L’otage

contribution
Je ne suis pas un habitué de la plume. Les années Mohamed Ould Abdel Aziz m’on dégoûté d’ailleurs de l’écriture, car elles ont libéré une telle meute de plumitifs, que je me suis dis : « Distingue-toi par le silence que tu as toujours su garder».

J’avais, il y quelques mois dérogé à cette réserve en pastichant un papier particulièrement malhonnête qu’un mercenaire de la plume avait écrit sur les cousins Ould Bouamatou et Ould Abdel Aziz. J’avais montré, je crois, que l’écrivaillon brocardait en fait les deux hommes d’une même épée, en laissant croire qu’il en ménageait un.

Aujourd’hui, la lecture d’un petit joyau poétique de Cheikh Ould Billamech me fait déroger, de nouveau, à ma réserve.

Ecrit en langue arabe, ce poème s’intitule « l’otage ». Il décrit la Mauritanie sous les traits d’une belle femme enlevée pour la énième fois par des corsaires qui, au lieu de voir ses beautés éclatantes et généreuses, n’avaient d’yeux que pour la rançon qu’ils pouvaient en tirer. L’allégorie est parfaite et le jeune poète y réussit des images peu banales. Mais ce qui a le plus attiré mon attention dans ce poème, c’est le dernier vers :

« Même ceux qui tentent de me sauver *** J’ai peur qu’ils me trahissent un jour ».

Ce vers, d’un sens limpide, m’a fait réfléchir. Qui sont-ils, ceux qui tentent aujourd’hui de sauver la Mauritanie ? Quel projet ont-ils pour elle ? Et quelles garanties donnent-ils qu’ils seront meilleurs que leurs prédécesseurs ?

Ahmed Ould Daddah, l’homme de tous les combats démocratiques depuis l’ère Taya, Jemil Ould Mansour, l’islamiste qui ne prononce pas un discours sans recourir au Coran et à la sunne, Mohamed Ould Maouloud, l’intellectuel intelligent et l’homme de principes, Messaoud Ould Belkheir, le militant de la cause haratine, l’homme qui pleure d’amour pour son pays, Sarr Ibrahima, l’homme qui à ce jour, a le même et unique crédo : l’unité nationale… d’autres à leur côté (Ely Ould Mohamed Vall, le cousin de Aziz et tombeur avec lui d’Ould Taya) ou à leur ombre… ceux qui tiennent tête aujourd’hui au général d’opérette trahiront-ils donc, un jour ?

Leur parcours à chacun nous aide à comprendre les appréhensions du jeune poète :

• Ahmed Ould Daddah
est dans la compétition politique depuis 1992. Il ne s’est jamais présenté à d’autres élections que les présidentielles. Il vise donc un seul poste, la présidence. Peut-on lui reprocher cela ? Non ! Peut-on être sûr qu’il ne sera pas aussi despotique qu’Ould Taya ou même Ould Abdel Aziz ?

• Jemil Ould Mansour, lui est, un jeune politicien aux accointances avec l’internationale islamiste désormais ouvertement revendiquées. Peut-on lui reprocher d’avoir une idéologie et d’œuvrer à sa propagation dans son propre pays ? Non ! Peut-on être sûr qu’il ne sera pas un Morsi qui une fois président, s’emploiera à tuer la démocratie en obstruant au nom de l’islam toutes les voies d’accès au pouvoir devant d’autres partis politiques que les islamistes ?

• Mohamed Ould Maouloud est un professeur qui embrassa, très jeune, les idées communistes et ne put jamais, aux dire de ceux qui le connaissent, se départir de quelques réflexes trotskisants. Peut-on lui en vouloir ? Non ! Peut-on être sûr qu’il ne décrètera, une fois président, la révolution du prolétariat et le « pouvoir absolu du peuple » ?

• Messaoud Ould Belkheir a une carrure d’homme d’état et le verbe d’un tribun. Son combat contre le coup d’Etat du 6 août 2008 a confirmé son leadership patriotique. Mais d’aucuns disent qu’il a, comme Jemil Ould Mansour d’ailleurs, ses entrées chez les régimes militaires, même du temps de Mouawiya Ould Taya. C’est peut-être faux ! Peut-on être sûr cependant que le président sortant d’une assemblée dont il accepté l’inconstitutionnalité du mandat depuis 2011 ne sera pas la marionnette civile que les militaires se cherchent depuis la chute d’Ould Taya, sans la trouver ?

• Sarr Ibrahima est un intellectuel froid, si froid qu’il n’hésite pas à répéter une vérité qu’il sait pourtant être un mensonge : les négro-mauritaniens sont majoritaires dans le pays et sont victimes d’injustices politiques. N’a-t-il pas le droit de revendiquer ce statut à sa communauté ? Si : il n’y a jamais eu de recensement ethnique en Mauritanie et que veut dire au juste le mot « négro-mauritaniens »? Ne couvre-t-il pas un éventail si large que tous les habitants de ce pays peuvent tous s’y reconnaître ? Sarr a donc peut-être raison ! Mais peut-on être sûr que l’homme, une fois au pouvoir, n’instaurera pas une république ethnique « étroite » et donc l’injustice à rebours ?

• Et il y a les dizaines d’officiers tapis dans l’ombre, attendant leur tour de sauter sur la présidence.Et d’autres et d’autres encore.

Les sauveurs putatifs de la Mauritanie ne sont-ils donc que des corsaires « tâ-akharou » comme le dit le poète dans son premier vers ? La Mauritanie est-elle condamnée à être toujours trahie par ses gouvernants ? Est-elle l’otage d’une élite au projet despotique enrobé de revendication démocratique comme le dit Billamech ? Imaginons un peu la détresse de cette « otage » qui n’attend la salut de nulle part, même pas de ceux qui volent à son secours ! Demain est-il, lui aussi, porteur de grands risques d’absolutisme et de dictature ?

Soit ! Mais vivement les prochains ravisseurs qui arracheront la patrie meurtrie des mains du corsaire Mohamed Ould Abdel Aziz qui, non seulement ne voit pas les beautés de son otage comme tous les autres, mais aussi les outrage avec une rare cruauté.

Vlane Ould Bouh

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