. Le rapport est tout autre. Peut-être plus complexe, plus sentimental, mais surtout plus tenace. En vérité, personne ne lutte pour libérer de cet esclavage qui « n’existe pas ».
Mais tous les acteurs de cette triste compétence acharnée et fratricide, luttent pour devenir « maitres ». Pour être maitre, ce qui est le but de la grande majorité de notre peuple, il est nécessaire de définir des cibles crédibles. Une matière première malléable et disponible, pour asseoir les fondements de sa lutte.
Dénicher les sous hommes qui serviront de sujet, d’ingrédients à ces combats intéressés. Tous, visent un prestige social, un leadership, un fauteuil, une villa, une belle femme et une belle voiture.
Le mauritanien peut aussi bien s’endetter, se ruiner ou se tuer pour paraitre« supérieur ». C’est pourquoi les salaires ne suffisent jamais et que des familles parfois sont disloquées, parce que l’individu a voulu porter un fardeau supérieur à sa capacité.
Dire que l’homme de chez nous est raciste serait lui coller une étiquette plus lourde que sa responsabilité. Avec les africains de tous les autres pays du continent, il est modeste et avenant. Avec les arabes, les afghans, les chinois, les Bororos, les Araras, les peuplades de l’autre coté de l’autre coté de la planète, il est serviable, modeste et parfois servile, si l’intérêt l’exige.
Mais avec son frère mauritanien, le démon de cette valorisation, de cette distinction conférée par le certificat douteux de la naissance surgit irrémédiablement. Il veut éclipser l’autre, pour que son nom, celui de sa tribu, de son clan de son histoire, soit et restent les plus hauts.
Cet excès de zèle là est génétique. Un clivage qui remonte d’un passé qui, exactement, comportait certaines injustices flagrantes, dont exactement cet esclavage, que j’appellerais volontiers « ès clivage ». Pendant des décennies, cet équilibre va durer. Parfois l’esclave, lui-même se réclamant de la grande famille du maitre, en tire fierté et intérêt réunis.
Beaucoup de « bons » maitres étaient exploités par leurs esclaves, leurs griots ou leurs forgerons. Il suffisait, juste que ces derniers acceptent cette allégeance soumise et adoptent un profil d’infériorité, qui caressait le poil dans le sens de la vanité, de l’orgueil et de l’arrogance du maitre. Je vous épargne les exactions quelquefois immorales qui ont pu résulter de ce tutorat factice.
La Mauritanie est mal partie à un temps ou nous ne pouvions rien. Nous n’étions pas responsables de ce départ. Nous n’existions pas et notre avis sur ces événements passés vaut son pesant d’air.
Il y a des injustices flagrantes contre certaines couches sociales, notamment les noirs harratins et même contre les noirs tout court. Ceci doit être corrigé. Il ne peut l’être que de bonne foi, en s’attaquant aux sources de la division et non aux apparences.
Beaucoup de discours, d’émissions fautent sans être inquiétés de leur fautes. Dans notre situation, les mots sont plus mortels que les armes. Il ne s’agit pas de donner une image aux autres, mais de sauver ses frères, sa maison, sa famille.
De longue date, des exclus ont été minutieusement préparés à coup de manipulations, tantôt religieuses, tantôt sociales, parfois mystiques, ou charlatanesque à s’accepter comme mauvais acteurs, méprisés dans une formation sociale, qui les reléguait au plus bas rang de société. Nos fondements sont ébranlés. Il s’agit de sauver ce que nous avons de plus précieux. Les attentes ou les promesses frisent la trahison nationale et risquent de servir de détonateurs à l’irréparable. Laqaddara-llah.
Ce n’étaient pas les galères, les chaines, les plantations à sucre, les morts par milliers dans les profondeurs des océans.
Non!
Mais c’était quelque chose d’abject et de quelquefois incestueux. Une torsion de la loi islamique, passée à travers un prisme qui la déformait sciemment, ou inconsciemment pour des raisons d’exploitation de l’homme par l’homme.
On se rappelle que pendant son prêche de l’Adieu, l’envoyé d’Allah (psl), sur le Mont Arafat, avait dit: « Tout le musulman pour le musulman est interdit : son sang, son honneur et ses biens. » Hors ces, disons esclaves là étaient des musulmans.
Bien sur des musulmans, qui de part leur fonctions et leur place sociale, n’avaient pas accès au savoir. Ils savaient à peine le strict nécessaire pour accomplir la prière obligatoire. Ils ignoraient les surérogatoires. Beaucoup n’accomplissaient leur prière que par mimes, ignorants qu’ils étaient, du sens de cette obligation sacrée.
La plus sacrée des obligations. Leurs femmes par l’insufflation de certain, disons,« sachants », ne devaient même pas se cacher les quatre vingt dix pour cent du corps. Pour des raisons évidentes, très loin des enseignement de cette religion qui a fait de l’homme le vicaire de Dieu sur terre et pour le grand père duquel Allah a ordonné aux anges de se prosterner.
Vlane esclave de vlane, était donc un intérêt pour les deux: l’exploiteur et l’exploité dans beaucoup de cas. Exception faite, de certaines exactions sadiques, par lesquelles sont passés certains esclaves. Ne disait on pas, jusqu’à une époque récente que « La grandeur de l’esclave est à la mesure de celle de son maitre. Quelque chose comme « Le chien du roi est le roi des chiens. »
A la fin du vingtième siècle et au début de ce nouveau siècle, le pays a été surpris dans cette euphorie, jusque là impunie et moralement légale, par les balises aveuglantes des droits de l’Homme, les critiques de sociétés plus anciennes et plus profondément trempées dans les organisations sociales plus justes, plus humaines et plus logiques.
