Loupe du Jour : Derrière le scandale de l’enrôlement des étrangers…

En consultant le site de l’agence Nationale du Registre des Populations et des Titres Sécurisés on peut se faire une idée du nombre de mauritaniens dia_cheikh_renovateur_re1déjà enrôlés depuis deux ans. A la date d’hier, le tableau affichait 2 437 244 personnes. A ce rythme on peut dire que moins d’un million de mauritaniens n’a pas encore été recensé si on estime la population aux alentours de 3 millions. Pourrait-on alors en déduire que la machine de l’enrôlement fonctionne à merveilles ?

Dès lors, la plupart de ceux qui restent sont –ils en situation de difficulté, victimes de blocages administratifs et autres mesures coercitives qui leur privent du droit de s’enrôler pour jouir de leurs pièces d’état- civil ? Au début des opérations, beaucoup de citoyens notamment de la communauté négro-africaine ont exprimé leurs frustrations face à ce qui s’apparente à un interrogatoire de police qui trace les limites de la « mauritanité » à la géométrie du compas et de l’équerre. Des personnalités connues dans ce pays ayant participé à la construction de la nation ont eu leur part de vexation orchestré par des agents d’état-civil investis d’une mission spéciale destinée à remettre sur la sellette le concept de nationalité. C’est dans ce cadre que des troubles ont éclaté en 2011 et 2012 dans le pays pour dénoncer ces pratiques destructrices et dangereuses pour l’unité nationale. Aujourd’hui si des améliorations ont été apportées dans certains centres d’enrôlement en revanche, dans d’autres c’est l’immobilisme total qui continue de régner. Comme pour semer le doute dans les esprits et préparer un plan de vérification dirigé contre une composante après tout le travail accompli, des informations sur l’enrôlement d’étrangers défrayent la chronique et des soupçons planent sur certains centres d’état-civils où le nombre de candidats à l’enrôlement issu des rangs de la composante négro-africaine est important. Au moment où des mauritaniens peinent à se faire recenser faute de disposer de pièces de leurs parents disparus pendant longtemps ou encore pour cause de la nationalité étrangère de l’un des parents en plus d’autres motifs dirigés contre certains, le scandale de l’enrôlement d’étrangers vient entacher la moralité des responsables de certains centres . Des arrestations ont été signalées et leurs auteurs entendus par la justice. Mais le mystère demeure sur le nombre de présumés enrôlés pour donner une idée de l’ampleur de ce phénomène. S’agit-il d’étrangers à la recherche de la nationalité mauritanienne ou de mauritaniens ayant été pris en flagrant délit de falsification ? Dans les deux cas c’est une tentative frauduleuse et récriminatoire. Ce qu’il faut surtout éviter c’est de prendre ces cas comme un prétexte pour durcir des procédures déjà draconiennes en vue de rendre plus complexes les formalités administratives. Si des étrangers se sont enrôlés, c’est que la porte à été fermée à des citoyens authentiques par des agents véreux prêts à commettre un crime en contrepartie de billets de banques. En tout état de cause la responsabilité de l’agence nationale du Registre des Populations et des Titres sécurisés est doublement engagée : d’une part pour son rigorisme vis-à-vis de mauritaniens qui souffrent des formalités difficiles à remplir et d’autre part pour l’implication de certains de ses agents recrutés dans des conditions subjectives. Il faudrait donc clarifier toutes les zones d’ombre et lever toute équivoque sur cette question…

Cheikh Tidiane Dia

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