Loupe du Jour : Pour une relecture lucide des Manifeste contre l’oppression et l’esclavage (suite)

27 ans après le Manifeste publié par les Flams en avril 1986, et qui ébranla véritablement le pouvoir de Taya, le document garde toujours valeur de dia lerenovateurrevendication pour la communauté noire de Mauritanie.

L’histoire ne cesse de reproduire dans ses annales des avatars de la longue confrontation idéologique dans un pays où la diversité culturelle est mal assumée par un pouvoir politique qui reconduit les mêmes prototypes alternatifs.

A savoir des dirigeants qui usent des mêmes petites doses d’équilibre communautaires pour calmer les passions. Si cette recette ne marche pas, ils sont plus prompts à faire usage de la force pour étouffer dans l’œuf toute velléité de contestation. Le tout sous la complicité des sirènes du mal.

Les injustices ne frappent pas que la communauté négro-africaine qui a toujours exprimé ses frustrations et sa colère viscérale, elles frappent durement les haratin considérés comme la frange majoritaire du pays.

Si dans les périodes antérieures à la démocratie la conscience haratin s’est illustrée à travers des mouvements de libération des masses asservies, aujourd’hui la bataille se fait plus belle avec l’entrée sur scène de nouvelles forces plus dynamiques déterminées à éradiquer l’esclavage dans ses manifestations les plus subtiles. La publication du Manifeste Haratin sonne comme une répétition de l’histoire. La différence est que ce document ne saurait être frappé du sceau de la subversion même si ses auteurs agissent dans l’ombre.

Ce serait d’ailleurs ramer à contre –courant de la liberté d’opinion que de vouloir « censurer » ces feuilles. Faut-il voir par là une sorte de radicalisation plus forte de cette frange Haratin qui fait feu de tous bois pour faire entendre davantage sa voix après tant d’années d’assignation au silence . Le tour de force de Biram Ould Dah a été, disons-le , très marquant dans la relance du combat des Haratin qui observait des moments de latence.

La dissolution des forces dans les partis politiques adoucissait le débat, le rendant parfois caduc. Le pouvoir comptant comme d’habitude sur la fidélité les anciens barons Haratin domestiqués par les strapontins ne voyait pas venir le danger de l’iRA. Il aura fallu l’incinération des livres théologiques pour que l’intrépide Biram soit prise au sérieux par le pouvoir politique et les milieux religieux. Aujourd’hui l’histoire le place en bonne posture pour être un leader incontournable des couches Haratins .

Qualifié de « fou furieux » par ses adversaires, adulé par ceux qui admirent son franc -parler, plus qu’un simple baroudeur, le chef du mouvement de l’IRA maitrise son sujet pour être à l’aise dans ses joutes oratoires. Ce que dit le Manifeste du Haratin ne fait que confirmer les accusations dont Biram accable ceux qu’il appelle « le système féodal et escalvagiste ».

Ce document qui ressemble étrangement à celui rédigé par les Flams en 1986, est un autre caillou dans la chaussure des éternels négationnistes des causes justes. La démocratie doit exploiter toutes les opportunités pour soigner les blessures. Sinon elle-même atteinte… (A suivre) .

Cheikh Tidiane Dia

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