Loupe du Jour : Notre bac national sur les plaques du recyclage

Dia renovateur

Ils sont cette année environ 35 mille candidats à passer les épreuves du baccalauréat, toutes séries confondues.Ce sont là des effectifs relativement importants qui montrent une certaine progression du taux de scolarisation toujours caractérisé par le saut quantitatif au détriment de la qualité.

Cette orientation politique du système éducatif de la masse et du volume a fini par épuiser les énergies d’une machine qui tourne depuis plus de deux longues décennies en rond.

Ni les reformes engagées de façon impulsive par des décideurs influencés par des pseudo-acteurs éducatifs, ni les restructurations techniques et les réajustements structurels ne constituent des remèdes efficaces pour sauver le système de son agonie.

On continue malgré toutes les contre-performances pédagogiques qui se moquent de l’excellence, à produire toutes sortes de d’emballages fabriqués dans les usines de recyclages qui n’arrêtent pas de livrer un diplôme qui a changé de niveau mais pas de valeur académique.

Si hier un bachelier était déjà « une « bouteille pleine » qui pouvait faire face à toutes les épreuves, que dire aujourd’hui de ce titre décroché sans trop de sérieux par l’écrasante majorité de nos candidats ? Le baccalauréat fait encore rêver les élèves de terminal et autres candidats libres. Mais on n’est bien loin du temps où il faut bûcher comme un Gargantua pour affronter les épreuves qui font transpirer et tourner la cervelle.

Un candidat du bac lettres modernes était appelé à faire valoir ses talents face à des sujets qui requièrent une maîtrise de la langue assaisonnée de références de lectures d’œuvres de grandes factures littéraires.

Celui de la série scientifique ou mathématique avait lui aussi les capacités cognitives et démonstratives pour résoudre le casse-tête des épreuves proposées. Tous ceux qui ont connu cette époque glorieuse versent des larmes de tristesse à la moindre comparaison avec ce qui se passe aujourd’hui depuis le choix des sujets leur distribution jusqu’aux corrections et aux délibérations.

Tout a changé dans le sérieux qui entourait cet examen. Les responsabilités qui étaient attachées au bac ne sont plus les mêmes. La moralité des jury, le niveau des correcteurs, le climat de surveillance, l’anonymat. c’est toute une chaîne des valeurs qui s’est effondrée, rendant les examens du baccalauréat routiniers, banalisés et donc totalement dépréciés du point de vue de l’effort et du mérite.

Le plaisir ressenti avant par un admis au bac n’est plus le même en raison du manque d’ardeur et d’engouement pour les études. La déception aussi qui pouvait pousser au suicide n’a plus la même intensité. La peur du regard perçant du surveillant a cédé la place à la raillerie et à l’insolence de cancres venus livrer bataille non pas contre les sujets mais bien contre la vigilance des surveillants qui savent que l’autorité du professeur ne fait plus sourciller un candidat.

Voilà dans quelles conditions se déroule notre bac national. Le décor est piteux , les émotions fortes , l’avenir de plusieurs générations sacrifiés à l’autel de l’improvisation et de la vente aux enchères des épreuves qui se ramassent dans les secrétariats publics où la duplication des fuites corrigées facilite la tâche aux candidats qui se ne se préoccupent plus de la révision, préférant attendre la veille de chaque sujet pour veiller à la quête de feuillets traités et prêts à l’usage , passant sous le nez et la barbe de surveillants présents pour faire de la figuration.

Plus grave, les téléphones portables s’invitent aux épreuves pour apporter leur précieux concours à n’importe quel sous-doué qui veut passer le bac. Avec les réformes bidon, notre système s’est transformé en une usine de recyclage de diplômes !

Cheikh Tidiane Dia

Toute reprise partielle ou totale de cet article doit faire référence à www.rimweb.net

Brochure MOIMA Annonces1 Brochure MOIMA Annonces1

Exprimez vous!

CommentLuv badge