« Liqâa Châab » : Aziz dominateur face à ses contradicteurs

Pour son troisième « Direct avec le Peuple », ou « Liqâa Châab », le président Mohamed Ould Abdel Aziz n’a pas été trop dérangé par la charge de ses interlocuteurs, un groupe de journalistes qui lui a fait presque cadeau en lui tendant la perche, loin des questions qui fâchent.

Seule Zeinebou Mint Errebih, directrice locale de la chaîne Al Jazira, parviendra réellement à désarçonner le président, s’attirant la foudre des milliers de laudateurs qui avaient rempli le stade municipal d’Atar, lieu de la cérémonie. Bref, « Aziz Show 2012 » a déçu tous ceux qui s’attendaient à de véritables déballages, notamment sur des questions phares qui font l’actualité, notamment la gestion du « Programme EMEL 2012  » et ses ratés scandales, l’exploitation minière et la mainmise des multinationales et des oligarchies locales, la crise de l’université et de l’’enseignement en général, la gestion des terres agricoles, le problème des réfugiés, le crash de l’avion militaire, la restructuration des quartiers précaires et l’exploitation maffieuse qui en est faite, la crise du transport terrestre et le retour au monopole d’Etat…

Toutes ces questions cruciales ont été occultées du débat qui s’est transformé en fin de compte en un banal échange d’amabilités entre un président qui tenait à marquer des points face à la République et des journalistes qui n’ont pas beaucoup travaillé leur dossier pour porter véritablement la contradiction.

En gros, Mohamed Ould Abdel Aziz n’a nullement été acculé pendant les trois heures d’horloge qu’a duré la soirée. Il était à l’aise, esquivant sans efforts les mous fleurets-mousquetons qui lui étaient adressé. Il s’est même permis des sourires narquois avant de finir par diriger les débats, face à un présentateur vedette qui s’était aplati face à Son Excellence.

Ainsi, le « Direct avec le Peuple  » n’est en définitive rien d’autre qu’une grosse affaire de communication destinée à redorer chaque année le blason d’un président qui a fini par reconnaître qu’il incarne l’unilatéralisme, niant l’existence d’une quelconque crise politique en Mauritanie, la nature répressive de son régime, l’existence de l’esclavage et d’un racisme d’Etat, et s’accrochant sur des indicateurs qui n’ont jamais daigné visité la marmite du citoyen lambda.

Comme l’a si bien souligné Boïdiel Ould Houmoïd, qui tentait d’expliquer sa présence dans une assemblée de laudateurs acquis à la cause, la croissance en Mauritanie est biaisée dans la mesure où elle concerne essentiellement deux secteurs (mines et pêches) qui profitent à une poigné d’individus et non aux Mauritaniens.

Ainsi a pris fin « Liqâa Châab », une bonne vendetta où le président Aziz est sorti vainqueur de son face-à-face avec pas moins de six journalistes, tous des médias indépendants.

Des journalistes qui ont malheureusement, à quelques exceptions prés, raté l’occasion de marquer les esprits en mettant le doigt sur les multiples maux dont souffre le pays et ébranler la conviction toute faite de Mohamed Ould Abdel Aziz selon laquelle la Mauritanie, sous son règne, est dans le meilleur des mondes possibles.

Cheikh Aïdara.

Source : lauthentic.info


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