Tout le pays va sursauter, surpris dans l’extase de son sommeil. Filmé en flagrant délit, dans cette position indécente, presque obscène.
Mais tous les mauritaniens ne sursauteront ni de la même façon, ni dans les mêmes but, ni même dans la même direction. Ce qui aurait épargné au pays ces graves divisions, qui risquent d’en faire le véritable esclave du jugement de la communauté internationale et la triste victime d’un destin qu’il ne mérite pas.
Beaucoup de mouvement abolitionnistes, qui n’aboliront que la distance ancestrale avec les anciens « supérieurs », qu’ils pourront désormais indexer, insulter, et jeter en pâture à la vindicte indignée d’une communauté internationale, qui ne connait du « type » d’esclavage que nous avons que ce que veulent bien leur décrire nos deux groupes rivaux : Ceux qui ayant profité de ce déséquilibre séculaire, veulent garder « dignement » leur « suprématie » et leurs intérêts, et ceux qui affamés de suprématie et voulant être maitres de quelques groupes, à leur tour, peignent le pays en noir, pour proposer un nouveau tutorat.
Une lutte enragée sur le dos d’un peuple, qui entre les deux, risque de se noyer dans son sang, si la faim et l’ignorance ne l’exterminent pas avant.
La formation sociale de notre ancienne-nouvelle société traditionnelle, constitue le terrain propice pour la culture et la prospérité de telle catastrophe : Un peuple qui ne comprend pas, aux mains de personnes qui ne veulent pas comprendre.
Un bras de fer cynique, qui ne tient compte que de la solution qui verse dans ses intérêts.
La méthode académique de « Je dis ceci en haut et je fais cela en bas. » Il n’est pas indispensable de dire qu’il y a des injustices en Mauritanie. C’est clair et tristement visible et catalogué. Les harratins sont dans une situation qui fait honte à tout mauritanien digne de ce nom, cela va sans dire. Beaucoup de voix s’élèvent contre ce déséquilibre dangereux pour notre existence en tant qu’état et en tant que frères.
Mais la solution est-elle d’accélérer la fuite en avant?
Pourquoi ce problème doit-il rester tabou et n’être traité que comme une peste qu’on ne veut pas appeler par son nom? Les injustices sont-elles irrémédiables? Allah n’a-t-il pas dit, excluant certain de sa colère et de sa vengeance: « Sauf celui qui se repent, croit et accomplit une bonne œuvre. Ceux-là Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes et Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »25-70.
N’est ce pas une solution directe de Dieu? Allah est le Fort. Ne l’oubliez pas. Il a sauvé Moise bébé des mêmes flots du Nil, dans lesquels Il a noyé Pharaon, « le tout puissant ».
« Seuls les gens perdus se sentent à l’abri du stratagème d’Allah. »7-99. Ne peut-on se démarquer de ces pratiques d’un autre âge et accélérer le mouvement de l’effort national dans le sens de remettre ces citoyens courageux, affables, travailleurs, honnêtes et généreux dans la place sociale qui doit leur échoir de droit?
A qui profite que ces plaies nationales restent toujours ouvertes, et font courir de si grands risques pour le pays?
La dignité et l’honneur de tout mauritanien exigent de mettre ces frères à l’avant, de leur accorder respect et de leur exprimer le regret de cette anomalie de l’histoire, par laquelle Allah a éprouvé notre société.
Accordez quelques postes à certain individus qui prétendent les représenter n’est en fait qu’une façon de reculer une échéance qui arrivera forcement. Nous avons vu beaucoup de gens arriver sur le dos de ces misérables, qui ressemblent à l’échelle, qui fait monter les gens, sans bouger, elle-même de sa place. Après l’installation sur le fauteuil la bouche se tait et le pays continue à se tordre dans cette injustice.
Le travail de leur émancipation et de leur intégration doit être avant tout une affaire de conviction qui s’opère sur le terrain et non dans les bureaux ou les hôtels. Inutile d’emprisonner les personnes comme Biram ou autre. S’il insulte les maures, que les maures le tolèrent ne serait-ce que pour la simple raison que ses pères et ses aïeux ont été insulté à leur tour.
Avec tous mes respects pour les chaines de TV Wataniya, Essahel et El Mouritaniya, je demande aux autres d’inviter les anciens esclaves eux-mêmes sur leurs plateaux. Les encourager à s’exprimer et sortir ce qu’ils ont sur le cœur. C’est un baume, qui les aidera psychologiquement à exorciser la longue douleur qui habitait leurs âmes. Que les intellectuels, les érudits et les sages leurs expliquent les paramètres de la dignité humaine, leurs droits sociaux, leur salut qui ne dépend exclusivement que d’Allah.
Quand à leur accorder leur part des richesses nationales, l’instruction gratuite et qualitative et l’intégration dans les circuits de la fonction publique dans l’armée, la police et les différents rouages de l’état; ceci est l’affaire des gouvernants.
S’ils veulent s’en acquitter nous leur souhaitons la force et la volonté sincère de le faire. Et s’ils pensent qu’ils ne rendront jamais compte, nous leur disons, ce que Allah a dit : « Dis! Attendez ! Moi aussi j’attends avec vous. »10-102. Que Dieu fasse que nous soyons parmi ceux qui écoutent la parole et en suivent le meilleur.

Mohamed Hanefi. Koweït

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