Libye: les négociations de la dernière chance ?

lybie en ruineDes pourparlers décisifs sur la crise libyenne se sont ouverts au Maroc lundi 8 juin. Les deux parlements rivaux libyens négocient à Skhirat sous l’égide de l’ONU et de son envoyé spécial pour la Libye, l’Espagnol Bernardino Leon. Après trois projets et trois échecs de compromis, le diplomate va proposer un quatrième texte. A tort ou à raison, certains parlent de réunion de la dernière chance. En tout cas, le temps presse.

Depuis un an, la Libye se déchire entre deux pouvoirs politiques. Le premier, c’est celui de Tobrouk-Baïda. Le parlement, issu des législatives de juin 2014, s’est exilé dans l’est, àTobrouk, pour des raisons de sécurité. Ce dernier rassemble une coalition de libéraux, d’anti-islamistes et d’ex-kadhafistes. Cette coalition a nommé un gouvernement qui siège à Baïda. Ce camp est reconnu par la communauté internationale.

Le pouvoir de Tobrouk repose sur les forces du général Haftar, un haut gradé de 71 ans qui, depuis un an, a lancé une opération baptisée « Dignité » pour reconquérir l’est du pays aux milices islamistes. Il s’appuie notamment sur d’anciens éléments de l’armée kadhafiste ainsi que sur des brigades d’anciens rebelles de Zintan. Il est également soutenu par les aviations égyptienne et émiratie.

L’autre camp, c’est le Congrès général national ou encore l’ancien Parlement libyen, où les islamistes demeurent majoritaires. Il a aussi ses propres moyens militaires sous la forme d’une coalition de milices islamistes appelée Fajr Libya, Aube de la Libye. Cette force repose surtout sur les puissants groupes de Misrata. Ils ont conquis Tripoli, en août, et y ont installé leur propre gouvernement. Ils contrôlent aussi Benghazi et Misrata.

Emergence de l’Etat islamique

Un troisième acteur – le groupe Etat islamique (EI) – a émergé sur la scène libyenne, ce qui rend la nécessité d’un accord d’autant plus pressante. Cette peur commune de l’EI fait que les deux camps ennemis négocient aujourd’hui. L’Etat islamique a, en effet, profité du vide et du chaos dans le pays.

« En Irak et en Libye, le groupe se trouve face à une autorité locale qui le combat. En Libye, les milices n’arrivent pas à s’unir contre le mouvement islamiste qui en profite », explique Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, le Cermam.

La création d’une branche de l’EI en Libye date du 31 octobre 2014, lorsqu’une milice appelée Conseil consultatif de la jeunesse islamique a prêté allégeance à Abou Bakr al-Baghadi, le « calife » de l’organisation jihadiste.

D’après le chercheur Romain Caillet, cette milice était née début 2014, après le retour au pays de jihadistes libyens qui avaient combattu en Syrie pour étendre le califat. Depuis, l’Etat islamique ne cesse de gagner du terrain. Il a notamment conquis Derna dans l’est, puis s’est répandu de plus en plus vers l’ouest. Il détient une bande littorale d’environ 200 km autour de Syrte et a même conquis, début mai, l’aéroport international de Syrte. L’Etat islamique menace maintenant les terminaux pétroliers de la région.

Par ailleurs, il y a aussi deux éléments qui rendent la situation encore plus critique. Tout d’abord, l’imminence d’une banqueroute du pays. En effet, le trésor n’a plus les moyens de payer les salaires et de faire fonctionner les institutions. Et enfin, l’explosion de l’immigration vers l’Europe avec toutes ces personnes qui, par milliers, tentent la traversée de la Méditerranée.

Partage du pouvoir

Des représentants de la France, des Etats-Unis et du Royaume-Uni seront présents aux négociations placées sous la médiation de l’envoyé spécial de l’ONU, Bernardino Leon, dont l’objectif est que les deux camps forment un gouvernement d’union et qu’il y ait aussi un partage du pouvoir politique. Pour cela, il propose une concession importante pour chacune des parties. Le Parlement exilé, à Tobrouk, serait le seul détenteur du pouvoir législatif. Il y aurait une nouvelle institution détentrice de l’exécutif au sein duquel les autorités de Tripoli auraient quasiment un droit de veto et donc une possibilité de bloquer.

Hasni Abidi parle d’un « bon plan par défaut ». Selon lui, l’ONU cherche à affaiblir l’influence des milices armées dont certaines ne veulent pas la fin de la guerre. Les propositions de l’émissaire onusien posent, néanmoins, beaucoup de questions comme celles de savoir où siègera le futur gouvernement et que fera-t-on des miliciens et de leurs chefs, puisque le gouvernement serait plutôt composé de techniciens.

Pression internationale

La communauté internationale met quant à elle la pression pour que les deux parties signent le document. Dimanche, au Caire, des responsables égyptiens, algériens et italiens ont apporté leur soutien aux négociations. Bernardino Leon a lui-même fixé au 17 juin la date limite pour conclure l’accord. Sous-entendu qu’en cas d’échec, il pourrait se retirer, ce qui pourrait renforcer l’influence des partisans d’une intervention militaire.

Samedi, le ministre espagnol de la Défense a déclaré que si le califat s’étendait à la Libye, la coalition chargée de lutter conte l’Etat islamique devrait prendre des mesures. Vendredi, l’ONU a déclaré que les pourparlers étaient arrivés à un point critique.

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