Loupe du Jour : Patrimoines culturels, Patrimoine national

CHEIKH TIDIANE DIA- RENOVATEUR
Quand on parle de patrimoine culturel en Mauritanie, est-on dans le général ou dans le particulier ?
Car dans un pays où la diversité culturelle a du mal à se refléter à travers tous les symboles d’une nation plurielle et où les composantes qui y cohabitent sont censées avoir les mêmes droits mais où la différence est source d’exclusion, la notion de patrimoine culturelle mérité d’être posée au regard de tout ce qui s’exprime comme Valeur nationale.

Dans un ordre normal, cette réalité d’acceptabilité des particularismes, le général devrait être le générique et l’unificateur.

Mais quand « l’ordre normal » des choses a voulu faire que l’hégémonie culturelle réduit le droit au partage et relègue les patrimoines culturels des cultures minorisées au stade de simples folklores, on est bien dans une situation où les différences nationales deviennent des sources de contradictions identitaires.

La Mauritanie ne semble pas être jalouse de cette image multiculturelle qui devrait être un miroir bigarré où chacun serait fier de se regarder comme un narcisse adorant son paraître.

Il est dommage que cette représentation soit biaisée dans des domaines aussi importants que les médias audio-visuels où le temps d’antenne accordé aux autres frise le mépris. Alors qu’avec le reste du temps libre, on se paye le luxe de créer toutes sortes d’émissions au rythme illimité. Le secteur de la communication, celui de la culture, sont des exemples parfaits de cette non reconnaissance du droit à la différence.

Ni sur le plan des valeurs, ni sur le plan des promotions, on ne se sent dans un pays qui se veut arabo-africain. Partout ailleurs cette image est visible. Sommes-nous d’abord unis dans cette vision identitaire que l’on veut affirmer théoriquement alors que dans biens des domaines cela est loin de correspondre à la vérité. Il est temps de soigner cette image flagrante au lieu de l’aggraver par des simulacres de dispositions légales ?

Au nom de quoi doit-on continuer à se fonder sur des critères taillés sur mesure pour diviser la Mauritanie en majorité et en minorité alors que sur le plan des statistiques tout est à relativiser. Qu’à cela ne tienne, être majoritaire donne-t-il des droits à réduire les autres au stade de simples figurations ?

Encore que ce jeu, loin de profiter à l’unité nationale ne fait qu’entretenir le sentiment d’être le plus méritant par rapport aux autres. L’acception de minorité comme critère de jugement sème la confusion dans l’échelle des valeurs culturelles.

On ne peut pas bâtir une nation culturellement différente sur des préjugés qui disqualifient l’appartenance objective et effective des autres à un patrimoine avec grand P. Dès lors où les revendications à l’accès aux mêmes droits culturels dans le réservoir des valeurs nationales s’expriment à travers la fibre identitaire, il est devient aisé de verser dans le discours narcissique pour discréditer cette revendication.

Il est regrettable de fuir un débat duquel dépend le destin du vivre ensemble dans un pays riche par ses cultures mais où la mauvaise volonté éloigne davantage les chances de chercher des solutions à cette question de multi-culturalité qui est une marque historique déposée mais dont on éprouve du complexe à assumer comme il se doit

Cheikh Tidiane Dia

tidiane dia

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