Ligne Rouge : j’ai menti à mon peuple et trahi ma feue mère

Birane-avocat du peuple
Ma très chère maman, je sais que vous n’êtes plus de ce monde. Mais, je me dois de vous parler et espérer que le seigneur vous portera ma voix. Je vous parle pour vous confesser mon grand péché d’avoir abandonné mon peuple.

Après votre voyage sans retour, j’ai opté pour un silence coupable et complice en ne pensant qu’à ma modeste personne. Comme un lâche et sous prétexte d’un exil académique et économique, j’ai tourné le dos au moment où notre peuple devait avoir besoin de tous ses fils. Je sais que je n’ai aucune excuse à vos yeux. Pendant tout ce temps vous vous demandiez surement si j’étais vraiment ce fils.

Ne m’en tenez pas rigueur, car faire face à votre départ constituait le plus grand combat de ma vie. Une fois de plus, que le paradis soit une demeure pour vous, pour ce père que je n’ai pas connu et pour tout le peuple Mouslim.

Feue mère, lors de ma dernière rencontre avec le peuple j’avais laissé entendre que chacun pouvait croire autant qu’il voulait. De toute façon, rien ne changera. Rien de rien.

Dans dix ou cent ans, le débat restera le même. Nos intellectuels, nos hommes de lois, nos parlementaires et surtout nos gouvernants seront et resteront, pour la grande majorité, des amateurs, des hommes conditionnés par leurs positions partisanes et le lourd poids de leur appartenance raciale ou ethnique. Je veux vraiment me tromper

Feue mère, par la grâce de Dieu nous sommes toujours ce peuple musulman ayant la même foi et croyant tous au même Dieu et prophète (PSL).

Dans la pratique rien n’a changé et la course aux richesses ou aux pouvoirs de ce monde nous offre quotidiennement son lot d’opportunistes, de racistes, d’ethnocentristes, de traitres, de menteurs, de tortionnaires, d’injustes, d’esclavagistes et nous placent dans cette logique de deux peuples qui se disputent la paternité de la terre bénie. Nos soldats peinent à parler le même langage. Blessé et écœuré j’ai trouvé l’ivresse dans le silence. Feue mère, le pouvoir est toujours sous monopole sans partage.

L’administration est encore de couleur. Une partie du peuple est toujours victime de sa peau. Le gouvernement traine toujours le pied. Le Président Aziz est encore aux commandes. On assiste à un éveil du peuple Harratin. Le ramadan rappelle encore l’épuration ethnique de 1989. L’opposition, la presse et la majorité sont encore dans le ring des gueulards et le peuple reste sur sa faim.

Kaédi de feu Mangane est désormais le podium des réactions racistes de toutes natures. La gabegie s’érige en principe. Les politiciens sont de nouveau sur le terrain, car les élections obligent. Le peuple n’y verra que du feu.

Feue mère, je n’ai pas arrêté de vous voir en rêve et j’ai fini par comprendre que mon unique péché est mon silence complice et l’utopie de croire que je peux me passer de mon peuple et regarder mon pays avec les yeux d’un enfant incapable. C’est pourquoi, en ce mois béni de Ramadan je demande pardon à ce peuple et lui souhaite toute la baraka du mois.

Cissé Housseynou Birama
L’avocat du peuple

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge